Bilan 2018 – Quelques disques en bref

30/12/2018, par , , et | Albums en bref |
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Nous n'avions pas eu le temps d'en parler longuement, ou ils sont passés un peu inaperçus… Ils méritent en tout cas une petite séance de rattrapage.

 

Bill Ryder-Jones - “Yawn”

Avec “Yawn”, l’ancien guitariste de The Coral signe un quatrième album bouleversant d’intensité. Guitares tendues, électricité rageuse, voix sans filtre : Yawn rappellera Mark Kozelek sous sa première incarnation (Red House Painters), comme quelques autres des plus belles âmes solitaires de l’indie-rock. Mais sa mélancolie n'est pas d'emprunt, comme le prouvent “Happy Song” ou “Mither”, des chansons au parfum d’éternité, qui s’étirent pour toucher au cœur. Ce dernier titre – et single incandescent – fut d'ailleurs joué en acoustique par l'Anglais pour POPnews, en marge de son concert parisien de novembre au Badaboum en première partie de Gruff Rhys. Bill Ryder-Jones sera de retour le 27 février prochain sur la scène du Point Ephémère. A ne manquer sous aucun prétexte. (H.B.)


Mermonte - “Mouvement”

Avec “Mouvement”, Mermonte a poursuivi son échappée belle, sans équivalent dans la pop hexagonale. Plus ample et varié que le déjà remarquable “Audiorama” publié en 2014, le nouveau disque du collectif rennais est une éclatante réussite. Des cavalcades pop (“Motorique”) à la mélancolie lumineuse (“Les Forces de l’ailleurs”, et un indispensable Dominique A au chant), des boucles instrumentales rappelant le krautrock (“Lind”) au folk (“Fahey”), Mermonte s’autorise à peu près tout, et réussit à nous émouvoir à chacun de ses essais. A coup sûr, l’avenir (et la scène) leur appartient. (H.B.)


Pauline Drand - “Faits bleus”

Cela fait quelques années déjà qu’on suit cette discrète Parisienne aux goûts très sûrs (elle reprend le répertoire de Françoise Hardy, a adapté en français “Pink Moon” de Nick Drake et mis en musique des textes inédits de Karen Dalton), et dont les EP révélaient un talent en devenir. On ne s’attendait pourtant pas à ce qu’elle vise aussi haut sur son premier album, “Faits bleus”, paru en août dernier et vite devenu une obsession. De sa voix grave tout en nuance, d’une maîtrise absolue mais jamais ostentatoire, la gracile jeune femme chante le sentiment amoureux dans tous ses états, au fil de textes impressionnistes et allusifs où le son et le sens se marient sans que l’un ne domine jamais l’autre. Grâce à l’apport décisif de son fidèle complice Lo Brifo, ces douze chansons affichent une variété d’ambiances remarquable : arpèges folk, somptueux arrangements de cordes, balancement bossa, jazz revisité à la façon de Mélanie De Biasio, ballades au piano… Tout ici est d’une musicalité, d’une richesse de timbres, de mélodies et de rythmes trop rares dans la chanson d’ici (chez Barbara Carlotti peut-être, dans un genre plus électrique). Pauline Drand a pris son temps, et elle a bien fait : de toute évidence, elle est là pour durer. (V.A.)


Joel Henry Little - “Spuyten Duyvil”

Attention, petit prodige. Joel Henry Little a tout juste la vingtaine, mais il affiche déjà une maturité impressionnante. “Spuyten Duyvil” (le nom d’origine hollandaise d’un quartier du Bronx habité par l’upper middle class) est déjà le quatrième album de ce New-Yorkais découvert grâce aux précieuses compilations “Life Is a Minestrone” de notre ami Franck Zeisel, et dont le disque précédent, “Great Kills Friendship Club”, était paru chez Microcultures. Comme chez John Cunningham ou le Divine Comedy des débuts, son ambition est proportionnellement inverse à ses moyens. Joel Henry Little crée avec des bouts de ficelle des chansons merveilleuses semblant parfois tout droit sorties d’une comédie musicale (“Sunday in the Park Alone” adresse un clin d’œil à George Seurat via Stephen Sondheim), pouvant aussi rappeler Beirut ou Sufjan Stevens. Sa voix androgyne y ajoute encore une étrangeté baroque. C’est dire si ce garçon extrêmement réfléchi, curieux et cultivé est peu de son temps – “wasn’t made for these times” ? –, ce qui ne peut que nous plaire. Vivement la suite (déjà plus ou moins écrite) ! (V.A.)


Laish – “Time Elastic”

Originaire de Brighton, désormais installé à Londres, Danny Green sortait avec “Time Elastic” son quatrième album sous le nom de Laish, et le deuxième d’affilée pour Talitres. Il était donc temps de se pencher plus sérieusement sur sa musique, une pop-folk de facture classique mais ne manquant pas de personnalité, et prenant un peu plus d’épaisseur à chaque nouveau disque. Observateur sensible et parfois amusé du quotidien, Laish chante d’une voix doucement mélancolique, parfois plus énergique (l’irrésistible “Dance to the Rhythm”, qui aurait dû être un tube) la beauté fragile de l’existence, le poids du passé (sublime chanson-titre) et la nécessité de s’en libérer. Sur scène (à Petit Bain ou dans un concert en appartement), le baladin séduit par son charisme, sa générosité et son humour. Honnête artisan et chic type. (V.A.)


