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DAAU - Domestic Wildlife
(Radikal Duke / Productions Spéciales ) [site] - acheter ce disque


DAAU  - Domestic Wildlife
La musique instrumentale vous rebute ? Seriez-vous prêt à écouter un groupe belge à l'improbable et imprononçable nom allemand (Die Anarchistische Abendunterhaltung) encore presque inconnu dans nos contrées - leurs tournées se cantonnent souvent à la Belgique et au Nord de la France - après treize ans d'existence ? Non ? Un peu de rhétorique, donc : DAAU est un grand groupe injustement méconnu ici, soyons justes, et écoutons DAAU. Cela dit, il serait incorrect de parler de révélation avec "Domestic Wildlife" : c'est dès le début de leur carrière que les Anversois ont sorti leurs plus belles oeuvres, un album éponyme, puis "We Need New Animals", avec un quasi-tube, "Gin & Tonic". Le groupe n'est encore qu'un quatuor, mais déjà le son est installé, la dynamique d'une efficacité sans faille, et le style personnel. Parlons-en, justement, de style : entre classique et rock, entre Piazzola et progressif, il échappe aux qualificatifs. Et pourtant, point d'efforts de brouillages de pistes chez DAAU : on est loin des ajouts artificiels de certains groupes qui sacrifieraient toute cohérence musicale sur l'autel de l'indépendance. Le style DAAU est défini par sa formation originale (violoncelle, violon, accordéon, clarinette) et par la présence de divers collaborateurs plus ou moins renommés et réguliers - le groupe est maintenant officiellement un sextet (contrebasse et batterie en sus), et a vu défiler entre autres invités An Pierlé ou David Bovée (Think of One), sans parler de leur jumelage quelque peu opportuniste avec le dub d'Ez3kiel - certes pas leur meilleure collaboration. Bref, tout comme Zita Swoon, dEUS, ou Kiss My Jazz, un groupe d'Anvers, la ville décidément la plus propice aux croisements d'influences, aux mélanges des genres sans complexes, et aux remaniements productifs des formations - sans nul doute la capitale européenne du rock indé depuis quinze ans, malgré/grâce à l'indifférence de tous ses voisins francophones.
Mais, au vu de ces antécédents, que pouvait-on attendre des Belges ? Leur régularité, gage de qualité, empêchait paradoxalement de s'attendre à être surpris. Récemment, en concert, le sextet faisait preuve d'une efficacité redoutable et incorporait quelques touches d'expérimentation sonore (l'accordéoniste en particulier nous gratifia de quelques minutes de piano à bretelles psychédéliques - ah ! si Yvette Horner avait pu voir ça...), mais ces fragments restaient anecdotiques face à la maîtrise impressionnante de l'ensemble.
Ne vous fiez pas à la pochette, très laide, de l'album, ou aux titres, anecdotiques, des morceaux : ici, seule la musique compte - et elle compte beaucoup. Il s'avère que, dans cette continuité, "Domestic Wildlife" est, à mon avis, le meilleur album du groupe. On y retrouve cet art du clair-obscur qui parvient à alterner légèreté et tension, usant de mélodies qui évoquent à la fois la musique classique et des airs venus d'Europe de l'Est, et renvoyant à un imaginaire foisonnant mais jamais étouffant qui pourrait évoquer certains films de Tim Burton : la douceur des cordes frottées et de la clarinette constitue une introduction paisible et pastorale, seulement troublée par quelque pizzicato, jusqu'au troisième titre. Mais si DAAU s'est équipé d'une section rythmique, c'est pour mieux catapulter sa musique sur une orbite inconnue, quelque part entre le soleil et la lune : dès "Dispositioning System", le son prend de l'ampleur, l'orchestre se met en place et atteint sur "Wish You Were Hit" (sic) une densité électrisante qui ne se démentira pas, touchant souvent aux confins du free-jazz sans jamais tomber dans une déstructuration outrancière. Epoustouflant.

David Dufeu

Lounja La Gazelle
Domestic Wildlife
Rabbit Eye Movement
Dispositioning System
Pedanterie
Wish You Were Hit
Tropic of Cancer
Aufhören
Highway Tiger
Nowhere Beach
Lost Soles