BUCK65
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Les
concerts de la Route du Rock étaient extraordinaires,
la réponse du public était géniale...
OUI, c'était génial. Ce week-end était
génial. Je pense que c'est une des expériences
live les plus satisfaisantes que j'ai eues. Je me souviens,
quand j'ai débarqué en France pour la première
fois, je regardais un concert à la télé
et le public à la fin du concert s'est mis à
entonner ce chant bizarre "hooo hohoho hooo"
et je me suis dit "super, un jour ce sera pour moi
qu'ils chanteront". Et à la fin du set de
la Route du Rock la foule s'est mise à le faire
!!!!!!! J'étais aux anges, un vrai gamin, back
stage je sautais partout en levant les bras au ciel. C'était
comme une victoire pour moi, il y avait tellement de monde,
et le feedback était tellement positif. Je me sentais
vraiment très bien, comme si je venais de rencontrer
des tonnes de nouveaux amis.
Avec
le temps, j'ai fait pas mal de festivals en France, et
à chaque fois c'est magique, c'est une superbe
opportunité de rencontrer des gens nouveau, de
faire découvrir ma musique à des gens qui
ne me connaissent pas. Et à chaque fois c'est aussi
l'occasion pour moi de vous montrer à quel point
le public compte pour moi, à quel point j'apprécie
que vous vous intéressiez un peu à ma petite
personne, l'occasion de vous dire merci. A ces concerts,
il y a toujours une grande énergie qui va et vient
entre la scène et le public, Et je crois que ces
concerts ont été très bénéfiques
pour moi. J'ai beaucoup appris, humainement, et j'ai pu
commencer à me faire connaître. Ca a été
génial.
D'autant
plus que tu as une technique de scène assez particulière,
mais bien au point.
J'ai dû mettre une routine solo en place parce que
tourner avec le groupe coûterait trop cher. Entre
les billets d'avions, l'hôtel, la bouffe, et tout
et tout c'est vite ingérable. J'espère revenir
pour une vraie tournée avec un vrai groupe quand
même. Donc ça me laisse pas d'autre choix
que de tout faire tout seul. Il faut que je me débrouille
pour que le show soit aussi grand, impressionnant que
possible tout en gardant à l'esprit que le public
français m'empêche de me reposer à
100% sur le texte. Il faut que je m'exprime par le texte
mais aussi autrement. Je me suis donc penché sur
le cas d'autres artistes comme Jacques Brel par exemple
pour voir comment eux ils s'en tiraient et pour y prendre
quelques conseils. Me confronter au public d'ici m'a appris
beaucoup à mon sujet. Ça a vraiment été
un plus. J'ai pu améliorer mes concerts, trouver
de nouveaux moyens de m'exprimer, me développer
en tant qu'artiste.

Quand
tu parles de Jacques Brel, J'ai l'impression que tu portes
comme lui beaucoup d'importance à tes textes, certains
textes sont ancrés dans la tradition américaine
des nouvelles (Brady Udall, Faulkner). Tu lis beaucoup
?
Oui,
énormément, j'aimerais même, un jour,
être publié. Je pense à d'autres songwriters,
de Cohen à Tom Waits dont on peut lire les textes
indépendamment de la musique et j'aimerais bien
faire partie de ce groupe. Je ne veux surtout pas gaspiller
mes mots, ou céder à la facilité.
En signant sur une major après des années
d'underground, j'ai pensé que les gens allaient
m'attendre au tournant, et donc j'ai apporté un
soin tout particulier à mes textes. Je me suis
poussé au cul pour avoir quelque chose qui tienne
la route, quelque chose qui soit irréprochable.
Je n'édite pas ce que j'écris, je ne reviens
pas sur mes textes pendant des heures et des heures, mais
j'écris lentement, en prenant soin de bien peser
mes mots. Je n'écris un mot sur la feuille que
quand je suis sûr d'avoir trouvé celui qui
convient parfaitement. Je voulais vraiment écrire
mes meilleurs textes et je suis très content car
je crois que j'y suis arrivé. Et j'ai hâte
de me lancer dans le prochain album parce que j'ai déjà
quelques bonnes idées qui vont pousser tout cela
encore plus loin. Je me sens plus inspiré en ce
moment que je ne l'ai jamais été. J'ai de
quoi commencer un ou deux albums.
Et
donc, à quand ton premier livre ?
Ben... en arrivant à Paris je m'y suis mis, j'ai
commencé à écrire mon premier roman,
et j'ai quasiment fini. Il faut que je m'enferme pendant
deux semaines pour vraiment y apporter la touche finale,
c'est tout. Et ensuite, j'aimerais pouvoir publier un
recueil de poèmes ou deux et finir par écrire
un livre qui ne soit pas de la fiction. L'écriture
est quelque chose qui me passionne et j'ai vraiment envie
d'être publié.
