Bilan 2014 - Révélations et confirmations

30/12/2014, par , , Sandrine Lesage et | Bilans annuels |
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Certains ont débarqué sans crier gare et ont marqué notre année, sur disque et/ou sur scène. D’autres n’en étaient pas tout à fait à leur coup d’essai, mais on les a vraiment découverts en 2014. De tous, on attend beaucoup pour les années qui viennent.

Vundabar

Vundabar

Originaires de Boston, les (très) jeunes membres de ce duo, devenu trio depuis peu avec l’arrivée de Zack Abramo à la basse, en imposent grâce à leur rock un peu sale et mélodique à souhait. Sur leur premier album autoproduit, “Antics” (2013), Brandon Hagen posait son timbre étonnant de maturité sur un rock garage énergique, tantôt urgent tantôt nonchalant, hérité du meilleur des nineties, de Nirvana aux Pixies. Sur scène, Brandon Hagen, Zack Abramo et Drew MacDonald, gamins de 19 ans surdoués, ont le sens du spectacle aiguisé, multipliant les singeries, se crachant dessus et débattant de la taille du pénis du camarade. Mais ne pas se fier à cet humour un brin potache, car les trois chenapans sont actuellement en train d’enregistrer ces pépites de rock mélodique, interprétées avec brio, pour livrer un successeur à “Antics”. Nous attendons avec impatience que soient gravés sur disque les nouveaux titres de ce trio rafraîchissant avant qu’il ne reprenne le chemin de l’école. (S.L.)

Compte-rendu de leur concert à Bordeaux au printemps


Jessica93

Jessica93

Son look de crevard (cette pochette, sérieux…) et les sonorités cold wave de son deuxième album “Rise” (on pense au Cure de “Pornography”, au Red Lorry Yellow Lorry de “Talk About the Weather”, aux Sisters of Mercy voire à Joy Division) lui ont valu quelques sarcasmes et quolibets sur les réseaux sociaux et dans la vraie vie. Mais ne voir en Geoffrey Laporte, alias Jessica93, qu’un corbac avec hoodie et pass Navigo 3 zones serait manquer l’essentiel. Malgré ses références évidentes, sa musique plombée comme l’essence d’une Citroën Visa n’a rien d’un exercice de style post-punk/shoegaze passéiste et stérile. Ses structures obsessionnelles, son jusqu’au-boutisme sonore (on se sort guère des fréquences basses), sa tendance à l’absurde (cette vidéo, sérieux…) semblent plutôt relever d’une nécessité vitale – ériger des murs de son juste au bord du précipice, pour ne pas y tomber. Aux antipodes d’une pop française mignonette (qui peut avoir son charme, d’ailleurs), les morceaux acrimonieux et cathartiques de Jessica93 sentent le mauvais shit, la bière tiède et la Seine-Saint-Denis après 22 heures. Une certaine idée du fun. (V.A.)

 


Protomartyr

Protomartyr

Cette année, Detroit, ville de ruines modernes, fut le cadre nocturne, spleenétique et idéal du dernier film de Jim Jarmusch, “Only Lovers Left Alive”. Mais c’est un groupe du cru, Protomartyr, qui aura sans doute offert la vision la plus juste et forte de cette cité en faillite – et à l’aube d’une possible renaissance. Non que les textes du deuxième album sorti en avril, “Under Color of Official Right”, se donnent à lire spontanément comme des instantanés de la (sur)vie dans la Motor City ; la plume acide et parfois sibylline du chanteur Joe Casey manie plutôt la métaphore plus ou moins obscure ou les références historiques (“Tarpeian Rock”), avec un remarquable sens de la formule (“I stare at flloors until my eyes bleed/It’s just a social disease”). Mais ce mélange de désespérance, de rage froide et d’envie d’en découdre qui exsude de chacun des quatorze morceaux du disque (souvent brefs, tous mémorables et remarquablement écrits malgré leur apparence brouillonne) n’aurait pas pu venir d’ailleurs. Ou, alors, peut-être, d’autres villes (post-)industrielles en crise, le Manchester de Joy Division ou The Fall, le Minneapolis de Hüsker Dü et des Replacements, le Cleveland de Pere Ubu. Sur scène, Protomartyr impressionne tout autant, par son engagement total dans sa musique et son absence de frime. Pas forcément très à l’aise, mais imposant sans forcer sa présence, Casey rappelle une version prolo du Matt Berninger des débuts de The National. A part Sharon Van Etten dans un autre genre (ou le concert inespéré des Wolfhounds à l’International, pas si loin musicalement), on n’a sans doute rien entendu qui nous ait autant pris aux tripes cette année. “Scum, rise !” (V.A.)

 Un clip bien glauque :

 

Du live en studio :


Douglas Dare 

“L’auteur-compositeur-interprète Douglas Dare a grandi dans la petite ville côtière de Bridport, dans le sud-ouest de l’Angleterre.” D’allure banale, l’incipit de la biographie de ce garçon, sans doute l’une des révélations les plus éclatantes de 2014, se lit pourtant comme une porte d’entrée dans son univers. On imagine bien, en effet, de longues balades hivernales sur la plage (la photo de pochette nous y invite aussi) comme inspiration des chansons frémissantes, éprises de grands espaces, de son premier album “Whelm”. Mais si la musique comme les textes sont empreints de lyrisme, celui-ci reste toujours tenu. A l’instar de James Blake à qui on l’a comparé, ou de Chris Garneau qu’il peut aussi évoquer, Douglas Dare vise l’épure : après tout, avec une voix pareille, il serait dommage de noyer le chant sous un excès d’arrangements. Il s’accompagne principalement au piano, mais enrichit cette trame d’un discret travail sur la matière sonore : nappes, boucles, rythmiques électroniques… Entre songwriting et soundwriting, la nouvelle recrue de l’excellent label Erased Tapes (Ólafur Arnalds, Nils Frahm, A Winged Victory for the Sullen…) trace sa route avec une assurance et une maturité déjà impressionnantes pour ses 24 ans. (V.A.)

