Christmas in progress

19/12/2014, par Rémi Mistry | Autre chose |
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Ça n’aura échappé à personne, c’est bientôt Noël. Et qui dit Noël dit centres commerciaux, vin chaud, téléfilms, gâteaux apéritif surgelés, mais aussi et surtout chansons traditionnelles. Si dans l’Hexagone l’exercice vire la plupart du temps à la boucherie, l'histoire de la pop music anglo-saxonne est jalonnée de beaux disques de saison enregistrés autant par des grands pontes du mainstream que par des artistes indie. Petite playlist d’albums à diffuser le soir du réveillon, en attendant l’arrivée de Santa Claus.

molto groovy 2

 

"A Christmas Gift for You", de Phil Spector

Lieu : les studios Gold Star à Los Angeles. Date : août 1963. Chef d’orchestre : Phil Spector, producteur le plus déjanté, parano, mégalo et tyrannique de la pop music. En 1963, Spector, alors au sommet de sa gloire avec le label Philles, décide d’enregistrer son propre album de reprises de chants de Noël et convoque pour l'occasion tous les musiciens et interprètes de son écurie en les séquestrant gaiement pendant plus de six semaines. Résultat : un disque de pop-soul éblouissant, classé par le magazine "Rolling Stone" parmi "les plus grands albums de tous les temps". Au rayon réussite, citons "White Christmas" de Darlene Love, "Santa Claus Is Coming to Town" des Crystals et "Frosty the Snowman" des Ronettes (qui sera repris par les Cocteau Twins pour un single de Noël). Mick Brown, biographe du producteur : "Les arrangements somptueux et la joie incontestable que l’on entend dans chacune des interprétations permettent à la musique d’atteindre quelque chose d’assez magique, d’innocent et de sage à la fois : une vision de tous les Noëls heureux dont Spector avait rêvé mais qu’il n’avait jamais connus." Fin de l'histoire beaucoup moins joyeuse pour le génial freak : reconnu en 2003 coupable de meurtre sur l’actrice Lana Clarkson, il est condamné à dix-neuf années de détention. Depuis, il fête Noël en prison.

 

 

"Christmas Album", de The Beach Boys

Lieu: les studios Western Recorders à Hollywood. Date : 1964. A deux pas : l’océan. Qu’ils conçoivent la bande-son surf de l’époque n’y change rien, les garçons de plage ont le droit eux aussi à leur disque de saison (la chose est une tradition du show-biz américain et permet aux producteurs de renflouer les caisses). La face A est constituée de chansons originales dans la plus pure tradition du groupe – mélodies élégiaques et harmonies vocales - spécialement écrites pour l’occasion par Wilson et Love. Le single "Little Saint Nick" sorti en 45-tours monte jusqu'à la 3e place du hit-parade US et devient immédiatement un classique. La deuxième face de l’album, plus conventionnelle, est une suite de standards arrangée par Dick Reynolds (avec une mention spéciale pour "Santa Claus Is Coming to Town" et "Blue Christmas"). La suite de l’aventure pour les boys : des chefs-d’œuvre en pagaille et une grave dépression pour Brian Wilson qui passera la plupart des Noëls des seventies enfermé dans sa chambre en pyjama. Tout arrive : le monsieur, après quasiment vingt années de léthargie, revient au milieu des années 90 et publie même en 2005 un autre album de circonstance : "What I Really Want for Christmas".

 

"Songs for Christmas", de Sufjan Stevens

Lieu : un appartement dans Brooklyn. Date : de 2001 à 2005. Le personnage : Sufjan Stevens, un songwriter que la presse musicale a tenu pendant un temps pour un demi-dieu du folk moderne. Entre 2001 et 2005 (excepté en 2004), Sufjan a enregistré un chapelet de chansons hivernales qu’il a offertes à ses proches sous le sapin. En 2006, il décide de proposer l’intégralité de ses précieux enregistrements dans un coffret rempli à ras bord comme la hotte du Père Noël (stickers, poster, songbook, CD). Cinq disques qui alternent "tubes" ("Jingle Bells" et "Silent Night" en instrumentaux naïfs) et titres inédits aux arrangements délicats tantôt dépouillés, tantôt copieux (avec cordes et cuivres en veux-tu en voilà). Une réussite, donc. Pourtant, l’homme avouait à l’origine ne pas supporter les chansons des fêtes de la nativité. Dans le livret qui accompagne l'album, Sufjan fait son mea culpa : "La musique de Noël peut désarmer le plus arrogant des hommes, moi le premier. Au croisement du phénomène divin et des excès matérialistes et sentimentaux de nos vies mortelles, cette musique laisse dans son sillage un état d’esprit unique, chaud et diffus." C'est peut-être ça, l'esprit de Noël.

