Crëvecoeur - Interview

02/05/2007, par | Interviews |
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Vous sentez-vous proches d'autres formations - françaises ou non -, ou plutôt isolés ?

Ce n'est pas une question que je me suis posée... Mais je nous vois plutôt seuls, en effet. Moi, je rêverais de faire partie d'une scène, d'avoir plein de groupes qui jouent dans le même registre que nous, on pourrait faire des affiches communes, des festivals.... Mais non. On a toujours le cul entre deux chaises, pour les programmateurs par exemple, on est soit trop calmes, soit trop bruyants... Ça va jamais !

On vous sent amateurs de musiques de films, vous jouez d'ailleurs sur scène avec des projections et vous avez composé un morceau pour un court métrage. Vous aimeriez collaborer avec des réalisateurs ? Etes-vous inspirés par des films, des images... ?
On adorerait ça ! Mais je ne sais pas si on supporterait la pression, faudrait qu'on nous laisse carte blanche ! Je suis assez inspiré par les images pour composer, parce que je fais tout devant ma télé. Pour moi, la télé, c'est du chewing-gum pour les yeux. Je la regarde en jouant de la guitare, et voilà... Ça me vient comme ça.

L'aspect visuel (pochette, site web, logos, etc.) est d'ailleurs particulièrement soigné. C'est une chose à laquelle vous attachez beaucoup d'importance ?
C'est très important pour moi. Le visuel, c'est au moins 50 % d'un groupe. Trop de groupes négligent cet aspect et c'est ce qui les rend communs, noyés dans la masse. Les Américains ont compris ça depuis de lustres et c'est en partie pour ça qu'ils monopolisent le marché. A l'heure actuelle, on voit un groupe avant de l'entendre. Il faut créer l'univers que les sons ne pourront pas dire. Je suis un peu un control freak à ce niveau ! Je veux de la cohérence dans tout ce qui touche au groupe, une unité. Sur scène, par exemple, il y a la guirlande de la pochette et le dernier morceau de l'album est le premier morceau de notre setlist. Il y a une continuité, celui qui a acheté le disque poursuit un truc en venant nous voir, un lien.

D'où vient le concept du digipack, ce triptyque photographique avec des pochettes de 33t pas forcément très proches de votre musique, un livre de Kerouac, des instruments, etc. ?
Un ami à nous avait pris une photo de nous en top-shot (vue plongeante) à un concert, j'ai bien aimé le rendu et j'ai cherché à poursuivre l'idée. Je suis très attiré par les pochettes concepts, je suis fan de disques vinyle, j'adore le travail d'un studio comme Hypgnosis, par exemple (qui réalisait notamment les pochettes de Pink Floyd, ndlr). Je voulais une pochette qui veuille dire quelque chose, qui ait un sens, une intrigue. D'où les objets.

Je ne comprends pas pourquoi les gens dans les chroniques disent que les disques de la pochette n'ont rien à voir avec notre musique. Pour moi, c'est évident. L'album "Berlin" de Lou Reed, le "Pet Sounds" des Beach Boys ou le "On the Beach" de Neil Young sont des chefs-d'oeuvre absolus qui me motivent.

Crëvecoeur

Pour Kerouac, c'est mon maître, ça renvoie à une période de mon adolescence où j'ai vraiment cru que j'étais sa réincarnation ! Cet homme était un ange descendu sur terre. Un jazzman des mots. Je me sens en complète résonance avec la sensibilité au monde qu'il a exprimé dans ses livres.

Vous allez jouer en Grande-Bretagne courant mai. Comment avez-vous monté cette mini-tournée ? Avez-vous des projets de concerts en France pour promouvoir l'album ?
Tout est parti d'un site internet, Tribute à John Peel, qui nous a contactés pour qu'on donne un morceau. Le mec qui s'en occupe a fait suivre notre musique à une fille à Londres qui organise des concerts et qui a flashé sur ce qu'on fait. Elle a décidé d'organiser un concert. Ensuite je trouvais ça dommage de monter là-haut juste pour une date. J'ai passé des jours sur Myspace à récolter des contacts, à envoyer des e-mails... Et voilà, j'ai tout monté moi-même, par e-mail. J'ai l'impression qu'on a plus notre place là-bas, les gens sont plus aventureux, moins coincés, la nouveauté ne leur fait pas peur. Et puis, il y a une vraie culture du concert. Ça les éclate d'organiser un concert d'un groupe français, tant qu'il ne chante pas, bien sûr ! D'où l'intérêt de l'instrumental. L'Angleterre nous ouvre les bras, on fonce !

En France, tout est verrouillé, les programmateurs sont frileux, ils nous disent qu'ils ne savent pas avec quoi nous coller. Alors que toutes les premières parties qu'on a faites se sont passées à merveille ; la dernière en date avec The Servant, devant 800 personnes, était vraiment bien. Et puis, les gens qui nous découvrent sur scène viennent nous voir à la fin pour nous dire que ça fait du bien de voir un truc qui sort des clous, pas formaté.

Le site web du groupe : http://creve.coeur.free.fr

Propos recueillis par e-mail et par Vincent Arquillière 

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