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BROKEN SOCIAL SCENE

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Avec le nouvel album, on a l'impression que vous ne visez pas l'efficacité à tout prix : les deux premiers morceaux ne sont pas les plus évidents.

Oui, c'est une sorte de défi, et je trouve que c'est bien comme ça. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les gens n'ont pas forcément envie de relever ce genre de challenges. Ils y sont déjà confrontés quotidiennement. On vit dans un monde de challenge permanent, ça en devient étouffant. Et c'est cela qu'exprime ce disque. Nous ne sommes pas dans le même état d'esprit, très innocents, pleins d'espoir, qu'à l'époque du premier album. On sait ce qui se passe dans le monde, on regarde les infos... Nous vivons des heures sombres, et je ne me vois pas en train de chanter "lollipop, lollipop, lollipop" (il chantonne d'un air moqueur). Ou "I love you but I can't stay, I always think of you baby but I'm on my waaaayyyy..." Fuck you ! En fait, nous chantons tout ça, mais avec de grandes ombres qui planent au-dessus (rires). Nous avons sorti un album pop pour radios AM, il va beaucoup être diffusé sur ces radios, pas sur la FM (façon ironique de dire qu'ils font de la musique "adulte" plutôt que de la pop pour teenagers, pour reprendre les distinctions nord-américaines, ndlr).

Vous tentez de nouvelles choses sur ce disque. Il y a des morceaux plutôt soul, voire disco.

Les chansons en question, "Windsurfing Nation" et "Hotel", doivent énormément à Dave Newfeld. Il a beaucoup travaillé le son, le mixage... Elles font partie de mes préférées. Nous aimons ce genre d'expérimentations, qui reflètent la variété de nos influences. En fait, il y a plus de tout, sur cet album : plus de sons, plus de mélodies, plus de cuivres...

Justement, cette profusion a tendance à désorienter à la première écoute. Par moments, on pense aux albums de Mercury Rev pré-"Deserter's Songs".

J'adore ces disques, ils restent une grosse influence pour moi. Comme ceux des Flaming Lips, et d'autres. Le rock indépendant des années 80 et 90, avec l'urgence qui s'en dégageait, a beaucoup compté pour nous. Mais chaque membre du groupe écoute des choses différentes et apporte ses propres goûts, de Bob Seger à Femi Kuti.

Penses-tu que le succès d'Arcade Fire va donner un coup de projecteur sur les groupes canadiens ?

Certainement. Leur succès est phénoménal et tout à fait mérité. Je n'éprouve aucune jalousie à leur égard : le disque est très bon et leurs concerts, fantastiques. Et autant que je sache, ce sont des personnes formidables. De manière générale, c'est une bonne période pour les groupes et artistes canadiens : Death From Above 1979, Feist, Metric, Stars, New Pornographers, Wolf Parade, The Dears, Black Mountain... Tous ces groupes – et Broken Social Scene – sont très différents les uns des autres. Nous partageons le même esprit, mais nous n'avons pas le même son. Si "Funeral" peut amener des gens à découvrir d'autres artistes canadiens, c'est très bien. Et ils s'apercevront qu'aucun ne cherche à faire la même chose qu'Arcade Fire. De nouveaux groupes vont encore arriver et si la qualité de la musique se maintient, cet état de grâce va perdurer, d'autant que nous nous sentons vraiment soutenus pas le public canadien.

Qu'est-ce que ça vous fait de jouer dans des petites salles en Europe alors que vous êtes l'un des groupes indépendants les plus populaires au Canada ?

Je trouve ça très bien. On a besoin de ça, de cette variété. La répétition tue l'envie, la fraîcheur. C'est comme dans un mariage : chaque jour, il faut déjouer la routine. En tout cas, je garde un formidable souvenir de notre précédent concert à la Maroquinerie. Et puis même au Canada, le succès n'a pas été soudain, mais plutôt lent. On a eu le temps de le voir venir.

Quand devons-nous espérer un nouvel album ? Dans trois ans ?

Avant, je pense, car nous avons déjà commencé à travailler dessus alors que nous étions encore sur le deuxième. Nous voulions nous persuader que nous n'étions pas en train de devenir fous et que nous étions toujours capables d'écrire des chansons simples, où il n'y a pas huit mille éléments qui cohabitent tant bien que mal ! Il devrait donc sortir assez vite.

Entretien et photos : Vincent Arquillière