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COLLEEN
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précédente]
Dans
les albums précédents, sans qu'on puisse les
qualifier de foisonnants, on a l'impression qu'il y avait
plus de "couches" d'instruments. Alors que dans
celui-ci, on en trouve pas plus d'un ou deux par morceaux,
ce qui dégage une certaine impression d'austérité
(qui peut renvoyer à "Tous les matins du monde"
auquel tu as déjà fait référence):
est-ce quelque chose que tu revendiques ?
C'est intéressant comme question, parce que cette
histoire d'austérité ou de tristesse, ça
revient souvent...

Mais
ce n'est pas pareil, on peut penser "austérité"
et pas forcément "tristesse".
D'accord. En fait, un ami m'a dit qu'il trouve que c'est
un disque très estival et plus enjoué que
ce que j'ai fait jusqu'à présent. Il y a des
gens qui pensent que mes albums n'ont jamais été
tristes, d'autres au contraire…Mais je ne suis peut-être
pas la bonne personne pour répondre, parce que même
s'il peut y avoir des difficultés techniques ou pour
jouer, dans l'ensemble, je fais mes disques avec beaucoup
de joie, parce que j'adore ça bien sûr. Je
crois que le musicien, paradoxalement, n'entend pas forcément
ce qu'il fait. Parce que lorsque tu es en train d'enregistrer,
tu es tellement dedans, tu vas te concentrer par exemple
sur ce qui te paraît compliqué à jouer.
Alors je suis peut-être d'accord avec ce que tu dis,
parce qu'un mois et demi après l'enregistrement,
je l'ai réécouté à froid, et
je me suis dit que j'avais fait un disque beaucoup plus
extrême, beaucoup plus minimal et avec plus de silence
que ce que je croyais. Et finalement, j'en suis plutôt
contente, je n'ai pas choisi la voie du milieu. Maintenant,
le disque est comme il est, et si c'est une austérité
qui fait penser à "Tous les matins du monde",
ça me va tout à fait, et je le prends comme
un compliment.
Autre
chose que tu as cité, mais qui ne relève pas
de l'austérité à mon sens, c'est cette
impression de ralentissement, moins de notes, ou plus de
distension, pour laisser davantage de place au silence.
Ça a été conscient, mais a posteriori
?
Non, ça a été conscient sur le coup.
Je dirais que ça vient de deux choses. D'une part,
la viole est un instrument qui résonne beaucoup,
plus que le violoncelle. Et la mienne est particulièrement
large. Contrairement aux instruments du quatuor, qui sont
plus ou moins de forme standardisée, la viole existait
à une époque où chaque luthier faisait
ce qu'il voulait, et où ça variait beaucoup
selon les pays. Moi, j'ai une basse de viole qui est particulièrement
puissante et ronronnante. Quand je l'ai eue, j'étais
complètement fascinée par les sons qui restaient
après la note, cette richesse harmonique. Et je me
suis dit qu'il fallait absolument qu'on l'entende. Il y
a très peu de vrai silence, mais surtout ces harmoniques.
D'ailleurs, il ne faut écouter le disque trop fort,
mais pas trop bas non plus, sinon on peut se demander quand
arrive la prochaine note. Et il est aussi important de l'écouter
avec une paire d'enceintes bien disposée, ou au casque,
car on a beaucoup joué sur les panoramiques pour
donner une impression réaliste. Avec l'ingénieur
du son, on a voulu que lorsque plusieurs instruments jouent
ensemble, ce soit "étalé", un peu
comme lorsqu'on écoute un vrai orchestre.
La seconde raison, ce sont les cours de viole que je prends
depuis l'année dernière, et qui sont mes premiers
cours de musique classique, au sens large du terme. Comme
à l'origine, je ne sais pas lire le solfège,
à peine déchiffrer une partition, je jouais
un peu toutes les choses les unes à la suite des
autres. Et ma professeur m'a appris qu'il y avait des phrases
musicales qui finissaient, et qu'il fallait donc les laisser
se finir. Ça paraît tout bête, mais ça
a été un peu une découverte pour moi.
