Dix formats courts écoutés longuement

31/12/2014, par , , et ChloroPhil | Autre chose |
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Certes, en ces temps où ceux qui achètent encore des disques préfèrent généralement les formats plus longs, le EP vinyle ou CD de quatre ou cinq titres semble un peu tombé en désuétude. Le format reste néanmoins idéal aussi bien pour des artistes qui débutent et ont besoin d’une carte de visite en attendant le premier album, que pour des groupes plus établis souhaitant sortir un peu de la routine. En voici dix qui nous ont séduits cette année, dont beaucoup sont signés par des artistes français.


Anna Calvi - “Strange Weather”

Si Anna Calvi est une brillante compositrice, ce disque rassemblant cinq covers est peut-être ce qu’elle a fait de mieux jusqu'ici. On savait, depuis sa version de “Jezebel” qui l’a fait connaître, que l’Anglaise excellait dans cet exercice. Ici, elle s’attaque à Suicide (“Ghost Rider”) et David Bowie (“Lady Grinning Soul”), mais, plus étonnant, elle reprend aussi ses pairs, Keren Ann (le morceau titre, en duo avec David Byrne), FKA Twigs et Connan Mockasin. A chaque fois, la flamboyante chanteuse et guitariste parvient à s’approprier le morceau sans pour autant le phagocyter, faisant preuve d’une retenue à laquelle elle ne nous avait pas trop habitués. Une piste pour la suite ? (V.A.)


Marc Morvan et Ben Jarry - “Ophelia”

Mieux vaut être patient quand on est fan de Marc Morvan et Ben Jarry. Cinq ans se seront en effet écoulés entre leur sublime album “Udolpho” et le EP “Ophelia”, cinq titres tout aussi beaux nés d’une commande pour une mise en scène du “Hamlet” de Shakespeare. Pour l’occasion, le duo (voix, guitare et violoncelle) est devenu quatuor et a donc enrichi sa formule acoustique minimale, sans rien perdre de sa finesse. On conseille de chercher le vinyle 25 cm, ne serait-ce que pour la pochette !  (V.A.)

 

1=0 – “Qui ?”



Effectivement, le format EP permet, pour les fans, d’attendre l’album à venir et, pour l’artiste de sortir des objets délicats (comme ce petit vinyle Dieu/Déesse à la pochette cousue main), parfaits pour promouvoir des titres lors de concerts ou, dans ce cas, propager des idées, une attitude, une rage dans les squats ou dans les concerts de rock sans sub’ et sans cachets. On a un peu plus longuement parlé de "Qui ? " dans POPnews, mais il est bon de rappeler l’osni que constitue 1=0, alliant noise classique et efficace, rap littéraire sans shit et punk attitude. (G.D.)

 

Angil and the Hiddentracks - “Lines”

Il est toujours un peu difficile de se dire que ce que l‘on a tant aimé est appelé à s’éteindre. Ce “Lines”, ultime EP de la formation menée par Mickaël Mottet et ses fidèles Hiddentracks, a donc un parfum particulier, mais plus qu’un simple baroud d’honneur, il est aussi la quintessence d’un projet unique. De ces quatre titres enregistrés en direct par le brillant Michael Wookey, il se dégage une énergie, une générosité qui nous rappellent à quel point on aimait à entendre le phrasé de Mickaël, ces cuivres généreux, la batterie si inventive de Flavien. Resté fidèle jusqu’au bout au label We Are Unique!, Angil and the Hiddentracks seront regrettés, mais il est aussi certain que l’on remettra longtemps leur discographie irréprochable sur nos platines. (M.C.)

 

Alma Forrer - EP

On a découvert cette jeune femme au détour d’une belle session, ainsi qu’aux côtés de Baptiste W. Hamon, puis son talent a fait son chemin chez nous. Ce petit quatre-titres est à la fois d’une simplicité confondante par sa forme (un chant habité, quelques arrangements, et la présence de l’indispensable Mocke à la guitare…) et émouvant sur le fond. Si le résultat n’a pas pour lui de véhiculer la gaieté, ces quatre chansons vont droit au coeur, d’un “29 avril” qui nous parle d’amour déchu (“Il parlait si bien du chagrin, que je l’ai déjà refermé”) à ce “Bobby” qui nous hantera longtemps. Lors du concert de Joan Baez à Paris, la jeune femme a donné son disque à la légende américaine. Il est en tout cas clair qu’Alma Forrer a déjà en elle l’étoffe des plus grandes, alors on attend la suite. (M.C.)

