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SYLVAIN CHAUVEAU

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Tu resteras fidèle au format de la musique instrumentale ou tu as envie de développer autre chose, plus de l’ordre de la chanson ?
Je vais m’ouvrir aux chansons probablement. Je me suis surtout fixé sur les instrumentaux pour l’instant partant du postulat que les sons et les notes peuvent exprimer ce que les mots ne peuvent pas exprimer. C’est toujours moins explicite mais on peut faire passer des choses. Mais je n’exclus pas l’usage de la voix. Avant je jouais dans des groupes de rock où je chantais. Donc ça reviendra, je pense. Mon prochain projet, c’est un disque de reprises en acoustique de Depeche Mode. Je serai accompagné d’un piano, de cordes et d’instruments à vent.

Ca sortira chez DSA ?
Oui a priori, je ne sais pas trop quand parce qu’il y a un gros boulot d’arrangement, faut trouver les musiciens, je veux que ce soit fait dans un bon studio, faut trouver le financement. Je n’ai pas envie que ce soit bâclé donc ça peut prendre 4 mois ou 4 ans. Mais ça va se faire. Ca fait des années que j’ai ça en tête J’ai un autre disque qui va sortir chez DSA puisque j’ai fait la bande-son d’un long métrage, "Des plumes dans la tête" d’un réalisateur belge, qui va sortir peut-être cet automne. On sortira la BO.

Depeche Mode ça représente quoi pour toi ?
Ca m’a beaucoup touché à une époque. Au lycée quand je commençais à écouter du rock, Depeche Mode je n’assumais pas du tout. Ce n’était pas du rock, c’était les synthétiseurs, de la musique de garçons-coiffeurs, je sentais que je n'avais pas le droit de m’avouer que j’aimais ça. Mais ça me faisait ressentir des choses. Maintenant j’assume et j’adore encore plein de choses de Depeche Mode. L’idée est venue d’une émission de télé où ils ont joué Strange Love avec juste Martin Gore à la guitare sèche et David Gahan au chant. C’était super beau, ça fonctionnait merveilleusement en acoustique. Je me suis mis à garder cette idée en tête de réorchestrer Depeche Mode en acoustique.

Pour en revenir à la musique de film, on a dû souvent te faire la remarque sur le potentiel cinématographique de ta musique, même si c’est un peu la "tarte à la crème" des musiques instrumentales...
Oui on dit souvent ça des musiques instrumentales. Mais pour décrire ma musique à une personne qui ne la connaît pas, je lui dirais tout de même que c’est comme de la musique de film. Le cinéma m’intéresse beaucoup, même si je suis très critique. Il y a plein de cinéastes qui sont des modèles pour moi jusque dans ma pratique musicale. Ca m’a toujours intéressé de mettre des images en son. J’au eu l’occasion d’abord de le faire pour un court métrage de Sébastien Betbeder, "Des voix alentours". Je l’ai fait avec le groupe Man qui sont des amis et qui ont d’ailleurs fait l’essentiel du travail parce qu’ils sont vraiment bons pour ça. Et puis comme je te disais j’ai fait la musique d’un premier long métrage de Thomas De Thier qui avait écouté un de mes disques et trouvait que c’était ce qui lui fallait.

Tu composais sur les images ?
Oui ça aide beaucoup quand même. Les délais étaient assez courts. J’avais une carte-blanche totale, je n’avais pas d’indication sur les séquences à mettre en musique. C’était à la fois excitant et effrayant. Je suis venu à bout du projet tant bien que mal. C’était une grosse expérience qui m’a beaucoup appris.

Ca se sentait cet attrait pour le cinéma dès le premier album d'Arca, "Cinématique" où il y a beaucoup de samples de dialogues de films…
Avec Joan Cambon, qui a monté Arca, on voulait qu’il y ait une présence vocale sur le disque. Mais on ne voulait pas chanter en anglais et on arrivait pas à chanter en français, donc on a pris des voix parlées à la radio, à la télévision, dans la rue et au cinéma. Le cinéma c’est royal pour ça, les voix ont déjà une présence, une théâtralité. On a pioché dans le cinéma qu’on aimait, des films en noir et blanc le plus souvent. Le cinéma c’est aussi une influence dans la manière de travailler.

Il y a des cinéastes avec lesquels tu aimerais travailler ?
Il y a deux jumeaux américains qui s’appellent Stephen et Thimoty Quay qui ont fait un long métrage, "Institut Benjamenta", un film qui m’a retourné. J’aimerais vraiment travailler avec eux. Peut-être un jour, qui sait. Il y a Godard aussi, qui m’impressionne beaucoup même si je n'aime pas tout ce qu’il a fait. J’aurais bien aimé travailler avec Philippe Grandrieu l’auteur de "Sombre" et de "La vie nouvelle". J’aime aussi ce que fait Mathieu Amalric en tant que cinéaste.
Après dans ma démarche, c’est peut-être Robert Bresson qui m’a le plus influencé. A travers 13 films, il a imposé un style à lui, fait d’ascétisme et d’épure. Un art qui va à l’essentiel. C’est quelque chose que je recherchais depuis longtemps. Bresson ça a été une révélation notamment grâce à ce qu’il a formulé par écrit dans "Notes sur le cinématographe" qui regorge des principes qu’il s’imposait, une mine de préceptes que j’avais en tête mais que je n’avais jamais formulés, en tous cas jamais aussi bien. Ce sont des préceptes vraiment applicables à la musique. De toute façon le cinéma c’est 50% de son, chose qu’on oublie. On dit "je vais voir un film" alors qu’on peut suivre un film en fermant les yeux avec juste les dialogues, les sons… Le son c’est presque plus important. Le film "Nouvelle Vague" de Godard est d’ailleurs sorti en disque et ça fonctionne presque mieux qu’en images. Les images dispersent l’attention parfois. Tous les films de Godard peuvent de toute façon se voir sans le son et s’écouter sans les images.

A propos de ce que tu disais sur Bresson et le sens de l’épure dans l’art, il y avait déjà ce sens de la parcimonie dans "Nocturne impalpable" mais comparé à "Un autre décembre" il paraît presque "chargé" tellement ton dernier disque est épuré ?
J'ai voulu pousser l’épure à l’extrême en effet. Le disque aurait pu s’appeler "Hommage à Robert Bresson". C’est vraiment ce qui m’a guidé. J’avais noté noir sur blanc qu’ "Un autre décembre" devait retranscrire non pas ce qu’est le cinéma de Robert Bresson mais plutôt l’impression qu’il m’a laissée, l’image que j’avais de sa pratique cinématographique. Je sais que je n'irai pas plus loin dans l’épure, dans cette volonté de dépouillement, de jouer à très faible volume parce que sinon on tombe dans une autre catégorie de musique, dans quelque chose de plus expérimental. J’ai envie que ça reste de la musique mélodique, facile à écouter avec des mélodies simples. Les prochains disques seront plus fournis. Là j’ai tenu la barre en essayant de concéder le moins de choses possibles et de garder seulement l’ossature de ce qui est nécessaire. Peut-être que des gens ne vont pas me suivre dans ce parti pris mais je suis fier d’avoir amené le concept jusqu’au bout. Ca a demandé beaucoup d’efforts pour trier, enlever des arrangements. Je me suis obstiné.

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