Bilan 2016 - Disparus, revenants et vétérans

28/12/2016, par , , et | Bilans annuels |
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David Bowie

Publié le jour de son 69ème anniversaire, et deux jours seulement avant la mort du Thin White Duke, “Blackstar” nous aura, en un seul titre, embarqué dans une odyssée sonore proprement inouïe longue de dix minutes, nous rappelant une dernière fois le génie de son auteur. Echo lointain de “Station to Station” ou de l’inaugural “Space Oddity”, soit deux des plus beaux titres de la discographie de David Bowie, le morceau titre, suivi par quelques belles compositions sous l’influence du jazz-rock new yorkais, aura aussi eu comme effet immédiat de nous faire nous replonger dans l’œuvre passée, immense, de l’un des artistes les plus marquants de l’histoire du rock. (HB)

 

Leonard Cohen

Tout le monde l’aura constaté, l’année écoulée fut particulièrement meurtrière pour le monde de la musique. Si certains (Hubert Mounier, Prince, George Michael…) nous ont quitté sans prévenir, et bien trop tôt, David Bowie et Leonard Cohen ont, eux, disparu juste après avoir sorti un album dont le caractère testamentaire était plus ou moins évident. “Blackstar”, “You Want It Darker”, même champ lexical, mêmes ambiances crépusculaires. Le morceau titre, qui ouvre l’ultime disque du Canadien (réalisé avec une sobriété de bon aloi par son fils Adam), ne laisse guère planer d’équivoque, à l’image de cette pochette où il semble déjà passé « de l’autre côté ». Entame par un chœur de synagogue, plus loin la mélopée déchirante d’un cantor, et ces phrases : “I’m ready, my Lord” et “I’m out of the game” (on retrouve d’ailleurs cette dernière trois chansons plus loin). Il règne ici une fraîcheur et une obscurité de sépulcre, étrangement accueillantes. Leonard nous dit qu’il est prêt à partir, à rejoindre sa chère Marianne, et il y a dans cet assentiment à l’inéluctable quelque chose de profondément bouleversant et d’apaisant à la fois, qu’on retrouvait dans les “American Recordings” de Johnny Cash.

L’auteur de “Suzanne” laisse bien sûr une œuvre immortelle, l’une des plus fécondes et influentes de ce dernier demi-siècle, qu’on aura beaucoup réécoutée dans les jours qui ont suivi sa mort. Des chansons que d'autres avaient su sublimer, notamment John Cale avec cette version seul au piano de “Hallelujah” sur “Fragments of a Rainy Season” (sublime recueil réédité cette année avec des bonus), avant que le morceau, via la reprise de Buckley fils, ne devienne une scie pour télé-crochets. Revenir à cette source intarissable de beauté et de mélancolie, c'était aussi l’occasion de constater combien des textes écrits il y a plusieurs décennies (“There Is a War”, “First We Take Manhattan”, “The Future”, “Democracy”…) restaient actuels, semblant même évoquer notre époque troublée. Leonard Cohen, un prophète (de malheur) ? Non, juste un homme lucide, sans illusions peut-être, mais persuadé jusqu’au bout qu’il y avait en toute chose une fêlure laissant entrer la lumière. (VA)

Pete Astor

Cinq ans après "Songbox" et ses tonalités acoustiques délicieusement surannées, l'ex-Weather Prophets s'est acoquiné avec l'un de ses meilleurs héritiers, l'omniprésent James Hoare (Ultimate Painting, Proper Ornaments), pour un nouvel album en forme de retour aux sources. Sous haute influence velvetienne, les pop songs électriques racées de "Spilt Milk" sont venues nous rappeler cette évidence : en 2016, le vrai parrain de l'indie pop britannique, c'est toujours lui. (JS)

 

The Monkees

Andy Partridge, Rivers Cuomo, Ben Gibbard ou Noel Gallagher à la composition, Adam Schlesinger (Fountains of Wayne) à la production : quand la (plus ou moins) jeune garde se met au service d'un groupe emblématique de la pop des années 60, cela donne l'une des très bonnes surprises de l'année. Sans le regretté Davy Jones, décédé en 2012, les trois Monkees survivants s'offrent une cure de jouvence avec un douzième album qui parvient à se hisser au niveau de leurs œuvres de jeunesse. "Good Times ! " nous a accompagné tout l'été, et on ne peut toujours pas s'en passer. (JS)

 

Weezer

Annoncé comme l'album du retour au sommet, le précédent disque de Weezer ("Everything Will Be Alright in the End") avait certes ses bons moments, mais on restait quand même bien loin des heures de gloire de la formation californienne. La renaissance a été véritablement actée avec cet "album blanc" (après le "bleu" en 1994, le "vert" en 2001 et le "rouge" en 2008) tout au long duquel la plume malicieuse de Rivers Cuomo fait à nouveau des étincelles. Des compositions intelligentes, une grosse poignée de mélodies solaires pour une moisson de tubes power-pop comme on n'en espérait plus : toujours imperméable aux tendances contemporaines, Weezer retrouve enfin le haut niveau, et signe là son meilleur disque depuis au moins quinze ans. (JS)

 

Nada Surf

En cette année placée sous le signe de la catastrophe (et on doute que 2017 soit beaucoup mieux), “You Know Who You Are” de Nada Surf aura été un baume au cœur : dix chansons à l’écriture classique et comme toujours impeccable, parfois mélancoliques, mais totalement dénuées de cynisme et d’amertume, d’une verdeur remarquable pour un groupe dans le circuit depuis une vingtaine d’années. On a pu par ailleurs vérifier lors d’une interview (première et deuxième partie) que Matthew Caws ressemblait toujours à ses chansons, et était donc un très chic type.