Pendant
qu'on est sur le sujet de l'écriture, tu peux m'en
dire plus sur la série des Riverbeds ?
J'ai toujours été fasciné par l'idée
de la rivière qui sert souvent de métaphore
dans une bonne part de la littérature. Simplement
en partant de l'idée d'une rivière comme
une autoroute qui passe par différent points. Puis
en pensant spécifiquement à la Seine, en
reliant mon expérience à Paris à
un autre point de mon passé, puis en pensant à
un film de Peter Greenaway, qui parle de ces types qui
archivent les détails autour des personnes qui
se suicident dans la Seine. Je pensais aussi à
une nouvelle d'Anais Nin (the Houseboat) qui m'a beaucoup
inspiré. J'ai eu plein d'idées diverses
avec ce lien entre elles. Des thèmes comme le voyage,
la solitude, et plein d'autres choses. Au début,
l'album ne devait être que cette succession d'histoires
et d'émotions liées entre elles par la rivière.
Et puis je me suis dit que pour un premier gros album
je devrais peut-être montrer un peu plus ce dont
j'étais capable. Donc j'ai rajouté des trucs.
Maintenant quand j'écoute cette série de
morceaux, quand je relis les paroles, je ne me souviens
pas vraiment de les avoir écrits. C'est comme si
j'avais été dans une sorte de transe...
Et même si je pense que j'ai réussi à
dire ce que je voulais dire, il reste quand même
un certain flottement que même moi je ne peux contenir,
une sorte de choix laissé à l'interprétation
de l'auditeur. "Riverbed part 7" finit sur un
coup de feu potentiel, c'est à l'auditeur de finir
l'histoire. J'essaye de donner un cadre, mais j'aime à
penser que les auditeurs peuvent y mettre ce qu'ils veulent,
y apporter leur part.
Et
tu crois que c'est ce qui se passe ?
Oui, je sais qu'une partie de mon public est un peu déconcertée,
mais j'ai aussi eu l'exact feedback que j'attendais, la
presse à été très bonne, et
surtout les échanges que j'ai eus avec le public
pendant les concerts on été parfaits. Mon
meilleur ami à New York a détesté
"Talkin' Honky Blues", il voulait un nouveau
"Vertex". Mais bon voilà, Pour moi "Talkin'
Honky Blue" est l'album que je m'étais promis
et que j'avais promis au public depuis très longtemps.
C'est comme ça, j'ai 32 ans, je suis blanc, j'ai
grandi à la campagne, j'ai été bercé
par la musique folk et country, mon premier album a été
enregistré pour un label d'indie rock... J'ai toujours
eu des influences variées et oui, je suis fan de
Radiohead, de Johnny Cash et de PJ Harvey. Jusqu'à
présent, quand je disais ça les gens se
disait ah .. OK... mais ils n'y prêtaient pas attention.
Mais avec cet album je me révèle. Je suis
aussi honnête que possible. C'est moi et personne
d'autre.
Et
pour finir sur les influences, je voulais parler de deux
ou trois trucs qui m'ont touché récemment.
D'abord un livre par Elisabeth Smart "By Grand Central
Station I Sat Down And Wept". et c'est l'une des
plus tristes mais aussi des plus belles choses que j'ai
lu. Puis un autre livre, vraiment super, ça s'apelle
"Zero: The Biography of a Dangerous Idea" et
c'est écrit par Charles Siefe, et c'est l'histoire
du zéro, l'histoire des maths et de la physique,
mais c'est surtout une histoire de l'homme et c'est un
petit bouquin, qui se lit très vite, sans avoir
besoin de savoir quoi que ce soit des maths pour y prendre
plaisir. C'est très bien écrit, il est quasiment
impossible de s'arrêter de le lire. Ensuite, il
y a ce truc, cette chose que j'ai faîte et que je
conseille à tout le monde de faire. C'est quasiment
une quête, un investissement, ce que je considère
comme étant une sorte de Bible musicale, une collection
de musique essentielle, pas seulement un truc à
écouter pour le plaisir mais une oeuvre a étudier.
C'est l'Anthology of American Folk Music d'Harry Smith.
c'est assez cher, parce que c'est un coffret, mais c'est
essentiel. On pourrait passer sa vie à écouter
ces disques en apprenant chaque jour quelque chose de
nouveau, en plus il y a ce livre avec qui permet d'apprendre
encore plus de chose. Et pour finir, je conseille vraiment
Lee Hazlewood. On le connaît surtout pour ce qu'il
a fait avec Nancy Sinatra, mais ses premiers albums sont
vraiment géniaux. J'ai racheté "Trouble
is a Lonesome Town" il n'y a pas longtemps et c'est
vraiment bon. Il raconte une histoire avant chaque chanson,
c'est juste lui et sa guitare sur pas mal de titres, avec
un truc super simple, de blues, folk, vraiment touchant.
propos recueillis par Gildas,
photographies par Guillaume.