 


Mermonte

Après avoir il y a deux ans posé les bases de leur univers musical sur un premier album bref mais déjà remarquable, les Rennais de Mermonte ont confirmé les espoirs placés en eux avec le magnifique “Audiorama”. Auteur des morceaux (portant chacun le nom d’un de ses proches), Ghislain Fracapane a réuni autour de lui un riche casting de musiciens pour leur donner vie. Mêlant clochettes et guitares saturées, cordes, cuivres et voix utilisées comme des instruments, les compositions rappellent les épiphanies sonores de Godspeed autant que celles de Sufjan Stevens, les structures géométriques de Tortoise comme celles des compositeurs minimalistes américains. Sur scène, où ils se serrent à dix ou onze, les contrastes sont encore plus accentués que sur disque, le bonheur du jeu collectif encore plus palpable – et totalement contagieux. Un collectif qu’on a très envie de suivre dans ses prochaines aventures. (V.A.)

Une vidéo de la Blogothèque :


La Féline

Cela faisait quelques années déjà que La Féline – alias Agnès Gayraud, accompagnée de divers musiciens – rodait ses chansons sur la scène parisienne, et au-delà. Quelques formats courts ou mi-longs avaient déjà donné à entendre le battement de ce cœur bizarre qui s’est enfin exprimé en 2014 sur format long avec “Adieu l’enfance”. Sous la concision pop, les sentiments à nu : entre angoisse et nostalgie rêveuse, inquiétude et quête d’apaisement, Agnès met en équerre ses états d’âme et impose une esthétique, à mi-chemin d’une synth-pop spartiate, parsemée d’éclats de guitare “curesques”, et d’un registre plus intime, introspectif, à l’ascendance difficilement discernable. Cette forte tête a livré un disque délesté de toute production trop riche, d’instruments empilés jusqu’à ne plus les distinguer. Ici, tout est clair, limpide : une basse, une guitare, un clavier et une boîte à rythmes, pour le choix de l’épure, qui sied on ne peut mieux aux chansons, aux textes, et en aucun cas n’empêche une belle variété. Si les teintes dans lesquelles se déclinent l’album sont celles de l’introspection et plutôt sombres, il subsiste toujours des traces d’un ADN pop, qui amène une belle singularité à l’album. (M.D., V.A. et M.C.)

Chronique de l’album

Interview


Champs

Une voix chancelante, le bruissement énigmatique d'un orgue cafardeux. En plaçant "Too Bright to Shine" en ouverture de son premier album sorti au printemps dernier, Champs pose admirablement le décor. Fort de cette entrée en matière poignante, le duo de l'île de Wight ne nous laisse pas d'autre choix que de prêter une oreille attentive à ce qui va suivre. Et cela tombe bien, car les neuf titres qui lui succèdent sont à la hauteur de nos attentes. Domptant avec adresse et conviction l'émotion pure du folk, Champs a signé un coup d'essai prenant régulièrement des allures de coup de maître. "Down Like Gold", un disque qui vaut de l'or, et qui donne très envie d’entendre la suite. (J.S.)


Rodrigo Amarante

Agé de 38 ans, ce Brésilien installé en Californie est loin d’être un débutant. Rodrigo Amarante a notamment fait partie d’un groupe très populaire dans son pays, Los Hermanos, et apparaissait sur le joli disque de Little Joy (2008), enregistré avec la chanteuse Binki Shapiro et le batteur des Strokes, Fabrizio Moretti. Premier album sorti sous son seul nom, “Cavalo” a sans doute été longuement mûri, mais à l’écoute ça ne se sent pas vraiment. Au contraire, le disque (que quelques-uns de nos “VIP” ont mis dans leur Top 5 et qu’un rédacteur a classé n° 1, preuve qu’il n’est pas tombé dans des oreilles de sourds) ressemble à une collection d’esquisses, fragiles, indolentes, d’une grâce rare. Rendant hommage à de grands anciens de la bossa ou du tropicalisme comme Caetano Veloso, sans pour autant émarger aux genres balisés de la musique brésilienne, refusant de choisir entre l’anglais et le portugais, voire le français (le curieux et charmant “Mon nom”), le Carioca voyageur cavale tranquillement, souvent mélancolique, parfois joueur (“Maná”). Si, en 2014, le Brésil n’aura pas trop brillé un ballon au pied, côté musique le pays aura encore plané très haut, d’Amarante au plus funky Lucas Santtana. (V.A.)


Parad

J’avoue, je n’avais rien vu venir. Et surtout pas Laurent Paradot, membre hurleur et bassiste de Gâtechien. Mais Parad, nouveau projet, fait la part belle aux textes, sur des mélodies parfaitement soignées, tout en conservant ce qu’il faut de souplesse. La très respectable maison Another Record ne s’y est pas trompé, en sortant “Le Bonheur inquiet”, album singulier aux paroles percutantes, piquantes, violentes aussi, pour un résultat qui évoque entre autres choses le meilleur de Mansfield.TYA. On a très hâte de voir ça en live, tant Laurent Paradot y est un sacré personnage : gageons qu’il saura faire vivre Parad avec autant de talent qu’il n’en a eu avec Gâtechien (que l’on a été très heureux de revoir en live cet été). (M.C.)

 

Chronique de l'album

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