Bridge and Tunnel - Without Ghosts

16/10/2002, par David Larre | Albums |
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BRIDGE AND TUNNEL - Without Ghosts
(Harmsonic / Chronowax)

BRIDGE AND TUNNEL - Without GhostsVoilà un secret soigneusement gardé de la scène électronique qui devrait enfin émerger au grand jour. Distingué sur ce site par un de nos invités comme le meilleur disque de l'an passé, le deuxième LP du groupe américano-allemand Bridge and Tunnel a enfin trouvé un distributeur dans nos contrées et mérite sans aucun doute un accueil aussi large que son charme est entêtant. Secrète, lancinante, à la fois fruste et subtile, leur musique est inclassable, entre electronica "ambient" et post-rock affaissé, et déroute continuellement par ses acmés, ses sourdines et ses nombreux détours : à preuve ce morceau d'introduction qui débute par un faux plat rythmique pour poursuivre sa course dans le décor du "Loveless" de My Bloody Valentine, ou encore ce Smash Up qu'on croirait joué par un Swell ironiquement converti à l'électro. De telles rencontres ont de quoi surprendre et donner l'impression superficielle d'un habile brassage de références. Mais le groupe vaut mieux, et ces croisements ingénieux ne sont rien en comparaison de ce qui semble être devenu l'exercice d'excellence et la marque du groupe : des plages instrumentales d'une profonde beauté qui installent progressivement la scène d'un théâtre intérieur tourmenté et instable, de la ballade convalescente ("The Kids are dead") au cauchemar claustrophobe ("Outro") en passant par le western lo-fi ("L. A. Knights", "Phantom Semaphore"). On y sent le groupe maître de ses moyens et pénétré d'une sorte de mélancolie irréductible, aux accents mythiques. Ces musiciens sont comme les survivants d'une catastrophe qu'ils sont seuls à connaître et dont ils distillent petit à petit l'effroi ("every day is a tribute for those who have gone before", sur "As they appear"). Le chant, souvent à la limite du murmure, souligne l'étrangeté et la gravité d'un univers dense et prenant, qui sait aussi ménager ses aires de repos et se tenir en apesanteur ("Tulsa"). On y entend le souffle du vent, les bruits parasites du téléphone portable, on y devine la peur, l'insomnie, la tristesse des matins solitaires, on y sent palpiter une vie intense tout juste tirée du gouffre. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que de constater quelle puissance émotionnelle se dégage de cette musique bricolée, chagrine et insoumise. Grand disque, profond mystère, poison hautement recommandé.

David

A Wheelchair for Mrs Ruple
True and Cruel
Nothing is sacred
The Kids are dead
L.A. Knights
As they appear
Tulsa
Smash up
Phantom Semaphore
Outro

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