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BJÖRK - Medúlla
(One Little Indian / Barclay / Universal)

BJÖRK - Medúlla Björk est un cas. Il semble bien que des Sugarcubes à "Debut", de "Homogenic" à "Vespertine", sa carrière ait connu les feux croisés d'une maturation artistique et d'une surexposition médiatique croissantes, jusqu'au brouillage complet de l'image. Entre l'artiste et l'oeuvre, la frontière semble encore si mince qu'elle crée les effets d'exaspération et d'idolâtrie les plus pénibles. Entre ceux qui vouent aux gémonies la diva techno et ceux qui se pâment devant l'image fausse du génie nordique, de la fée venue du froid, les prises de position outrepassent souvent les limites du musical. Il est donc temps d'y revenir à l'occasion de l'arrivée de "Medúlla", qui pourrait enfin constituer une sortie digne des ornières du pop-star system.

Autant "Vespertine", à la fois riche et distendu, marquait les limites (compositions surchargées, multiplications des arrangeurs, glacis éthéré) d'une direction musicale à laquelle échappait pourtant une poignée de morceaux marquants ("Cocoon", "Pagan Poetry", "Harm of Will"), autant "Medúlla" recentre le propos, revient à la cohérence qui faisait la force d'"Homogenic". En procédant par soustraction des instruments (mis à part quelques notes aigres de piano, une ligne de basse et des programmations minimales), en soumettant son travail de composition aux ressources des voix, Björk retrouve la tension et l'inspiration. Et c'est, effectivement, salutaire. Elle se montre alors inventive autant dans l'hommage que dans l'expérimentation. L'hommage tout d'abord : pour la première fois (peut-être) de sa carrière, Björk reconnaît sa dette envers une certaine tradition vocale avant-gardiste : d'un côté, la très belle version de "Vokuró" de sa compatriote Jórunn Vidar (qui prouve une fois encore, après la participation aux Chansons des Mers Froides, que Björk n'est jamais plus émouvante que dans son islandais natal), de l'autre l'incroyable "Ancestors", qui conjugue les voix islandaise (de poitrine) et inuit (de gorge) sur un canevas de piano et de voix haletantes et vociférantes, dans une esthétique ouvertement empruntée à Meredith Monk (voir les albums Dolmen Music et Facing North parus respectivement en 1981 et 1992 chez ECM). L'expérimentation ensuite : guidé par son sens de l'équilibre instable et de la dissonance, Björk fond les participations des chœurs (beaucoup plus abouties que sur "Vespertine"), des human beat-boxes (Razhel, Dokaka, Shlomo), des autres voix invitées (la poésie de Robert Wyatt, l'archaïsme de Tagaq) et de la sienne (pleinement exploitée) dans des compositions à la fois tumultueuses et ouvertes, maelström libre dont "Mouth's Cradle" est sans doute le meilleur exemple. Mais, de manière plus douce, elle instille aussi des climats étranges, à la limite du fantastique ("Submarine"), elle délivre de simples et belles chansons (un "Show me Forgiveness" a capella, un "Desired Constellation" tenu et émouvant) et enfin, pleine de malice, elle crée à partir des voix deux instantanés pop emballants ("Who is it", "Triumph of a Heart", promis au rôle de futurs singles, avec sans doute les refrains les plus directs de sa carrière). Ce disque est, définitivement, une très bonne nouvelle pour Björk et pour les amateurs de son travail. Et l'on a envie de ne rien savoir de son importance dans l'histoire de la musique pop pour le savourer davantage.

David


Pleasure is all mine
Show me forgiveness
Where is the line
Vokuro
Oll Birtan
Who is it (carry my joy on the left carry my pain on the right)
Submarine
Desired constellation
Oceania
Sonnets / Unrealities XI
Ancestors
Mouth's cradle
Midvikudags
Triumph of a heart