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CARIBOU
[page précédente]
Il paraît que
tu as écrit des centaines de chansons pour cet album.
Comment t'était-il possible de choisir à la
fin de ce processus d'écriture ?
C'était assez facile. D'une part, j'ai besoin de
sortir tout d'abord toutes ces chansons de mon esprit. Ensuite,
je les réécoute pour voir lesquelles continuent
à me toucher, quelle mélodie me plonge dans
la tristesse par exemple, ou quoi que ce soit de ce genre.
C'est vraiment quelque chose de très immédiat,
tu sais. Parfois, cela demande de laisser reposer les choses,
mettons deux semaines, pour être objectif, ou un peu
plus, sur son propre travail. Quand tu reviens pour écouter,
tu as une meilleure perspective sur ton travail.

Tu dis à la
fois privilégier l'imagination, avec tout ce que
ça comporte de spontané, dans le processus
de création, et pourtant tu travailles parfois très
longuement sur les morceaux, comme "Desiree" sur
le nouvel album. Comment est-ce possible de garder la fraîcheur
de l'inspiration, la part d'imagination dans ces conditions
?
Quand je construis une chanson, je pars d'une de ses parties
à partir de laquelle j'essaie différentes
choses, dans l'improvisation, et j'enregistre toutes ces
suites ou versions possibles. Et puis, quinze jours plus
tard, je réécoute le tout pour voir ce qui
marche et ce qui ne marche pas. Donc la première
étape du travail est vraiment basée sur l'improvisation.
La seconde consiste alors à reprendre les bonnes
idées et à les mettre en place avec beaucoup
de précaution.
Toujours au sujet
de l'imagination, tu as parlé de l'influence du cinéaste
Werner Herzog sur ta création. Comment tu l'expliques
?
Ben, écoute, d'ordinaire, je suis vraiment exclusivement
influencé par les autres musiques, leur esthétique,
et je peux percevoir l'effet qu'elles produisent sur moi.
Ma musique n'est en général pas influencée
par la littérature, la peinture ou le cinéma.
Mais, dans le cas d'Herzog, quelque chose dans ses films
m'a immédiatement attiré. Si j'avais été
metteur en scène, c'est certainement ce genre de
films que j'aurais voulu faire. Ce n'est pas tant que tel
film a pu influencer telle chanson. Tu sais, j'ai dû
voir seize de ses films, tous incroyables, et cela m'a énormément
stimulé pour créer quelque chose de comparable
en musique.
Tu connais bien Kieran
Hebden. Il remixe un des morceaux sur l'album et certaines
parties de tes rythmiques ressemblent assez à ce
qu'il fait. Quel genre de relation avez-vous ?
C'est certainement un de mes amis les plus proches. Lorsque
j'enregistrais les chansons, lui et ma femme étaient
les premiers à les écouter. Souvent, je lui
demande son avis pour confirmer le mien sur tel ou tel morceau.
Mais, en fait, il ne joue pas du tout sur l'album. Nous
nous sommes rencontrés il y a presque dix ans, et
nous nous sommes tout de suite trouvé des goûts
musicaux communs. Sa musique a à voir avec le free-jazz
et l'improvisation, et c'est sans doute aussi le genre de
musique qui m'a le plus formé, le free-jazz spirituel
des 70's. Il a juste fait un remix du premier morceau du
disque, et nous avons ensemble fait un remix de Notwist,
mais en dehors de cela, nous n'avons jamais vraiment collaboré
ensemble. Mais c'est vrai que nous sommes chacun le premier
averti de ce que fait l'autre, et que cela doit créer
un challenge, car les idées rebondissent entre nous.
Tu as publié
le nouveau disque sur City Slang, alors que les précédents
l'ont été sur Leaf. Qu'est-ce qui a motivé
ce changement ?
J'ai une très bonne expérience sur Leaf, qui
s'est le premier intéressé à mon travail,
et je reste très bon ami avec Tony (Morley, ancien
de 4AD, ndlr) qui dirige le label. Même si je suis
maintenant sur City Slang, mon souci est toujours le même
: trouver la bonne combinaison pour permettre aux gens d'entendre
ma musique, où qu'ils soient dans le monde, en Europe
ou ailleurs, et faire en sorte qu'ils ne paient trop cher
la musique. City Slang est juste un autre label indépendant
avec lequel aujourd'hui, je me découvre des idées
en commun, des projets à défendre. Et je suis
plutôt fan de beaucoup de disques qu'ils ont pu sortir
dans le passé.
Quel scénario
prévois-tu pour la tournée ? Vous serez nombreux
sur scène ?
Quatre en fait. Un batteur, un bassiste qui chante aussi,
un guitariste et moi-même.
Parfois, nous sommes deux aux percus, et je chante, en jouant
de la guitare ou des claviers. Nous déclencherons
aussi quelques samples, la moitié des flûtes
par exemple ; ça me rappelle le bon temps, quand
je jouais dans des groupes à l'université.
J'aime jouer live, ça me fait du bien parce que,
quand j'ai commencé à faire des disques, j'ai
beaucoup travaillé et enregistré seul sur
mon ordinateur, en me demandant, comment ça allait
venir sur scène un jour. Et la transposition sur
scène des morceaux est un processus qui a pris des
années. Mais nous avons beaucoup progressé
sur ce point avec le groupe, le show devient meilleur, plus
fort. Je suis très excité à l'idée
d'être en tournée, probablement pour un an.
Nous allons jouer dans un festival à Nantes dans
quelques semaines, puis à Paris en novembre, et nous
ferons sans doute les festivals de l'été prochain.
Vous portez toujours
des masques sur scène ?
On l'a fait au début. J'aimais l'idée d'un
spectacle complètement enveloppant, avec des choses
qui se passent en permanence, des vidéos, un mur
du son. C'était une autre manière de créer
l'attraction qui est devenue une drôle d'expérience
quand on s'est rendu à l'évidence que c'était
beaucoup trop chaud sous les spots, avec la sueur qui nous
coulait dans les yeux. Au bout d'un an, on a laissé
tomber les masques.
Propos recueillis par
David Larre
Photos de
Julien
Bourgeois
Remerciements
à Matthieu Groseille
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