 

 

"A Very She & Him Christmas", de She & Him

Lieu : quelque part entre New York et Los Angeles. Date : hiver 2011. Mère et Père Noël : la pétillante actrice Zooey Deschanel et l’impassible folkeux Matt Ward. Leur duo baptisé She & Him est responsable (mais pas coupable) d’une tripotée de disques un peu convenus mais truffés de bonnes chansons pop aussi candides que délicieusement sixties. "A Very She & Him Christmas" est une collection de classiques éternels ("The Christmas Waltz", "Silver Bells", "Blue Christmas")  cuisinés avec les ingrédients typiques du groupe : guitare acoustique, ukulélé, piano, batterie légère et chœurs onctueux. Certes, rien de musicalement très révolutionnaire mais une charmante ambiance "feu de cheminée" idéale au moment d'attaquer la bûche. A noter que son écoute est exclusivement réservée aux demoiselles vêtues de robes à pois et aux messieurs arborant des chemises à carreaux.

 

"Christmas", de Low

Lieu : Duluth (Minnesota). Date : 2000. Evidemment, ceux qui connaissent les mormons de chez Low se doutent bien que leur réveillon ne ressemble pas à une émission de Cyril Hanouna. Remballez guirlandes électriques et langue de belle-mère, donc, l'ambiance est ici au recueillement. Fidèles à eux même et à la scène slowcore qu'ils ont initié, Alan Sparhawk et Mimi Parker confectionnent un mini-album spectral parsemé de ballades neurasthéniques et de rengaines obsédantes, comme suspendues à un fil. Les voix s'y amalgament dans un bel ensemble ("Lowgway Around the Sea", "Silent Night"), les bons vieux standards y sont rénovés de fond en comble (le vaporeux et saturé "Little Drummer Boy"), et les quelques compositions spécialement confectionnées pour l’occasion réservent de belles surprises ("Just Like Christmas", "One Special Gift"). Nos confrères de la revue "Magic" considèrent la chose comme le meilleur album de Noël depuis celui de Spector. Sans aller jusque-là, on peut dire que le groupe a su renouveler le genre en le débarrassant de ses oripeaux festifs et kitsch.

 

"Molto Groovy Christmas", de Carlo Poddighe

Lieu : Brescia (Lombardie). Date : entre avril 2013 et juillet 2014. Derrière l’imagerie cartoonesque et colorée de la pochette se cache un projet singulier né de la rencontre entre le réalisateur Roman Coppola, le producteur Alessandro Casella et le musicien Carlo Poddighe. Le concept ? Composer la musique d'ameublement chic et groovy d’une cocktail party de fin d’année en rhabillant pour l’hiver des Christmas songs traditionnelles avec les sonorités de la lounge music et des B.O. sixties et seventies transalpines (avec comme figures tutélaires Piero Umiliani, Ennio Morricone ou Armando Trovaioli). Au menu des réjouissances : surf-twist échevelé en apéritif ("Jingle Bells") easy listening funky en entrée ("The Herald Angels Sing"), bossa hédoniste pour le plat principal ("Silver Bells"), pop-psyché pour le dessert ("Silent Night") et jerk teinté de soul en guise de digestif ("O Come all Ye Faithful"). Ce pourrait n’être qu’un exercice de style rétro et opportuniste de plus si l’affaire n’était pas rondement menée par Carlo Poddighe qui déploie ici tout son savoir-faire. C’est simple, il joue de tout, et très bien : batterie, basse, Moog, cloche, guitare fuzz, orgue Hammond et Farfisa, mellotron, clavinet clavecin, xylophone… Précisons que tous les instruments utilisés sont millésimés et que l’ensemble est enregistré sur du matériel analogique hyper-ultra-méga-vintage. Of course.

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