Black Mountain - Interview

31/03/2016, par et | Interviews |
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Après une pause pour se consacrer à l’écriture d’une bande originale de film, Black Mountain revient avec son premier album en six ans, le sobrement intitulé “IV”. C’était l’occasion de rencontrer Stephen McBean et Jeremy Schmidt qui nous ont parlé de la genèse du disque, de la signification de son titre, mais aussi de punk rock.

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Vous avez réédité votre premier album l’année dernière à l’occasion de ses 10 ans. Vous replonger dans cet enregistrement a t-il eu une incidence sur “IV” ?

Stephen MCBean : Oui, beaucoup. Certains détails de l’enregistrement de l’époque nous ont rappelé les influences que nous avions à ce moment là. Réécouter tout ça nous a replongé dans l’état d’esprit de simplicité et d’innocence dans lequel nous étions en entrant en studio. On a commencé à jouer live uniquement après l’enregistrement. L’identité du groupe s’est donc vraiment forgée à travers la réalisation de ce premier album.

Quel est votre processus d’écriture habituel, composez -vous régulièrement ? Avez-vous changé de méthode pour “IV” ?

S.M. : Ça commence souvent par la même chose, des idées simples, par-ci par-là. Quelques mots, quelques accords, une mélodie. Après les choses se forment d’elles mêmes, mais si ce n’est pas le cas on s’en rend compte rapidement et ça finit à la poubelle. Petit à petit tu te sens sûrement plus confiant, tu commences à anticiper ce qui ne va finalement pas fonctionner. En voulant éviter de tomber dans une routine, tu finis par tenter de nouvelles approches. Tu ne retiendras jamais certaines d’entre elles, mais c’est là où l’expérience t’aide à sentir quand c’est une perte de temps.

Comment arrivez vous à conserver deux sons assez contradictoires, soit groovy presque stoner, ou plutôt atmosphériques, presque sci-fi dans ce dernier album.

S.M. : Il y a beaucoup de morceaux hypnotisants, portés par le rythme. Par sa répétition celui ci te fait des fois entrer dans une transe, lentement mais sûrement, ce qui peut rendre les morceaux plus longs. Ce sont avant tout les rythmiques qui déclanchent une réaction instinctive de ce que pourrait donner le morceau fini. C’est ensuite toujours sympa d’ajouter un brin d'atmosphère dans tout ça. C’est comme ajouter des formes et couleurs sur une toile. Quelle que soit la manière, c’est important de conserver l’aspect primordial qui te fait te perdre dans la musique.

Composer la bande originale de “Year Zero” a t -elle fait du bien au groupe, a t -elle été vécue comme un break permettant de se ressourcer avant d’enregistrer le quatrième album ?

S.M. : Oui les nouvelles chansons sont un peu cinématographiques. Cet album représente bien l’état d’esprit actuel du groupe. Nous sommes tous vraiment sur la même longueur d’onde. C’est grâce à ça qu’on a pu entrer en studio avec des morceaux non finis, certains que ceux-ci pourraient prendre vie par eux-mêmes. Nous avons laissé des petits accidents, et des coïncidences donner vie au tout. Il y a des éléments de ‘stoner rock’, de sons cinématographiques qui ne sont pas censés bien fonctionner les unes avec les autres, mais la magie de la musique entre en jeu et ça se passe des fois naturellement.

Une partie du groupe vient de la scène Punk de Vancouver. Que gardez-vous de cet esprit aujourd’hui et vous en êtes vous inspiré d’une manière ou d’une autre lors de la création de “IV” ?

S.M. : J’ai grandi dans ce mouvement dit ‘punk’ de Vancouver,et ça aura toujours une répercussion sur mon travail. Même si finalement le mot punk veut dire tout et n’importe quoi. Quand j’étais gosse le punk s’assimilait à des groupes comme Jesus Mary Chain, Sex Pistols, Meat Puppets, Minor Threat, The Cramps. De la musique jouée par des gens pas forcément intégrés dans la société, qui bricolaient dans leur coin. Tous ces artistes voulaient juste être créatifs. Il y a peut-être quelques chansons qui pourraient être classées comme ayant des riff “punk”. “Florian Saucer Attack” par exemple. Avant de me senti partie intéranti de ce mouvement, j’aimais des groupes comme Led Zep, Pink Floyd. Le punk m’a donné une sorte de liberté, une excuse pour prendre à mon tour une guitare et commencer à jouer, à tourner.

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L’album s’appelle “IV”. Ce choix est-il inspiré par le fait que de grands classiques du rock ont déjà porté ce nom ?

S.M. : Ce titre s’est imposé de lui même car nous étions en panne d’inspiration. C’est une façon de perpétuer une tradition, mais avec une légère pointe d’ironie. Jeremy a toujours voulu que l’on nomme notre quatrième album “IV”, il est finalement arrivé à ses fins (rires).

