Cannes en sons (4) : chante "La France"

30/05/2007, par | Autre chose |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Bien commencée avec "Control" (cf. post précédent), la Quinzaine des réalisateurs, toujours sous la houlette d'Olivier Père, s'est révélée d'une bonne tenue cette année, avec des films dans l'ensemble un peu plus accessibles et aboutis que lors des éditions précédentes. Là encore, on notait des choix musicaux originaux et judicieux. Si Jacques Nolot termine "Avant que j'oublie", troisième volet de son autofiction filmée, par du Mahler (illustrant une scène aussi dérangeante que magnifique, dans laquelle on le voit travesti en femme, proie de l'ombre dans l'entrée d'un peep-show de Pigalle), ses collègues puisaient plutôt dans une veine pop-rock. Nicolas Klotz a ainsi confié la musique de l'intimidant "La Question humaine" aux plutôt cool Syd Matters et Los Chicros (ces derniers apparaissent même dans une séquence). On entend aussi le "Temptation" de New Order dans une scène de boîte de nuit : pas très surprenant, dans la mesure où Klotz avait utilisé des démos de Joy Division pour son film précédent, le très beau "La Blessure". Dans le garrélien "Tout est pardonné", Mia Hansen-Love vise aussi pointu, illustrant une soirée dans un appartement parisien avec une poignée de morceaux des Raincoats, dont leur reprise du "Lola" des Kinks. La jeune femme est très proche de l'érudit rock Olivier Assayas, ceci pouvant expliquer cela. Mais la proposition la plus étonnante de cette Quinzaine venait de Serge Bozon, qui avait déjà exprimé sa passion pour le rock garage le plus obscur dans le très stylé "Mods". Ici, c'est encore autre chose : "La France" est un film inclassable où l'on suit un régiment de 14-18 qui a déserté et qu'a rejoint Sylvie Testud, déguisée en homme, à la recherche de son mari. A intervalles irréguliers, les poilus attrapent des instruments de fortune et entonnent des chansons. Les textes sont signés Bozon, les musiques Fugu, auteur de quelques excellents albums de pop "néo-baroque". Dans un tchat sur le site des "Cahiers du cinéma", le réalisateur explique ce qu'il a voulu faire : "Mon idée, ambitieuse, était de faire un croisement entre deux choses : d'un côté la pop-sike de 67 (notamment John Pantry, les compilations Rubble, Circus Days, etc...). C'est de la pop anglaise, c'est-à-dire de la comptine victorienne pervertie par l'arrogance, des musiques très nerveuses, insolentes, dandy, balancées. D'un autre côté, la sunshine pop californienne, type Beach Boys post "Pet Sounds". Une musique moins nerveuse, pas dandy, mais très élégiaque, horizontale, lente. C'est plus étagé. Je viens plutôt de la pop-sike, tandis que Benjamin Esdraffo, l'un des compositeurs, vient plutôt la pop-sike, comme moi, tandis que l'autre, Fugu, est plutôt du côté de la sunshine pop." La sunshine pop, ça va, je connais, mais la "pop-sike", jamais entendu parler. Enfin, pas besoin d'avoir l'érudition (limite pédante) de Bozon pour apprécier son film. (à suivre : "Primrose Hill", mélancolie pop)

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» toutes les interviews