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THE BLACK HEART PROCESSION

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Vous êtes réputés pour jouer une musique triste et sombre mais depuis "Amore Del Tropico", vous avez amorcé un tournant plus optimiste, quelque chose s'est passé ?
Non, je pense qu'aucun de nos disques n'est vraiment pessimiste, c'est plutôt dans notre manière de jouer de la musique. Je ne pense pas qu'on joue vraiment une musique déprimante, il y a toujours une forme d'espérance dedans même si notre façon de l'interpréter ne l'a pas toujours montré. Peut-être qu'aujourd'hui c'est plus évident... C'est difficile de répondre à ce genre de questions parce qu'on joue la musique qu'on ressent sans se dire : celle-ci est plus optimiste, celle-ci plus sombre... Non, il faut qu'elle sonne juste.

Qu'avez-vous voulu dire avec "The Spell" ?
Derrière ce titre, il y a une réflexion sur l'état du monde, sur la politique, sur ce qui s'est passé ces trois dernières années dans notre pays. Je pense que notre album précédent avait plus à voir avec les sentiments amoureux, les relations humaines. Mais entre temps, les choses se sont aggravées - décisions politiques, catastrophes naturelles, etc., et on voit bien qu'un sentiment d'impuissance général domine. Notre disque s'en fait l'écho à sa façon.

Est-ce que vous êtes impliqués politiquement ?
Chacun l'est à sa manière, mais nous ne sommes pas des activistes, non. Nous ressentons les choses comme tout le monde et elles influencent notre musique. Les paroles expriment nos frustrations mais avec toujours deux ou trois sens différents car ce qui est important à nos yeux, ce n'est pas de dénoncer mais au contraire de laisser le sens ouvert à l'interprétation. A chacun de se faire sa propre opinion, en somme.

J'ai l'impression que "The Spell" montre les deux faces de BHP, une face mélancolique et une face plus rock. Est-ce que c'est nouveau, cette envie de mettre les guitares plus en avant ?
Pour "The Spell", oui. Tu sais, j'ai commencé comme guitariste de heavy metal. Après je suis passé au jazz, j'ai eu un professeur quand j'avais 16 ou 17 ans. J'ai tellement joué que mes doigts savaient où aller tout seuls. Un jour, j'ai posé la guitare et je me suis mis au piano en me disant "Voyons ce qui va en sortir !". Je me suis mis à jouer de façon plus instinctive et c'est ce qui ressort sur les premiers disques. Mais là, sur "The Spell", j'ai senti que j'avais à nouveau des choses à dire avec ma guitare. Du coup, c'est moi qui assure toutes les parties de guitare un peu compliquées sur ce disque.

Vous avez réalisé cinq albums depuis 1997, avez-vous du temps à consacrer à des projets parallèles ?
Oui, j'ai un groupe de heavy metal à Portland où je réside maintenant depuis trois ans. On ne joue pas très souvent ensemble, de plus, nous sommes toujours à la recherche d'un bon chanteur. De son côté, Pall a un groupe ou, plutôt, il est sur le projet de Mr. Tube and the Flying Objects, c'est son côté un peu dingue. En fait, le disque est déjà sorti.

Où en es-tu avec Three Mile Pilot ?
Le groupe existe toujours. J'ai appris à l'apprécier après l'avoir quitté. Aujourd'hui, ce sont les trois mêmes membres fondateurs qui le font vivre. Quand j'ai déménagé à Portland, je ne pouvais plus continuer à en faire partie. Le groupe n'était plus très actif, j'avais l'impression de perdre mon temps alors je suis passé à autre chose. Je me suis marié notamment.

San Diego est tout proche de la frontière mexicaine, est-ce que votre musique a été influencée par la culture tex mex, le côté morbide, fête des morts etc. ?
Je ne sais pas. Je pense que Black Heart Procession a surtout été fondé en réaction à l'endroit d'où nous venons. La Californie est un état très ensoleillé et très tempéré. Toute l'année c'est le même temps. Au beau milieu de l'hiver, tu peux sortir en chemise. Nous, on s'est enfermé et on a essayé de se créer un autre environnement. Pour répondre à ta question, je pense qu'on a été plus influencé par notre univers personnel ou par l'art que par d'autres styles musicaux.

Tu parles d'art, je remarque que vos pochettes d'albums sont très graphiques. Quelle importance leur accordez-vous ?
Pall s'occupe des pochettes, c'est lui qui a l'idée de départ puis on en discute ensemble. Il les réalise lui-même. Il y a quelqu'un chez Touch & Go qui nous aide à mettre tout ça en forme. Mais c'est lui le directeur artistique.

On a l'impression qu'il y a un déséquilibre entre le côté comics décalé de vos pochettes et votre musique...
C'est vrai. Pall se bat beaucoup pour imposer ses choix artistiques. Après, on trouve toujours des gens pour aimer ou détester. Je pense que ce n'est pas toujours super adéquat, mais bon...

Mais ce qui est intéressant dans ce décalage, c'est peut-être la part de mystère qu'il comporte ?
Oui, je suis d'accord avec ça. Nos premières pochettes étaient trop explicites. On a retravaillé. Globalement, je suis pour faire fonctionner l'imaginaire.

Je trouve que votre musique possède un petit côté cinématique. Avez-vous déjà songé à écrire de la musique de film ou à jouer avec des images projetées sur scène ?
Jouer avec un écran sur scène, je pense que je ne le ferai jamais. En revanche, j'adorerais composer la musique d'un film. Peut-être quand je serai plus vieux. Pour l'instant je n'ai pas le temps, je tourne beaucoup et quand je ne joue pas, j'essaie de dormir. Mais peut-être dans quelques années à la place des concerts et des tournées. C'est quelque chose qui me tient à cœur mais qui demande un vrai investissement.

Peux-tu nous parler de tes influences musicales ?
Le heavy metal, le jazz. Quand j'étais à l'université, je participais à une classe de jazz. J'ai joué avec des gens incroyables. Mais j'ai laissé tomber le jazz car c'était une musique que je n'arrivais pas à ressentir. J'aime aussi beaucoup la musique classique moderne, d'Europe de l'Est, russe etc.

Quand tu joues de la musique, est-ce que tu cherches à atteindre une dimension spirituelle ?
En musique, je cherche simplement à être honnête avec moi-même. Je garde uniquement ce qui est important. J'essaie de faire en sorte que ça sonne juste et d'être en accord avec ce que je suis. Il n'y a rien de spirituel là-dedans. J'ai les pieds sur terre.

Propos recueillis par Luc Taramini et Julien Bourgeois.
Photographies par Julien Bourgeois.

Merci à Florence.