Boy and The Echo Choir - Interview

15/04/2013, par Luc Taramini | Interviews |
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 Boy & The Echo Choir

Depuis une petite dizaine d'années, Boy (Caroline Gabard) pilote son petit navire musical sur les eaux vives de l'indie pop via principalement son label-maison "My Little Cab Records". Avec son groupe, Boy and The Echo Choir,, elle a sorti récemment "It All Shines", une nouvelle collection de chansons frêles et climatiques dont elle a le secret. Entre grisaille, ondées passagères, timides éclaircies et soleil de fin de journée, la musique du groupe ressemble furieusement à un ciel breton.

 

Comment est venu le désir d'écrire des chansons ?  Etait-il présent dès le début ?

Oui, depuis longtemps… J'ai un classeur rempli de textes écrits depuis l'âge de neuf ans. J'ai toujours écrit ce qui me traversait. J'ai appris le piano pendant 5 années puis je l'ai totalement abandonné pendant plus de 10 ans. Quand j'ai rencontré Tazio, qui m'a montré le chemin pour faire des chansons, je possédais déjà un 4-pistes et une guitare classique. Le piano était toujours là, dans la maison familiale, mais je me refusais même de l'ouvrir. Je n'avais aucune technique musicale réelle à la guitare mais une envie certaine d'exploiter ces outils pour extérioriser mes émotions. Tazio m'a prêté un petit clavier Yamaha, sa guitare électrique, ses pédales, son micro SM57. On est partis en camping 4 ou 5 jours et on a enregistré 15 chansons avec les moyens du bord, de la façon la plus spontanée qui soit.

 Quelles ont été les influences musicales marquantes pour toi ?

Il y a le premier album de Yann Tiersen qui m'a réconciliée avec le piano et qui m'a fait comprendre que je pouvais sortir des partitions et déchiffrer à l'oreille. Puis Tazio m'a fait découvrir la scène indie américaine : Smog, Daniel Johnston, Cat Power, The Magnetic Fields, The Dirty Three, L'Altra, etc… Ça m'a ouvert les yeux. Ça m'a appris qu'on pouvait faire bien, beau, avec peu. Qu'on avait le droit de laisser des failles sur un enregistrement et que parfois, une voix qui déraille ou une corde de guitare qui ne sonne pas peut servir à laisser l'émotion s'exprimer. La fragilité et la profondeur me touchaient droit au coeur et c'est ce à quoi j'aspirais. Entendre le son des pièces où les musiciens jouent, placer la musique dans l'espace… 

Bien avant que le web 2.0 ne facilite la diffusion de la musique, vous aviez ( toi et Tazio) créé votre propre label "My Little Cab Records"… D'où vous vient cette culture "do it yourself" et ce besoin de fabriquer des objets disques ?

La réponse est déjà un peu donnée ci-dessus. Le DIY, c'est quand tu n'attends personne pour faire ce que tu as envie de faire. Quand tu t'achètes le premier 4-pistes que tu trouves, sans savoir si il est techniquement performant ou pas. Quand tu mets de côté la question de l'argent et que tu te démènes pour faire, un point c'est tout. Dans cet état d'esprit, n'importe quel support est bon pour faire exister ta production. Et tu sais que si tu passes tes soirées à découper et coller des trucs, avec minutie et passion, les gens qui auront ta pochette de disque en papier plié entre les mains sauront qu'il y a de l'amour et de bonnes intentions derrière tout ça. C'est quand même plus parlant que le mp3 lâché en freedownload. Notre label My Little Cab Records est né comme une maison mère pour accueillir nos productions de disques, donner une identité concrète à nos projets car je commençais aussi à faire des disques de mon côté.

 Est-ce que la fabrication de l'objet disque fait partie intégrante de ton processus musical ?  

Ça l'a été avec Tazio & Boy, très clairement. Avec Boy, mon projet solo, c'est le format album qui fait partie intégrante de mon processus. La pochette, l'objet disque est important mais pas autant qu'avec Tazio & Boy.

 L'entité Tazio & Boy existe t-elle toujours ? Si oui, en quoi nourrit-elle les projets de chacun ?

Tazio & Boy a terminé sa course avec l'album "Winter In The Room". Je me suis entièrement impliquée dans Boy & The Echo Choir et je ne trouvais plus le temps et l'énergie pour faire les deux projets en même temps. Mais je sais que nous serons toujours attentifs à ce que l'autre écrira, jouera ou chantera à l'avenir.

 Le processus d'écriture : il est solitaire ou collaboratif chez toi ?

