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BERTRAND BURGALAT

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Et là, le label était lancé pour du bon ?
Oui et non. Parce qu'après, quand j'ai voulu sortir April March, autant BMG avait été intéressé par le disque de Valérie, autant là c'était niet. Et je me suis retrouvé comme un con, je n'avais pas la structure pour avoir une distribution. Donc ça restait seulement une société de production. Ca n'a décollé que trois ans après quand on a eu une distribution par Wagram, qu'on a sorti "Au coeur de Tricatel", l'album d'Etienne Charry et celui d'Eggstone. Jusque là, on était distribué qu'au Japon, par un label nommé l'Appareil Photo, qui avait sorti l'album de Valérie, et on n'avait pas de licence en France ! Un ami, connu chez nous sous le nom de Moderato, m'a recommandé Thomas Jamois, qui était tout jeune à l'époque et qui a structuré le label, a trouvé une distribution. "Au coeur de Tricatel", c'était des trucs qu'on avait sortis au Japon et je me disais "on sort ça pour montrer qu'on a fait des choses et puis après on arrête". On ne voyait pas de perspectives pour nous. Et puis après "Au coeur de Tricatel", les gens se sont dits qu'il pouvait y avoir un public, mais qu'il était élitiste. On a toujours été en porte-à-faux, quand il fallait faire du rap commercial on n'en faisait pas, quand il fallait faire de la techno, on n'en faisait pas... et même aujourd'hui que tout le monde fait du rock, on s'en fout un peu. On est anachronique, et ça, ça fait toujours peur à l'industrie du disque.

Tu fais référence à un public Tricatel, tu penses qu'il en existe un ? Si oui, à quoi ressemble-t-il ?
Oui, je pense qu'il en existe un. En général, tous les gens que je rencontre et qui s'intéressent à ce qu'on fait, je pense justement que ce sont des gens qui s'intéressent à des choses assez différentes, qui font un certain effort. Même si aujourd'hui il y a plein de gens qui parlent de nous de manière bienveillante, ça ne flatte jamais de dire "ah je mets un disque Tricatel". C'est aussi parce qu'on a un nom à la con. Ca va faire soit trop fashion victim, soit c'est trop pointu pour eux. Ces gens-là sont les mêmes qui sont font refiler les pires trucs, justement par la mode. Je pense qu'à chaque fois ça demande une certaine liberté... j'allais dire une liberté de pensée, sauf que maintenant ça fait un peu connoté cochon d'Inde (rires). En général, je pense que le public Tricatel n'est pas fixé sur un style de musique, il n'est pas uniforme socialement aussi... Ca me paraît une bonne chose. Je trouve que les musiques sont très segmentées aujourd'hui, à la fois en terme de catégorie sociale et de classe d'âge et je ne constate pas ça dans notre public. On a une telle diversité d'artistes à notre catalogue. Ca nous dessert d'ailleurs souvent. On serait un label purement pop, ou purement rock, ou purement électronique, ça serait plus facile pour nous, ne serait-ce que vis-à-vis des magasins, parce qu'on aurait un seul interlocuteur. Quand l'album d'Ingrid Caven est sorti, on pensait qu'il serait classé en Variété Française, et il s'est retrouvé en Variétés Internationales, avec Engelbert Humperdinck ! Et comme l'achat en magasin est aujourd'hui essentiellement impulsif...

Tu penses que le label a un problème d'image ?
Mon sentiment est que les gens entendent parler de nous, mais n'entendent pas beaucoup notre musique. Les gens qui entendent parler de nous ont l'impression d'entendre beaucoup parler de nous. A chaque fois qu'on fait un projet, effectivement, on a toujours au moins trois papiers - je ne suis pas en train de me plaindre, il y a tellement de disques qui passent totalement à l'as - mais donc, on a trois papiers, parfois deux mois après la sortie, et je croise des gens qui me disent "dis donc, pour toi ça marche, j'ai lu tel article..." alors qu'en fait... Mais comme on sort beaucoup de projets, qu'on a un côté militant, on est très présent, et je pense que les gens nous surestiment. L'an dernier on a sorti quatre albums. Libé a chroniqué April March, AS Dragon et les High Llamas, mais pas Count Indigo. Le Monde n'a rien chroniqué, Télérama non plus. Il y a eu quelques articles sympathiques dans la presse spécialisée style Les Inrocks ou Technikart, mais ce n'est pas un lancement massif. Il y a des journaux qui nous ont toujours soutenus, comme Rock & Folk par exemple. Mais sur Count Indigo, on a ramé par exemple, on a eu très peu de passages radio...

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