Sylvain Chauveau - Interview

21/05/2003, par Monsieur Morel | Interviews |
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Comment s'est fait le choix du piano, élément central de ce disque ?
Ca s'est fait il y a quelques années quand je me suis décidé à faire des disques en solo. Je me suis imposé des principes, une espèce de réflexion théorique. Je suis parti du fait que j'étais français, et de ce constat j'allais essayer de faire une musique française qui n'irait pas copier le rock anglo-saxon. Alors il me fallait définir ce qu'était la musique française. Pour moi la musique française c'est Ravel, Debussy, Fauré… et ce sont des compositeurs qui ont laissé une grande place au piano. L'utilisation du piano dans ma musique est partie de cette réflexion, de ce que j'ai retenu de cette culture musicale. Comme sur "Un autre décembre"  j'ai essayé d'épurer au maximum les choses, ce qui naturellement restait c'était le piano, l'ossature…

Ca ne te fait pas peur l'exigence d'attention que présuppose ta musique qui ne supporte aucune distraction, qui est finalement impartageable en groupe, même si elle reste très immédiate parce que très mélodique ?
C'est vrai que tu ne peux pas faire autre chose quand tu écoutes ma musique si tu veux la cerner. Mais c'est intéressant justement cette notion de recueillement dans la musique. Ce que je cherche finalement c'est ça. La fonction que je recherchais dans la musique c'est l'esthétisme, la recherche d'une certaine beauté. La plupart des musiques n'ont pas cette fonction, elles peuvent avoir une fonction de divertissement, de faire danser. Mais ce n'est pas ce que je recherche. Une autre fonction de la musique serait de faire une musique plus savante, plus sophistiquée, une sorte de progrès appliquée à la musique. Je ne recherche pas ça non plus. Je ne fais pas une musique d'avant-garde, je cherche à faire une musique facile à écouter.

Et comment se passe le passage sur scène pour une musique qui justement impose une sorte de recueillement ? Ce doit être difficile ?
C'est assez difficile. Soit je joue avec d'autres musiciens : un pianiste, une altiste, une violoncelliste, voire un clarinettiste et moi à la guitare ou au piano, c'est la formule que je préfère parce que c'est la plus proche de ce que je tends à faire ; soit je suis tout seul au piano avec un final à la guitare jouée à l'archer où je superpose des couches, quelque chose de plus massif, de plus sonore mais mélodique en même temps. C'est ce que j'ai fait en première partie de Sigur Ros. C'est dur de capter l'attention d'un auditoire quand tu es tout seul sur scène surtout que je ne suis pas une bête de scène, voire un peu autiste auparavant. Il n'y a pas de chant, de tempo donc c'est dur de rentrer dedans j'en suis conscient. Mais c'est un challenge, ça fait des montées d'adrénaline surtout en première partie de Sigur Rós au Grand Rex. Je n'avais jamais joué devant des auditoires aussi grands.

Tu te sens des familiarités avec certains musiciens ? A l'époque de "Nocturne impalpable", je te comparais à Bed. Même si vos musiques sont différentes, il y a ce sens commun de la parcimonie, de l'ascétisme et de quiétude...
Je ne me sens pas spécialement isolé dans ce que je fais. Bed c'est très proche de choses que j'aurais aimé faire, son premier album j'aurais adoré le faire. Je le connais bien on a beaucoup d'affinités, de goûts en commun, Mark Hollis, Robert Wyatt. Il y a Man chez DSA avec lesquels je travaille beaucoup. Dans ma recherche de musique française, Yann Tiersen a été très important. Maintenant qu'il est populaire, beaucoup de gens le critiquent. Tout le monde connaît maintenant alors c'est moins chic de dire qu'on l'écoute. Mais ça ne change rien à la qualité de son travail. Ses disques sont très beaux.

A Silver Mont Zion, dans les groupes étrangers ?
Oui exactement. Il y a une grande proximité. A l'époque je me suis dit que c'était très proche de ce que je voulais faire. Une autre influence je dois l'avouer, c'est Rachel's surtout l'album "Music for Egon Schiele". Des américains qui faisaient de la musique française, c'était inédit pour moi ! On pouvait les influencer ! Enfin ! L'album est tout simplement très beau. Ca a déterminé les instruments que j'allais utiliser, piano, alto, violoncelle. J'ai posé la guitare électrique et je me suis mis au piano.

Et le Penguin Cafe Orchestra ?
Non ça je ne connais pas.

C'est aussi un groupe d'anglo-saxons qui on fait une musique acoustique influencée par Satie notamment. Il y a Ryûichi Sakamoto qui y a participé...
Il faut que j'écoute ça ! C'est frappant quand les étrangers sont influencés par la musique française. C'est un phénomène finalement centenaire, à l'époque où Debussy, Ravel, Satie marquaient la terre entière. On a retrouvé ça avec Pierre Schaeffer et Pierre Henry... Maintenant il y a rien de chez nous qui sort. Je ne suis pas nationaliste mais c'est étrange ce constat. J'en ai discuté avec Labradford et David Pajo, ils ne comprennent pas pourquoi on est obsédé par leur musique et pourquoi on essaye des les copier. Eux ils n'ont aucun complexe envers leur patrimoine musical, ils s'en servent et s'en amusent. Par contre les français ont un problème identitaire vis à vis de leur tradition musicale. Bon il y a eu la french touch mais ce n'est pas une musique spécifiquement française si ce n'est que les gars viennent de Versailles. On peut chercher dans notre héritage culturel des choses qui nous serviront, c'est à nous de les utiliser. Il y a bien des étrangers qui le font : les Rachel's, A Silver Mont Zion, tu me citais Sakamoto… Pour une fois c'est nous qui avons la légitimité de cette influence.

Propos recueillis par mr Morel.
Merci à Fred et Refau

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