J.S. : Nous n’avions qu’une opportunité pour le faire, il fallait la saisir (rires). Il y a tellement de bons disques rocks appelés “IV”, sans que nous ne sachions vraiment pourquoi d’ailleurs. C’est pourquoi j’ai voulu, à notre modeste niveau que l’on s’inscrive dans cette tradition.

S.M. : J’imagine tout à fait d’autres groupes qui, comme nous, se sont retrouvés autour d’un verre pour réfléchir au titre à donner à leur nouvel album et hésiter entre “Snowblind” et “IV”. Avant d’intellectualiser pendant des heures sur la signification du symbole, ou les jeux de mots pourris possibles (rires) (four peut également signifier “équipe de rameurs” par exemple ndlr).

Vos pochettes d’albums évoquent souvent des atmosphères en contradiction les unes avec les autres. Par exemple suivant les pochettes, la nature peu s’opposer à un monde plutôt urbain. L’artwork reflète t-il l’ambiance du disque, ou plutôt l’état d’esprit général dans lequel vous vous trouvez au moment de la sortie de celui ci ?

S.M. : C’est Jeremy qui réalise l’artwork de nos disques. Effectivement il y a toujours un ton donné par le disque qui va l’influencer et l’orienter pour ses recherches dans les tonnes d’archives qu’il accumule.   

J.S. : Oui j’aime créer un dialogue entre la nature sur lequel nous n’avons pas un contrôle absolu et un monde plus urbain que nous avons façonné à notre image. Car nous ne pouvons pas vraiment affirmer que les deux coexistent en parfaite harmonie. C’est pourquoi il y a un clash permanent, une sorte d’aller retour d’une pochette à l’autre. J’essaie de transposer une sorte de science fiction dans un monde familier.

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La pochette de “IV” s’inscrit dans une veine classique de pochette où les gens vont chercher des significations cachées.

J.S. : Les gens essaient tout le temps de trouver un sens ou des messages lorsqu’ils ont un mélange d’objets devant les yeux. Comme lorsque tu regardes un nuage, tu arrives facilement à identifier un visage ou un objet.

La pochette de votre deuxième disque semble inspirée par le travail du designer Storm Thorgeson (Pink Floyd, Led Zeppelin). Etait-il une source d’inspiration pour vous ?

J.S. : Merci, je suis flatté que tu fasses le rapprochement car c’est un artiste que j’admire énormément. Il a publié un livre avec des pochettes de disques psychédéliques contemporains qu’il appréciait. J’ai été contacté pour savoir si je donnais mon accord afin que celle d’”In The Future” soit inclue. Je n’ai pas réfléchi une seule seconde et j’ai répondu positivement.

Stephen, tu habites Los Angeles et ne possède pas de voiture. Les grandes marches que tu effectues pour te déplacer te permettent-elles de puiser une partie de ton inspiration pour les chansons de Black Mountain ?

S.M. : J’ai toujours été un grand marcheur, mais encore plus depuis que j’ai arrêté de fumer. Fumer me permettait de me détendre, mon esprit se détendait et je pouvais commencer à prendre du recul sur notre travail avec un réel sens critique. Lorsque j’ai arrêté, je bloquais complètement, j’étais en manque d’inspiration total devant mon ordinateur. Il fallait que je trouve un autre moyen pour me détendre. J’utilise maintenant ces longues marches pour faire le tri de toutes les idées qui me passent en tête. J’écoute au casque ce que nous avons enregistré récemment et je prends des notes, aussi bien sur ce que j’écoute que sur ce que j’observe dans la rue.

La scène de Vancouver semble être dynamique, aussi bien au niveau des groupes que des festivals comme le Nootka. Les membres du groupe qui y habitent encore sont-ils investis dans cette scène ?

S.M. : Oui car même si j’habite Los Angeles, je passe beaucoup de temps à Vancouver car nous y avons beaucoup d’amis musiciens. Il y a de très bons groupes et l'attitude générale est vraiment positive, on ne se tire pas dans les pattes. Je suis par exemple un grand fan de Destroyer. Je suis ami avec Dan Bejar depuis très longtemps.

J.S. : Il n’y a pas de hiérarchie entre les groupes. Nous ne sommes pas considérés comme une institution car nous avons eu la chance de percer au niveau international et de pouvoir tourner à travers le monde. Certains groupes qui jouent à Vancouver et dans les environs depuis des lustres et n’ont pas eu notre chance sont parfois bien plus respectés. Et tant mieux pour eux car ce qu’ils font est absolument génial. C’est en gros comme dans n’importe quelle autre grande ville. Le fait que ces artistes soient de Vancouver n’a pas vraiment d’importance pour moi. Ce sont des amis que j’apprécie aller voir en concert pour leur apporter mon soutien et boire un verre avec eux. Il faut plus y voir un aspect social qu’autre chose. Bon, il y a aussi des concerts que j’évite car certains groupes sont vraiment mauvais (rires).

Crédit photos : Nina Airtz

Merci à Agnieszka Gérard

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