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BJORK
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Comment sest passé le travail avec les graphistes parisiens de M/M, sur la pochette, les clips et le livre qui sort en même temps que lalbum ? Et quand réaliseras-tu toi-même un clip ?
Jai rencontré les deux membres de M et M par lentremise de Inez et Vinoodh, quand nous avons travaillé sur la pochette de ma compilation de clips vidéo. Tout sest fait très simplement, de fil en aiguille. Jai décidé alors que je travaillerais avec eux sur mon projet suivant, puis jai fait appel à eux pour les clips, puis pour le livre
Ca na jamais été comme un contrat entre nous, plutôt une envie grandissante de travailler ensemble car chacun appréciait les réalisations de lautre. Ca été merveilleux, du plaisir du début à la fin.
Pour ce qui est de réaliser moi-même un clip
bizarrement, je nai pas lambition de le faire. Cest un peu comme jouer dans un film, je lai fait sans avoir vraiment lambition dêtre actrice. Cela peut paraître curieux parce quen même temps, jai plein didées, des choses que jaime et que je naime pas. Ceci dit, sur les clips de Vespertine, je me suis beaucoup impliquée, jai parlé longuement avec les réalisateurs, jai apporté mes propres idées. Je suis peut-être bonne pour commencer un clip, mais très mauvaise pour le terminer ! Alors jai posé en vrac toutes mes idées, et des personnes de génie ont nettoyé tout ce foutoir
Non, je plaisante. En fait, tout a très bien fonctionné. Je crois que, de toute façon, je préfère les collaborations.
Que voulais-tu exprimer à travers le graphisme du livret ?
Avec M et M, nous avons essayé de faire quelque chose dintroverti, de très intérieur. Cest comme un rêve éveillé : vous êtes chez vous, un jour calme, vous êtes assis dans votre canapé, vous fermez les yeux et vous vous endormez à moitié. Cest vraiment linverse de Homogenic. Oui, cest un effort sincère pour faire une pochette dalbum « introvertie ». Ca peut sembler étrange, parce quune pochette, un visuel de disque, cest plutôt destiné à attirer, il faut que ça en jette. Là, nous avons voulu faire le contraire.
Quel est ton rapport au public ?
Quand jétais enfant, je voulais simplement écrire une chanson et rendre les gens heureux avec. Cétait très naïf, jen ai bien conscience aujourdhui. Mais je pense que cest ça qui me fait avancer, et que cest pareil pour la plupart des gens qui font le même travail que moi. Vous voulez simplement écrire une chanson et la partager. Lessence de mon travail, cest la générosité. Et alors vous offrez cette chanson aux gens et ils vont la recevoir de différentes manières. Parfois, leur réaction peut vous blesser, mais ça ne devrait pas vous dissuader de leur offrir encore dautres chansons. De toute façon, au départ, vous ne vous sentez pas si fort que ça, si sûr de vous. Je veux explorer mon intimité et partager ce que je trouve, mais jai aussi des idées très arrêtées sur ce que jaimerais partager, et ce que je naimerais pas partager.
Mais il ne faut pas non plus y voir un besoin pathologique de tous contrôler, cest tout à fait sain. Cest comme quand vous vous faites un nouvel ami et que vous être très excitée, très heureuse. Vous êtes sur la même longueur donde. Mais voilà que, peu de temps après, cet ami fait irruption chez vous alors que vous dormez encore, quil sapproche de vous et quil veut absolument vous parler alors que vous nêtes pas prêt à lentendre. Dans la vie de tous les jours, tout le monde est daccord pour dire que cest un manque de savoir-vivre. Si,en revanche, cet ami vous appelle et vous dit : « Est-ce quon pourrait se voir demain ? » - Vous lui répondez : « Non, là, je suis trop occupé, mais on peut se voir jeudi si tu veux ». Alors vous vous rencontrez, et une relation commence, où chacun apporte quelque chose à lautre. Si cest de cette façon, alors jadore donner. Parfois, les médias font irruption dans ma vie sans rien demander. Je ne trouve pas cela très élégant.
Les gens qui font le même métier que moi veulent donner. Ca été notre motivation au départ. Mais nous voulons donner quand nous sommes prêts à donner. Et les concerts parisiens ont été des moments très précieux de ce point de vue-là. Jétais très heureuse. Déjà, le public était là, ce qui était rassurant. Ca été un immense plaisir, tout du long. Car quand je reste longtemps seule chez moi, isolée, que je nattends personne, ça devient un peu difficile de communiquer
Est-il vrai que tu as envisagé un moment de chanter à lOpéra Garnier ?
Quand, il y a un an, nous avons cherché des endroits où faire passer la tournée, nous avons fait beaucoup de demandes. De nombreuses réponses ont été positives, et beaucoup dautres négatives. Généralement, on nous disait « non » parce que la programmation était déjà bouclée. Un opéra, par exemple, fait sa programmation deux ans à lavance. Lindustrie de la pop est sur un autre rythme, cest plutôt quelques mois à lavance. Pour lOpéra de Paris, ce nest pas moi qui men suis occupée directement, donc jignore pourquoi ça na pas été possible. Mais généralement, la plupart des salles que nous avons contactées nous ont accueillis à bras ouverts, ce que jai beaucoup apprécié. Un concert de ce type à la Sainte-Chapelle, par exemple, ça navait jamais été fait avant.
Peux-tu nous parler des clips qui accompagnent les singles de Vespertine, et qui semblent plutôt différents des précédents ?
Cétait particulièrement intéressant de concevoir des clips pour accompagner un album introverti comme Vespertine. Cette fois-ci, le décor ce ne sont pas des montagnes, des trains ou lunivers, cest plutôt un paysage intérieur. Cétait beaucoup moins évident, et en même temps cétait une sorte de défi très stimulant. Par une étrange coïncidence, les trois réalisateurs avec lesquels jai travaillé cette fois-ci navaient jamais réalisé de clips auparavant. En quelque sorte, nous avons combiné nos énergies et nos envies. Javais des idées bien précises que ce que je voulais faire, eux navaient jamais fait de clip et abordaient le réalisation avec beaucoup de fraîcheur. A chaque fois, ce fut une merveilleuse collaboration. Je suis très satisfaite de ces clips. Ils me représentent vraiment, ils correspondent exactement à ce que je voulais faire, et je crois quils ressemblent aussi beaucoup à mes collaborateurs.
Dans lune de tes chansons, tu parles dun rêve récurrent. As-tu beaucoup de rêves récurrents ? Et tes-tu déjà vue chanter en rêve ?
Jai de nombreux rêves récurrents. Cest tout à fait fascinant. Il y a des rêves que je faisais quand jétais enfant, qui ont disparu pendant 10 ans, puis qui sont revenus
Chaque matin, quand je me réveille, je suis surprise par ce dont jai rêvé dans la nuit. Parfois, avant daller me coucher, jessaie dinfluer sur mes rêves, ou de deviner quel genre de rêves je vais faire, mais je suis toujours surprise au final
et jaime beaucoup cela.
Pour ce qui est de le deuxième question : non, je ne me suis jamais vue chanter en rêve. Je ne sais pas pourquoi. Parfois, je rêve - ou plutôt je cauchemarde - que je suis sur scène et quil y a un problème avec le matériel. Je pense dailleurs que la plupart des gens font ce genre de rêves à propos de leur travail. Mais ce nest pas forcément moi qui suis là, physiquement, en train de chanter.
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