Bridget St. John - Interview

28/06/2010, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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BRIDGET ST JOHN

J'ai mis un petit peu de temps à réaliser que les grand yeux que j'avais en face des miens étaient les mêmes - modulo 40 années - que ceux qui fixaient l'auditeur sur la pochette de "Jumblequeen" (1974) depuis que j'avais réussi à mettre la main sur ce disque, pas le meilleur de Bridget St. John, certes, mais un album tout de même estimable de cette artiste qui l'est tant. Et puis je me suis détendu : il faisait beau, on était dans la cour des Voûtes, oasis d'herbes folles en plein milieu des rigoureuses tours du nouveau quartier de la Très Grande Bibliothèque, et Bridget St. John, avant un concert dont l'annonce - discrète - m'avait fait me pincer fort violemment, répondait fort aimablement à mes questions.

Bridget St John


Alors être ici, à Paris, quelle impression cela te fait-il ? J'ai lu que tu n'avais joué qu'une fois à Paris, il y a plus de trente ans...
Je pense que cela fait plutôt près de quarante ans. Je ne me souviens plus de l'année exacte, mais c'était juste après 1969, donc ça devait être 1970 ou 1971...

As-tu souvenir de ce concert ?
Je me souviens avoir joué à deux endroits, le premier, je pense que c'était un hangar d'aéroport - c'est ma mémoire qui me dit ça, je ne suis pas sûre que cela soit vrai ! Je jouais avec Pink Floyd peut-être. Ensuite j'ai joué dans un petit club. Mais je ne peux pas te dire où c'était !

C'était il y a longtemps. Aujourd'hui, tu es de retour sur scène... Enfin, cela fait quelques temps que tu as recommencé à jouer...
J'ai toujours fait des concerts de temps en temps. Quand j'ai quitté l'Angleterre pour New York, la première fois, je jouais souvent, mais personne ne le savait en Angleterre ! Pourtant je jouais au Carnegie Hall, au Bottom Line et dans de nombreux clubs de Greenwich Village. Je jouais beaucoup. Quand ma fille est née, en 1983, il a fallu que je m'occupe d'elle au lieu de m'occuper de mes chansons, et j'ai moins joué pendant les dix premières années. Et en 1995, j'ai refait quelques concerts. Et puis j'ai arrêté. Et puis j'ai repris progressivement.

Tu ne t'es jamais totalement retirée du milieu musical, en fait ?
Non, pas du tout.

Quand tu as recommencé à jouer en 1995, ça a coïncidé avec la réédition de tes deux premiers albums...
C'était une pure coïncidence. Je venais de sortir mon cinquième album, "Take the Fifth". Et quelqu'un m'a dit "tu sais que See for Miles réédite tes premiers albums ?". Je n'étais pas du tout au courant. Personne ne m'avait dit, personne ne m'avait demandé si ça me plaisait. Quand Cherry Red a ressorti les albums, j'ai eu non pas le contrôle sur les rééditions, mais au moins mon mot à dire. Je pense que cela a été fait avec plus de goût, avec plus de sensibilité.

C'est vrai que la réédition conjointe de "Ask Me No Questions" et "Songs for the Gentle Man" par See For Miles n'avait pas une très belle pochette par exemple...
Oui, ils avaient juste mis les pochettes l'une sur l'autre. Je pense que ça a été fait par quelqu'un qui ne connaissait pas ma musique. Ils l'ont juste sorti comme ça, et n'ont pas fait grand chose pour en assurer la promotion.

Quand tu as commencé à jouer, tu faisais en quelque sorte partie de la scène folk britannique...
En quelque sorte, car je ne jouais pas vraiment dans les clubs folk. Je jouais aux Cousins (un club de Soho, à Londres, NDLR), que je n'appellerai pas vraiment un club folk, avec de nombreux autres artistes, John Martyn, Michael Chapman, Paul Simon, Nick Drake, Al Stewart... Nous sommes tous passés par les Cousins. Mais je ne pense pas qu'un seul d'entre nous l'aurait considéré comme un club folk pour autant. C'était un endroit génial pour jouer de la musique, en tout cas, on pouvait y jouer toute la nuit, la créativité y était débridée. J'ai surtout beaucoup fait la première partie d'autres groupes, tu sais, David Bowie, Deep Purple... Je pense que c'était une bonne chose, je ne me suis jamais vue comme une folkeuse.

Et comment a eu lieu la rencontre avec John Peel. Il a toujours dit avoir démarré son label à cause de toi, pour sortir tes disques. C'est une légende ?
C'est ce qu'il a toujours dit. Je pense que je ne l'avais pas réalisé à l'époque. C'est en relisant certaines de ses déclarations dans des interviews que je m'en suis rendu compte. Je l'ai rencontré en août 1968, après qu'on lui a donné une de mes cassettes. Il m'avait proposé de venir dans son émission. On a commencé à être amis. Il aimait ma musique et il voulait m'aider, et c'est ce qu'il a effectivement fait. J'ai dit qu'il m'avait pris sous son aile jusqu'à ce que je sois prête à voler, ce qui a pris plusieurs années (rires). Il a été fantastique avec moi. Il animait des soirées en tant que DJ, et il profitait de l'occasion pour me faire jouer. Il disait aux gens "asseyez-vous, elle est très timide, elle va jouer pendant une demi-heure", et cela permettait à des gens qui n'en auraient jamais eu l'idée d'avoir l'occasion d'écouter ma musique. Ils étaient en train de danser sur les disques que passait John, et tout d'un coup il les faisait s'asseoir et ils m'écoutaient. Il m'a tellement aidée.

Il a produit ton premier album. Produire un disque n'était pas vraiment son travail habituel, quelle influence a-t-il eu ?
Ça a marché, c'était très simple pour mon premier album, à part sur une chanson sur laquelle il a passé beaucoup de temps, "Ask me No Questions". Les oiseaux, les cloches, c'était son idée, et il s'est éclaté à chercher des sons et à les assembler. L'enregistrement de l'intégralité de l'album a pris seulement dix heures, et je pense que deux de ces dix heures ont été consacrées à l'assemblage de ces chants d'oiseaux et de ces cloches ! C'était mon ami, et on travaillait ensemble sur mon album, voilà tout.

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