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CHRIS
GARNEAU - El Radio
(Fargo
/ Naïve)
[site]
- acheter
ce disque
Chris
Garneau s'était imposé l'an passé comme
une des belles révélations chez les songwriters.
Empreint de romantisme et d'émotion, "Music
For Tourists" avait su agripper le coeur de beaucoup
de mélomanes, et même de Fargo, qui avait sorti
le disque du New Yorkais. Ce nouvel album était donc
particulièrement attendu...
Et pourtant, le début
est surprenant. Voire très surprenant. Car si "Music
For Tourists" laissait la part belle au piano, le disque
restait dans une sphère très intime, comme
si Chris Garneau nous murmurait ses chansons directement
à l'oreille. Mais pas de piano pour "The Leaving
Song", et au contraire des cordes, des arrangements
soyeux sur lesquels vient finalement se déposer la
voix tremblante de l'artiste, toujours aussi proche de la
rupture, et qui tire justement sa beauté de cette
fragilité apparente. On évolue plus sur ce
titre dans l'univers d'Antony and the Johnsons, mais c'est
pour mieux surprendre, à nouveau sur le titre suivant.
A ce niveau, on remarque que l'aspect parfois linéaire
et uniforme du premier disque est relégué
aux oubliettes. Le piano revient bien mais l'usage qui en
est fait est absolument à contre-courant, et l'orchestration
est un pur régal. Cordes, percussions, choeurs, tous
ces ingrédients témoignent d'une nouvelle
ambition chez Chris Garneau : l'ambiance évoque davantage
un dessin animé des années 50 ou "Alice
au pays des merveilles" que l'univers d'un songwriter
larmoyant. Et quand les premiers accords de guitare folk
ouvrent "Raw and Awake", le changement ne fait
plus de doute. Dépouillé au départ,
le titre prend son essor progressivement, avec toujours
ces arrangements qui évoquent Antony, au travers
d'un lyrisme qui évite soigneusement d'être
pompeux ou chiant. Plus dans la veine de ce qu'a déjà
offert Garneau, il ne faut pas bouder son plaisir en écoutant
"Hands on the Radio", tout simplement car il n'a
rien perdu de son sens mélodique, de sa faculté
à émouvoir de son filet de voix et son piano,
caressé bien plus que martelé.
Le songwriter a ainsi posé
les pierres du renouveau de sa musique, qui se retrouve
enrichie, étoffée sans jamais perdre les mélodies
et le lyrisme qui en font le charme. Sous des aspects fragiles,
il émane une vraie lumière de ces orchestrations,
étonamment fortes et prenantes, ce qui évitent
au disque de sombrer dans la monotonie. Encore une fois
très inventifs, "No More Pirates" et "Fireflies"
jouent sur tout un ensemble de leviers pour toucher leur
cible. Les violons, la trompette, les clapements de main,
variations de tempo, tout est bon pour donner une ampleur
revigorante à ces titres. Les ambitions pop de Chris
Garneau sont ainsi pleinement exprimées, et le disque
en est bonifié. Même les titres les plus "ordinaires"
ont ce petit supplément d'âme, avec toujours
une belle idée (l'harmonica et les effluves chorales
de "Hometown Girls", les légères
boucles synthétiques de "Over and Over",
les toy instruments de "Cats & Kids") pour
les illuminer. Quelques grammes de finesse plus tard, sur
une dernière reprise du thème de "Pirates",
Chris Garneau referme le disque comme il l'a commencé
: avec une délicatesse infinie, un sens de la beauté
qui ne s'estompe jamais. Voici un disque beau, tout simplement,
et que je réécouterai très très
longtemps, j'en suis persuadé.
Mickaël
Choisi
A lire également, sur Chris Garneau :
l'interview de
Chris Garneau (2009)
la chronique de "Music
for Tourists" (2008)
The Leaving
Song
Dirty Night Clowns
Raw and Awake
Hands on the Radio
No More Pirates
Fireflies
Hometown Girls
Over and Over
The Cats & Kids
Lucioles En Ré Mineur
Things She Said
Pirates Reprise
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