J'écris et je compose seule. J'aime la solitude de l'écriture, la solitude de la recherche. Mais j'ai la chance de rencontrer des musiciens que j'admire et qui acceptent volontiers de mettre un peu d'eux dans mon univers musical. Sur "It All Shines", le nouvel album, Rachel Langlais et Thomas Van Cottom ont été partie prenante de la composition car il ne s'agissait plus d'arranger, mais de me bousculer dans mes idées tout en m'aidant à atteindre la direction choisie pour le disque. Cela faisait plus de deux ans que je jouais sur scène avec Rachel, donc il était évident qu'on s'associe sur l'écriture d'un disque. Thomas, lui, avait déjà participé au précédent album et notre collaboration avait déjà été très riche et très importante pour moi. Ça m'a ouvert des portes et j'ai beaucoup appris de nos échanges. Tout comme avec Marin Pérot et Nicolas Gautier (The Missing Season) autour de la chanson "Impossible Heart", Vincent Dupas, qui joue sur scène avec nous en "guest" à l'occasion, ainsi que la participation de Mickaël Mottet (j'aime tellement sa musique, sa voix) et des Hiddentracks, particulièrement Jean-Christophe Lacroix qui a dirigé les arrangements de cordes, cuivres et vents.

 Y a t-il une communauté de musiciens que tu fréquentes entre Nantes et Saint Nazaire ? Si oui, qu'est-ce qui te relie à elle ?

Je ne me sens pas vraiment rattachée à une communauté de musiciens à part ceux qui ont joué sur mes disques, qui sont d'ailleurs mes amis.  Après, à Nantes, il y a plein de copains qui jouent dans des groupes sacrément bien : Papaye, Fordamage, The Patriotic Sunday, The Healthy Boy, Papier Tigre… La liste est longue.

 Depuis deux albums tu collabores avec Humpty Dumpty, c'est la fin du DIY ?

J'ai collaboré avec Humpty Dumpty pour Tazio & Boy et le précédent album "And Night Arrives In One Gigantic Step". Pour le nouveau, j'ai tout produit seule. C'est mon esprit DIY qui reprend le dessus, certainement. "It All Shines" est hébergé par "My Little Cab Records" qui est désormais distribué par La Baleine. Tazio et moi faisons la com' et toutes les petites tâches associées à une sortie de disque, même le booking.

 Ta musique est plus orchestrée, se déploie davantage… Concrètement as-tu bénéficié de moyens supplémentaires pour travailler ?

J'ai bénéficié de quelques moyens supplémentaires comme des pré-ampli, des micros, et d'un professionnel pour le mixage et le mastering. C'est Florian Chauvet, qui fait aussi notre son pour les concerts. A part ça, j'ai tout enregistré et pré-mixé sur mon ordinateur portable, avec ma petite carte son. Le reste est dû à la quantité d'instruments présents sur le disque. Entre Tazio et Thomas Van Cottom, on a eu une sacrée belle collection : vibraphone, timbales d'orchestre, claviers et amplis vintage, et tout un tas d'O.S.N.I (objets sonores non identifiés).

 Tes chansons sont assez mélancoliques  voire "climatiques", tu utilises toujours les mêmes tonalités musicales. Pourquoi ?

Alors là, je ne suis pas musicologue. Je ne sais jouer que mes chansons. Rien d'autre. Je choisis une note parce qu'elle colle à une émotion, parce que sa vibration se fait l'écho de ce que je veux exprimer. Les accords s'enchaînent ainsi. Le piano, la guitare, sont au service de mon émotion, de mes sentiments. Après, je suis comme beaucoup de gens : j'exprime facilement les choses négatives de la vie. Le bonheur, je le vis. Je ne le mets jamais, ou très rarement, en chanson.

 Ecrire un nouvel album est-ce aussi une occasion d'explorer des choses ?

Je m'explore essentiellement. C'est très égoïste mais moins risqué que de parler des autres. Et puis parler de soi, surtout intimement, permet souvent aux autres de s'y retrouver. La musique est salvatrice. Mon piano, c'est mon psy, si tu veux que je résume très vite. Je n'ai d'ailleurs plus de piano chez moi depuis un an, ce qui est dramatique pour ma santé mentale (sourire). Pour chaque album, je recherche une cohérence, un fil rouge. C'est ce qui capture mon attention pendant des mois. Après des quantités de chansons autour du deuil, je m'attaque au registre amoureux. Ce n'est guère plus simple.

 As-tu des envies particulières que tu aimerais assouvir en musique ?

Faire des musiques de films ou de courts-métrages, oui. Ou encore la musique d'un livre pour enfants (livre-disque, mais en 45 tours s'il vous plaît). Mais je n'attends rien de particulier. J'ai déjà obtenu beaucoup plus que je n'aie jamais espéré musicalement. Et j'espère juste vieillir en continuant d'écrire et d'enregistrer des choses, même si ça devait rester dans une boîte chez moi. 

Photos : Maéva Pensivy

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