Nada Surf en 2016, ce fut aussi quelques concerts formidables, dont celui du 2 décembre dans un Bataclan rouvert depuis seulement trois semaines. On appréhendait de retrouver la salle, mais la générosité des Américains, le lien privilégié qu’ils ont tissé avec le public français, leur énergie exempte de lourdeur auront réussi à nous faire oublier ce contexte durant deux heures d’un show sans temps morts. On se souviendra longtemps de ce “Blizzard of ‘77” joué en ultime rappel, au bord de la scène, sans amplification : on aurait pu entendre une mouche voler. (VA)

Trashcan Sinatras

A part leurs fans fidèles, mis à contribution via un crowdfunding sur Pledge Music, qui sait que les Trashcan Sinatras ont sorti un nouvel album cette année ? Sans atteindre les sommets des trois premiers, “Wild Pendulum” est encore une belle collection de ballades jetant des ponts entre Kilmarnock et Broadway, rehaussée de quelques éclats pop comme l’addictif “Best Day on Earth”. Le groupe ne semblant pas près de revenir jouer en France, où il a toujours été rare, on aura dû traverser en mai l’Atlantique pour les voir, dans une petite salle de Manhattan, tête d’affiche de la première soirée du NYC Popfest. On n’a pas regretté le voyage, et on n’était pas loin de verser une petite larme sur “The Safecracker” en rappel. (VA)

Pixies

Sorti en pleine rentrée, “Head Carrier” des Pixies a su nous surprendre par moments, alors qu’il faut bien l’admettre, on n’attendait plus grand-chose de ce grand groupe qui a accompagné notre jeunesse. Le quatuor met toujours la barre haut avec du rock nerveux comme “Baal’s back”, mais c’est quand ils calment le jeu que les Pixies composent leurs plus beaux titres. “All I Think About Now” fait partie des morceaux les plus touchants écrits par Charles Thompson IV, et rien que pour ça on est quand même heureux de se réécouter tranquillement “Head Carrier”. (MG)

 

Silvain Vanot

"J'ignore comment le tri s'opère mais voyez, je suis toujours là. Loin du wagon de tête avec les indécis, ça me me va." Il est toujours là, le Vanot. Il était parti, le vanneau, pas très loin, notamment au Brésil (mais pourquoi le Brésil ?) et le voilà de retour, heureux mais pas trop, comme Ulysse qui pourtant a fait un beau voyage. On se souvient que Dante plaçait Ulysse en Enfer, dans une flamme toujours brûlante. Et le feu de Vanot brille encore une fois à "Ithaque", disque intime, direct, qu'on veut croire presque enregistré sur le vif et bidouillé à la maison. Le résultat a priori différent des œuvres très écrites et travaillées des précédents albums (réécouter "Bethesda", superbe diamant noir aux vents mauvais) est surprenant, extrêmement attachant et toujours touchant. Il est plus que temps de ressortir l'ami Silvain du purgatoire de la chanson française parce qu'il nous met aux anges, là-haut avec les indécis, au Paradis. (GD)

 

The Wedding Present

Plus de trente ans après ses débuts, l'inusable David Gedge et sa troupe surprennent encore, avec un album au long cours, cinématique, alternant plages mélancoliques et titres électriques plus enlevés, véritable marque de fabrique du groupe de Leeds depuis ses débuts. "Going, Going" apparaît au final comme un nouveau chapitre particulièrement digne d'une longue et belle histoire, en perpétuant aussi une certaine vision éthique de l'indie rock, qui creuse son sillon sans compromis avec les modes et l'air du temps (HB)

Wilco

Attention : intouchables. A chaque sortie un frisson nous parcourt le corps : sentira-t-elle le sapin ? Ce n'est pas encore avec “Schmilco” qu'on enterrera Wilco. Wilco joue piano avec nos nerfs et colore son dernier album avec des teintes douces, opposant le calme de “Schmilco” avec le bouillonnant “Star Wars” (RIP Carrie Fisher) sorti... l'an passé ! Allez, ils nous enterreront tous. (GD)

 

Dinosaur Jr

Ils crachent le feu comme jamais, nos vieux dragons. Jamais barbons, jamais barbants, ils ne nous déçoivent toujours pas. Bon allez, si : sur scène cette année, du moins à Stockholm, c'était la catastrophe. Finalement, la leçon à tirer de 2016, c'est que Dinosaur Jr réussit deux exploits : le premie,r celui de sortir des albums toujours semblables et pourtant toujours efficaces et enthousiasmants (“Give a Glimpse of What Yer Not”, juste énorme) et, le second, d'être plus excitants sur les scènes géantes des festivals que sur celles de petits clubs. (GD)

 

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