Elysian Fields – “Pink Air”

Avec Jennifer Charles et Oren Bloedow, la passion avait fini par s’émousser, au fil d’album toujours dignes mais de plus en plus routiniers. D’où la bonne surprise qu’a constitué ce “Pink Air” qui, à défaut de bouleverser de fond en comble le petit monde d’Elysian Fields, montrait un regain d’inspiration et de mordant de la part des New-Yorkais. Comme ils nous l’expliquaient lors d’un entretien un brin tortueux qu’on retranscrira peut-être un jour, l’élection de Trump (et plus généralement l’état du monde) est passée par là, les poussant à sortir de leur zone de confort. “Pink Air” n’a pourtant rien d’un brûlot hardcore dans le genre du dernier Superchunk : la voix de Jennifer est plus enjôleuse que jamais, la guitare d’Oren toujours au sommet du cool, et leurs accompagnateurs (Thomas Bartlett, Vernon Reid, Ed Pastorini, Mark Plati, le photographe Michael Lavine…), triés sur le volet. Mais ce disque où il est question de tempête et de raz-de-marée, au sens propre ou figuré, se place volontiers dans l’œil du cyclone, avec un mélange d’humour et de gravité. Parfaite bande-son pour l’apocalypse qui vient, sur disque comme sur scène où le groupe fait toujours des étincelles. (V.A.)


Cash Savage and the Last Drinks – “Good Citizens”

A côté des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, l'Australie apparaît de plus en plus comme un grand pôle du rock, dans ses acceptations les plus diverses. Rolling Blackout Coastal Fever, The Goon Sax ou Terry ont ainsi rythmé une année lors de laquelle on aura également découvert leurs compatriotes Cash Savage and the Last Drinks, avec un certain retard puisque le groupe est en activité depuis le début de la décennie et avait déjà joué en France en 2015. Membre de la communauté LGBT de Melbourne, Cash est par ailleurs la nièce de Conway Savage, fidèle compagnon de route de Nick Cave au sein des Bad Seeds, malheureusement décédé en septembre dernier. Sur son quatrième album, quelques morceaux cinglants, emmenés par sa voix véhémente (le ravageur “Pack Animals”, “Found You”) retiennent d'emblée l'attention, mais la chanteuse et guitariste est tout autant à son aise sur des ballades et titres plus lents que ne renieraient sans doute pas PJ Harvey ou Patti Smith. Une première partie de Spain au Point éphémère à l'automne dernier nous a aussi laissé entrevoir le potentiel scénique d'un sextette parfaitement soudé et rodé. Aussi engagé qu'engageant. (V.A.)


L’année Kudo ?

C’est tous les ans l’année Tori Kudo mais en 2018, notre oncle du Japon nous a gratifiés (disons l’Europe du Nord) d’une visite-concert de son ensemble tyrannique et free, Maher Shalal Hash Baz (notamment à Sonic Protest) et de nombreux enregistrements variés. Du très conceptuel “Gala-Kei”, à l’enregistrement live “Live at Harness”, au collaboratif (mais chacun de son côté) “Share” avec Kyle Field de Little Wings, on avoue qu’on s’est un peu perdu et qu’on a tout simplement pas pu suivre le rythme kudien, une fois de plus. Nous n’avons pas parlé de la sortie du 45-tours “Working Holiday” paru chez Slow Boy Records en édition superlimitée (pochette, violoncelle et flûte de McCloud Zicmuse sur la face B). C’est en partie réparé. (G.D.)

 

Calvin Johnson, The Married Monk : l’éternel retour ?

Nos idoles ne nous quittent jamais vraiment. Si Tweedy (avec ou sans Wilco, avec ou sans fils), Low (étonnant, troublant album) ou encore J Mascis (avec ou sans "ay", avec ou sans ".") nous envoient régulièrement des nouvelles discographiques, 2018 a vu revenir deux de nos idoles un peu plus discrètes des radars. Calvin Johnson, en forme Olympienne, ragaillardi par la présence d’un(e) Black Key(s) et de Michelle Branch, fait le jeune homme dans un folk rock bordélique dont il a le secret et se métamorphose en “Wonderful Beast”. C’est la résur-érection sans (Jello) Viagra.

Plus inattendu, et là, on pensait que c’était pourtant mort et enterré, la belle résurgence dans les bacs et sur les scènes de The Married Monk, en groupe rock d’outre-Paris, avec “Headgearalienpoo”. Un retour aux affaires sales dans un écrin rose pute, avec un Christian Quermalet en éternel faux-rêveur. (G.D.)

Ash - "Islands"

On n’attendait pas grand-chose des Nord-Irlandais, et on est pourtant une fois de plus très contents de retrouver Ash. Toujours dans la veine power-pop qui leur va si bien, ils signent avec “Islands” un beau concentré de tubes potentiels (“Anabel”, “Confessions in a Pool”, “Silver Suit”) qui rappellent l’efficacité de la formation menée par Tim Wheeler. Il serait dommage de passer à côté de ce disque aussi agréable qu’énergique, qui n’a rien à envier aux classiques du genre. (M.C.)

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