Blonde Redhead - Paris, la Cigale, 26 mai 2004

02/06/2004, par Jean-Charles Dufeu | Concerts |
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BLONDE REDHEAD - Paris, la Cigale, 26 mai 2004

Blonde Redhead est à ma connaissance le seul trio composé de deux couples (dont un de jumeaux). Cette promiscuité qui cautionne leur musique explique sans doute l'extraordinaire parfum d'alchimie et d'intimité qui émane de leur performance scénique jusqu'à envelopper une salle entière et plonger celle-ci dans une même atmosphère de suave sensualité. Car il fallait bien plus que du talent pour électriser l'air à ce point ce soir. Après une entrée en matière fracassante, sur les notes acérées de "Falling Man", les trois New-Yorkais surent dévoiler tous leurs charmes au long d'une cérémonie nuptiale gracieusement exécutée. On ne sait ce qui enchante le plus des petits pas de danse lascifs du guitariste chanteur Amadeo, des trémoussements répétés de la chanteuse Kazu (notamment lorsque, sur "Misery is A Butterfly", elle joue du clavier debout, sur ses talons hauts), ou du jeu imperturbable et vraiment impressionnant par son style et sa précision du batteur Simone, frère du premier. Peut-être que les points culminants de plaisir sont atteints lorsque, après de longs préliminaires de musique flottante préalables à plusieurs chansons, Amadeo et Kazu se rejoignent dans un même espace scénique, et après moult caresses du bout des doigts de la chanteuse au guitariste, pénètrent chacun l'espace occupé initialement par l'autre. Cette communion sonore et physique habilement ponctuée par les sons de voix gentiment criardes de ses deux principaux acteurs s'achève en une explosion de décibels, de gestes saccadés et de tension qui gicle sur le public, le laisse bouche bée, pantois... et heureux. Et le trio enchaîne déjà, insatiable et généreux. De très grands moments sont ainsi atteints lors de "Futurism vs Passeism", sans Guy Picciotto (meneur de Fugazi et producteur inspiré de Blonde Redhead) mais avec toute la fougue nécessaire pour combler cette absence. La succession de chansons judicieusement étudiée, ne cesse pas de faire son effet jusqu'au premier rappel. Car malgré la performance surprenante du groupe, il en faudra deux pour qu'il atteigne sa propre satiété. L'ultime satisfaction étant enfin atteinte sur " (I am taking out my eurotrash) I still get rocks off" qui vient achever la soirée comme elle avait débuté, magistralement. On s'étonnera peut-être du choix de la chanson titre de l'album "In an Expression of an Inexpressible" au premier rappel, bizarre conglomérat de cris et d'électricité mécanique. Mais il rappelle sans doute à juste titre que si le groupe sait combler tout à fait ceux qui l'aiment, il n'a rien cependant d'une conquête facile.

Jean-Charles Dufeu

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