Par exemple lorsqu'il y a un silence, il faut le vivre,
et ne pas lever son archet, parce qu'en faisant quelque
chose, on ne vit pas pleinement ce silence. Ces cours m'ont
fait me rendre compte que ma musique était jusque-là
quelque chose qui se déroulait tout le temps. Et
j'ai eu envie d'arrêter cela, pour intégrer
ces moments de silence qui sont des instants de relâchement,
mais aussi de tension, puisqu'on attend la suite.
Tu sembles aussi plus sensible au son (tu en parles
beaucoup) qu'à la mélodie ?
Je dirais que ce n'est pas vrai. Le son est important, mais
il sert la mélodie. Dans ce que je fais, il ne s'agit
pas, bien sûr, de mélodie au sens "pop",
mais elle est extrêmement importante. Je ne fais pas
des disques bruitistes. Je ne sais pas si cet album est
plus abouti que les précédents, mais je pense
qu'il y a plus de variété dans les mélodies
et les harmonies. Parce qu'en travaillant avec des boucles,
on en est fatalement un peu prisonnier aussi. Alors qu'avec
la viole, je pouvais partir sur autre chose lorsque je le
voulais, du moins sur les pièces de viole en solo.
Mais bon, j'estime que j'en suis juste au début,
et j'aimerais faire beaucoup mieux, en termes de mélodie
et de jeu.
Et
est-ce que tu serais aussi intéressée par
des voix (en tant qu'instrument, pas forcément pour
les textes) ?
Ecoute, tout le monde me pose cette question. C'est difficile
de répondre. J'aimerais bien prendre des cours de
chant, puisque finalement c'est l'instrument le plus naturel
que l'on possède tous. Mais en même temps,
la voix est généralement utilisée avec
des mots, donc je ne sais pas trop...
Pas
toujours quand même. Par exemple, tu écoutes
aussi pas mal de musque "ethnique", où
c'est peut-être moins le cas.
C'est vrai. (hésitation...). Mais pour l'instant,
on va dire que c'est difficile de répondre.
Tu
es "entrée en musique" par le biais de
l'univers pop. Hormis le fait que tu abordes clairement
d'autres domaines dans tes disques, est-ce que tu as l'impression
de t'en éloigner ?
En fait, ça va peut-être paraître un
peu comique, mais mon ami est fan des années 60,
que ce soit de pop, de garage ou de soul. En ce moment à
la maison, il y a énormément de soul 60's
qui passe, et plus ça va, plus j'aime ça.
Alors je ne dis pas que ça se retrouvera dans mon
prochain album (ça paraîtrait un peu difficile),
mais ce n'est pas parce que je ne fais pas de pop en apparence
que c'est une forme qui m'intéresse moins. Après,
je crois que le talent d'écriture pop est vraiment
un don très spécifique, que je ne pense pas
avoir. Même si j'adorerais être capable d'écrire
des mélodies et des paroles très accrocheuses.
J'en reviens aux Beatles avec lesquels tout a commencé
pour moi. J'admire leur capacité à avoir écrit
des chansons, tout en sachant amener une expérimentation,
ce qui les rend encore quasiment inégalés
aujourd'hui. Même chose pour My Bloody Valentine,
à la fois de la pop et quelque chose d'extrêmement
inventif.
Est-ce tu continues à fréquenter autant les
médiathèques ?
Je n'ai plus trop le temps. D'autant plus que pour moi,
c'est difficile d'écouter de la musique tout en faisant
autre chose, qui me demande en général de
l'attention. Bizarrement, je n'aime pas mettre de la musique
en fond. Avant, quand j'enseignais, et que j'utilisais les
transports en commun, il y avait toujours ces moments de
la journée où je n'avais rien d'autre à
faire que de mettre le walkman et écouter de la musique.
Maintenant que je suis plus chez moi, je fais plus de musique
et finalement j'en écoute moins. Ca me dérange
un peu, mais je n'ai pas encore trouvé la solution.
[suite]
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