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CAMERA OBSCURA

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Justement, à quel degré convient-il de prendre alors l'appel lancé par le titre de votre dernier album, "allons-nous en de ce pays" ?
Le titre se réfère au sentiment que je me suis à mise à éprouver de vouloir changer de vie, de découvrir de nouvelles choses, d'évoluer en tant qu'individu. Souvent les gens sont assez effrayés à la seule idée du changement. Ils se lèvent le matin, vont à leur travail, ne réfléchissent à rien, s'enfoncent dans une certaine routine. C'était mon cas aussi, mais j'ai décidé de changer. Au-delà de ça, c'est une manière aussi de parler de l'attitude générale des médias britanniques, qui longtemps ont ignoré notre groupe… Mais bon, ce titre d’album n'est pas à prendre complètement au pied de la lettre non plus.

Vous êtes actuellement distribués par un label espagnol, Elefant Records. Vos disques commencent à remporter un franc succès en Grande-Bretagne, mais vous n'avez à ce jour encore jamais joué en France. Une raison à cela ?
Nous ne sommes pas distribués en France pour l'instant. On aimerait vraiment pouvoir venir y jouer un jour, mais jusqu'ici, personne ne nous a proposé de le faire. Là avec le nouvel album, on commence à faire parler de nous un peu ailleurs, et peut-être que des gens vont nous demander de venir jouer dans des pays que nous n'avons pas visités encore.

Plusieurs membres de Camera Obscura, dont toi, participent régulièrement en tant que DJ's aux soirées How Does It Feel To Be Loved à Londres. Est-ce à dire que vous essayez de contribuer à la survie d'un certain type de culture indie-pop en Grande-Bretagne ?
Pas franchement. C’est plus par plaisir pur. On adore passer des disques, préparer des compilations….

Vous vous apprêtez à monter sur la scène de la Scala dans une petite heure, comment vous sentez-vous ?
Très bien. C'est le plus gros concert de notre tournée et même la plus grande salle londonienne dans laquelle nous ayons jamais joué. Nous en discutions tout à l'heure avec les autres membres du groupe en dînant. Le groupe s’est construit patiemment au fil des années, a grandi petit à petit et commence à toucher un public plus large. Cette reconnaissance nous touche vraiment. Qui plus est le groupe qui assure notre première partie sur cette tournée, The Tiny, est excellent. Donc voilà, nous sommes très heureux d'être à Londres ce soir, et très excités."

Je le confesse sans gloire, mais en dépit de ce dernier conseil, la motivation me fait cruellement défaut à l'instant d'aller voir The Tiny, mes camarades de virée ayant qui plus est trouvé les mots ("on dirait du Björk") à même d'anesthésier mes dernières velléités. Il faut dire que la salle est remplie jusqu'aux moindres marches d'escaliers, et que son atmosphère serait proprement insoutenable si de puissants climatiseurs ne se chargeaient d'y insuffler d'amples rasades d'air frais. Un intermède diffusé par la sono de (plus ou moins) raretés country-folk fait patienter tout le monde – et revenir en tête l'amusant hommage rendu par Tracyanne Campbell sur l'album à la chanteuse Dory Previn : "How I adore you Dory Previn / Turned you up to eleven for the band's ears to bleed". Puis, ponctuel, le groupe arrive sur scène à 21h30 et ne la quittera pas avant une heure et quart. Confirmation rapide : les musiciens rivalisent tous d'excellence, du massif guitariste Kenny McKeeve étrennant un rutilant nouveau modèle Fender à la claviériste et choriste Carey Lander, sans oublier le discret Nigel Baillie, officiant avec une finesse et une inspiration remarquables derrière l'un des instruments les plus "tarte à la crème" de la pop – la trompette. Dire que Tracyanne Campbell chante merveilleusement est un euphémisme. Elle se plie en tout cas avec agilité à toutes les nuances musicales du groupe (country, pop, folk…) et scintille particulièrement sur les grandioses "Teenager" ou "If Looks Could Kill" - cette dernière, dans le registre néo-Spectorien, prenant soin sans même le vouloir d'affubler les Pipettes d'un épais voile de ringardise. Un dernier instant de grâce sous la forme d'une version épique et vaporeuse de "Razzle Dazzle Rose" laisse le public londonien dans une posture transie et unanimement souriante. C’est beau, un groupe qui clame avec force le dégoût de sa terre natale et donne pourtant furieusement envie de s'y installer.

Propos recueillis par Julien Espaignet

Merci à Francis McDonald