Cristobal and the Sea à la conquête du monde

04/12/2015, par | Interviews |
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Groupe basé à Londres mais aux origines variées, Cristobal and the Sea viendra apporter un peu de soleil en ce mois de décembre. A l’affiche de l’excellent Winter Camp Festival, le quatuor présentera les chansons de son premier album “Sugar Now” le 9 à Lille (La Péniche) et le 10 à Paris (Point Ephémère).

C’est une sorte de groupe Erasmus rêvé. Basé à Londres, Cristobal and the Sea, dont le nom promet déjà des bonheurs polyglottes, est un quartette composé d’un chanteur et bassiste espagnol, Alejandro ‘Ale’ Romero, d’un chanteur et guitariste portugais, João Seixas (qui a rencontré Ale quand ils étaient tous les deux à l’école… au Luxembourg), d’une chanteuse et flûtiste française (originaire de Corse, pour être plus précis), Leïla Seguin, et enfin d’un batteur anglais, Joshua Oldershaw. Pour se convaincre que l’Europe peut être une affaire qui marche, il suffirait peut-être de regarder ces jeunes gens beaux, sympathiques et enthousiastes. Et surtout, d’écouter leur musique. Après le EP de cinq titres “Peach Bells” sorti en décembre 2014, leur premier album “Sugar Now” confirme un talent rare pour les morceaux qui restent en tête dès la première écoute, et qui n’ont pas encore lassé à la centième. Un véritable enchantement.

Leur parcours a été simple : après avoir sympathisé à l’université de Loughborough parce qu’ils préféraient la musique au sport, Alejandro, João et Leïla ont emménagé ensemble à Londres il y a deux ans, où ils ont rencontré Josh, le batteur, plus sympa qu’une boîte à rythmes. « Là-bas, ton pays d’origine n’a pas tellement d’importance, c’est tellement globalisé, tellement normal de rencontrer des gens de toutes les nationalités, racontent les deux premiers, de passage à Paris. Entre nous, on parle anglais pour tous se comprendre. Ou si on ne veut pas que les deux autres sachent de quoi en discute, on emploie un mélange d’espagnol et de portugais, le “portuñol” » (rires). Idem pour les textes, écrits pour la plupart par João, mais l’auditeur attentif attrapera quelques bribes de français et d’autres langues – l’idiome n’ayant ici guère d’importance, ce pourrait tout aussi bien être de l’espéranto. Les deux garçons en plaisantent d’ailleurs, en affirmant qu’ils enregistreront des versions en espagnol des morceaux, à la façon de Shakira, pour conquérir le marché sud-américain. « On nous pose souvent la question de la langue, mais ce n’est vraiment pas quelque chose à quoi on pense. Employer majoritairement l’anglais est logique car c’est ainsi qu’on communique entre nous. »

Les influences musicales semblent tout aussi variées : du folk, de l’indie pop, du psychédélisme, pas mal de bossa nova et un peu de tropicalisme (aussi bien dans le son que dans l'imaginaire visuel délirant qui se déploie dans leurs clips, voir ci-dessus), un esprit hippie et communautaire dans les harmonies vocales chantées à gorge déployées, du jazz libre dans la flûte de Leïla (on pense à Suzanne Thorpe dans Mercury Rev première époque), de l’Afrique dans les rythmiques… Chacun a apporté ses goûts, ses influences, son bagage musical. Ale et João reconnaissent un terreau sonore commun ; de Leïla, ils disent en plaisantant qu’elle adore toute musique dès lors que celle-ci n’est pas occidentale. Du Brésil à l’Inde, des Etats-Unis à l’Asie du Sud-Est, le terrain de jeu a la dimension du monde, mais la “world fusion” indigeste n’est heureusement pas au menu.

Cristobal peut tenir son rang aux côtés d’Animal Collective, Vampire Weekend, Fleet Foxes, Toro y Moi et autres hérauts de Pitchfork, avec une certaine innocence en plus, une naïveté joyeuse et joueuse. Parfois complexes dans leurs structures, les morceaux ne la ramènent jamais. Aucun ne ressemble vraiment à un autre, et pourtant l’ensemble est étonnamment cohérent. Peut-être grâce au producteur de Brooklyn Rusty Santos (Animal Collective, Grizzly Bear, Beach House) qui a su mettre en forme, sans pour autant les normaliser et les banaliser, des compositions nées de jam sessions. Enregistré dans la lumière lisboète, “Sugar Now” a quelque chose d’insolemment lumineux et solaire, même sans ses moments plus ombreux. On a hâte d’en découvrir la déclinaison scénique, qu’on espère encore plus extatique.

 

Photo : Thomas Neukum.

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