 

The Pirouettes - “L’Importance des autres”

Cet adorable duo, d’une moyenne d’âge d’une petite vingtaine, a surgi au printemps avec un EP hyper entraînant. Des histoires simples, et même quand la séparation est dans l’air (“Oublie-moi”), l’efficacité de ces petits tubes pop fait toujours mouche, avec un duo de voix qui se marient bien, des rythmiques ultra-basiques et des textes toujours justes. On se délecte encore du talent de ces jeunes gens, qui ont sans doute encore bien des pirouettes à nous offrir. (M.C.)

 

Feu! Chatterton -“ Feu! Chatterton” EP

Comme le disait Benoît ici, cet EP n'est pas l'étendard d'une seule chanson ("La Malinche", tube en puissance que l'on entend partout). Même si Arthur, le chanteur du groupe, fait l'acteur (avec un côté parfois un peu irritant) autant qu'il chante sur les cinq titres, même si les références à Bashung sont un peu trop prégnantes, on ne peut nier que Feu! Chatterton a produit un premier EP hyper efficace, rafraichissant et entêtant. Cinq chansons que l'on a tous eues dans la tête, et/ou chanté sous la douche. Un disque qui donne envie d'en découvrir plus, mais qui place déjà la barre si haut qu'il va falloir sacrément assurer avec le premier album. Affaire à suivre (comme le disait aussi Benoît cet été). (C.P.)

 

Baptiste W. Hamon - “Quitter l'enfance”

Si il ne fallait retenir qu'un EP cette année, ce serait sans aucun doute celui-là. Un artiste découvert grâce aux géniales compilations de La Souterraine, et qui sort dans la foulée ce "Quitter l'enfance", plus un mini-album qu'un EP : six chansons impeccables mêlant folk d'outre-Atlantique et chanson à texte dans la plus pure tradition française, le tout avec une modernité incroyable, et une cohérence prodigieuse. Depuis "Les Bords de l'Yonne" qui a donné une irrésistible envie à Mickaël d'aller arpenter les rives de cette rivière au printemps dernier, jusqu'à la touchante "Hervé", en passant par "Peut-être que nous serions heureux", en duo avec Alma Forrer, qui est sans doute une des plus belles chansons de cette dernière décennie, "Quitter l'enfance" est une pure merveille. (C.P.)

 

Cikatri$ - “Aïe le trois”  

Résidu de la scène garage en bout de course de Stockholm, Cikatri$ publie son troisième EP un peu moins garago-vintago pur suc de cambouis, un poil de barbe plus bluesy graisseux (White Stripes) et un chouia néo-rétro (The Raveonnettes). Les Cikatri$, stigmates rock laissés par une rupture amoureuse, sont peut-être un peu mal séchées au mercurochrome mais Aurélie poursuit la dissection de son petit cœur de beurre à coups de keytars et de guitares tranchantes comme les scalpels qui parsèment la pochette. On y joue le deguello de “Rio Bravo” en intro à la trompette baroque ("Quand la nuit tombe sur nous"), on glisse une pincée de violon discrétos mais on beugle partout : comme quoi on peut être punk et citer Gérard de Nerval… voire Saint Simon ! Mine de pas l’air, on invite Rudolph de Borst de The Datsuns à jouer de la basse sur le disque et Anton de Holograms à la guitare sur scène pour la release party. Petite coquetterie à déguster : une chouette adaptation de "Fell in Love with a Girl" des Bandes Blanches jouée à cent à l’heure ("Tombée amoureuse"). Si vous ne savez pas quoi voir au prochain South By South West, on vous recommande d’y aller voir Cikatri$ et, à défaut d’aller manger des grillades sauce BBQ au Texas, de commander le double 45-tours “Aïe le trois” ici. (G.D.)

 

Rien - “1”

Tout était écrit. En se formant en 1999, le groupe grenoblois Rien avait prévu de se séparer au bout de quinze ans, ce qu’il a fait. Préférant la qualité à la quantité, il n’aura sorti que deux albums, le prometteur “Requiem pour les baroqueux” en 2003 et le brillant “Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir” en 2007, suivis de trois EP titrés numériquement et à rebours. Après “3” et “2”, c’est logiquement “1” qui, avec une poignée de concerts fascinants, aura servi d’épitaphe à ce collectif inclassable. Leurs morceaux étant essentiellement instrumentaux (avec parfois des textes parlés), il serait tentant de parler de post-rock, mais ces fortes têtes maniant aussi bien les guitares, basse et batterie que l’humour pince-sans-rire (écouter “Dernières volontés”, leur utlime morceau) auront préféré la liberté de création à une quelconque école. Statut culte à prévoir dans quinze ans ? (V.A.)

A lire : une interview réalisée il y a quelques années.

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