Dix noms pour Rock en Seine

17/08/2018, par et | Festivals |
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La programmation de Rock en Seine (du 24 au 26 août au domaine national de Saint-Cloud, près de Paris) a surpris les habitués du festival : peu de groupes à guitares parmi les têtes d’affiche, une ration hip-hop et électro plus copieuse qu’à l’accoutumée, quelques noms quasiment inconnus… Air du temps ou évolution durable, il est encore trop tôt pour le dire. Toujours est-il que le rendez-vous francilien, qui marque aussi la prérentrée pour les professionnels de la musique, ne manque pas de propositions intéressantes (y compris sur les grandes scènes), pour peu qu’on prenne la peine d’éplucher le programme. Ce que nous avons fait, en retenant dix noms, plus quelques bonus.

 

Vendredi 24

First Aid Kit

Il y a dix ans arrivait tout droit de Suède ce duo de sœurs, Klara et Johanna Söderberg, avec tout le charme de l’adolescence au service d’une americana qui ne semblait pas de leur âge. Pourtant, First Aid Kit n’a jamais eu complètement la reconnaissance que le groupe méritait par chez nous, alors qu'il enchaîne les très grands festivals, notamment en Angleterre. La présence du duo sur la grande scène en début de festival peut sembler un pari risqué, mais ces jeunes femmes ont clairement tout ce qu’il faut pour faire face : l’occasion est belle d’entendre au soleil les compositions de leur album “Ruins” paru en début d’année (leur quatrième, déjà), sur lequel on entend notamment Peter Buck (R.E.M.) ou Glenn Kotche (Wilco).

A 17 h, Grande Scène.

 

MNNQNS

Quatuor rouennais au nom imprononçable au premier abord – cela se prononce “Mannequins” en fait –, MNNQNS fournira la caution rock à ceux qui ne sont pas sensibles au charme de First Aid Kit. Auréolée du prix Ricard Live Music cette année, la formation semble en effet taillée pour le live, avec des compositions nerveuses à souhait, à retrouver notamment sur leur EP “Advertisement”. Ils seraient britanniques, peut-être auraient-ils encore plus de projecteurs braqués sur eux, mais gageons que ce passage à Rock en Seine leur permettra de gagner quelques fans supplémentaires.

A 17 h 05, scène de l’Industrie.

Dirty Projectors

Un an seulement après un album déconcertant infusé au r’n’b et chroniquant sa rupture avec Amber Coffman, Dave Longstreth revient avec un nouveau disque des Dirty Projectors, “Lamp Lit Prose”, rappelant davantage les chefs-d’œuvre “Bitte Orca” (2009) et “Swing Lo Magellan” (2012) : moins d’effets de production et d’AutoTune, plus de vivacité, de guitares inspirées par la musique d’Afrique de l’Ouest et de bizarreries rythmiques. L’occasion de rappeler qu’il reste l’un des musiciens les plus créatifs et originaux de la scène indé américaine, capable de faire le grand écart entre des genres et des univers a priori inconciliables. Voilà qui promet un concert réjouissant, même si l’on regrettera forcément la voix et le sourire d’Amber.

A 17 h 50, scène de la Cascade.

Carpenter Brut

En formule trio guitare-batterie-synthés/machines, Carpenter Brut propose un show son et images aussi référencé que son nom (même si, selon certaines sources, ce ne serait pas un hommage au grand John Carpenter). En fond de scène est projeté un montage de séquences tirées des poubelles du septième art (slasher, gore, érotisme soft, sous-“Mad Max”, etc.) auxquelles se mêlent des pastiches très réussis. Franck Hueso, le cerveau du projet, n’est pas le premier à tenter le mix électro/heavy metal 80’s (Justice s’y était déjà essayé), mais il en tire un univers cohérent, à l’efficacité certaine, pendant une heure essentiellement instrumentale (sur les quelques chansons, les voix sont en boîte). Une bonne alternative à PNL et Yelle pour terminer la première soirée en faisant les cornes du diable avec les doigts.

A 23 h 15, scène de l’Industrie.

 

Et aussi : Terrenoire, The Limiñanas, Sophie, Parcels, The Orielles.

 

Samedi 26

Theo Lawrence & the Hearts

On a découvert Theo Lawrence & the Hearts par hasard, en première partie du vénérable Lee Fields à l’Olympia. Certain d’avoir entendu un groupe américain maîtrisant les sonorités rétro aussi bien que Nick Waterhouse ou les Alabama Shakes, on est tombé des nues en apprenant que les jeunes gens étaient originaires de Gentilly, en banlieue sud de Paris (avec un chanteur aux origines canadiennes, certes). Ce qui ne pourrait être qu’une reconstitution historique des musiques originelles du sud des Etats-Unis (blues, soul, rock’n’roll) s’avère une relecture vivante et enthousiasmante, l’album “Homemade Lemonade” sorti en mars dernier ne manquant pas de tubes en puissance, brillamment exécutés. Ça vaudra la peine d’arriver tôt samedi !

A 15 h 30, Grande Scène.

Cigarettes After Sex

La musique ouatée, comme suspendue dans les limbes, des Américains de Cigarettes After Sex semble destinée à être écoutée chez soi, seul, aux petites heures de la nuit et à faible volume. Le groupe enchaîne pourtant les concerts, et même les dates en festival, souvent en extérieur. A Rock en Seine, il jouera le samedi à 17 h sur la Grande Scène. Pas évident dans ces conditions de reproduire l’atmosphère capiteuse et enveloppante des disques (un album sans titre sous pochette noire, précédé de quelques singles égrenés au fil des ans). On est curieux de voir comment ils s’en sortiront, et si on ne s’attend pas à d’énormes surprises, on aura au moins le plaisir d’entendre quelques très belles chansons comme “K.” ou “Apocalypse”.

A 17 h, Grande Scène.

 

Anna Calvi

C’est peu dire que le retour d’Anna Calvi est attendu : depuis “One breath” en 2013 et l'excellent EP de reprises “Strange Weather” l'année suivante, on était en effet sans nouvelles de l’Anglaise, mais “Hunter”, à venir prochainement, mettra fin à ce silence discographique. Celle qui dès ses débuts a été comparée notamment à PJ Harvey a déjà annoncé la couleur : si la question du genre sera le sujet principal du disque, on espère surtout y retrouver la même énergie sensuelle. Cette venue francilienne sera donc une sorte d'avant-première, et d'avant-goût de la tournée automnale qui s’annonce.

A 17 h 50, scène de la Cascade.

Insecure Men/Fat White Family

A propos des Londoniens de Fat White Family, François Floret, programmateur de la Route du rock, nous disait quelques jours avant l’édition 2014 où ils étaient programmés : « Ils marcheront quand ils s’assagiront. Je les vois bien splitter assez vite, avec quelques membres du groupe qui feront autre chose, toujours avec un côté décalé, mais plus sage. Et là, ça marchera peut-être. Mais dans l’état actuel, ça me semble difficile… » Belle prescience. Certes, Fat White Family existe toujours, avec un certain succès, et jouera à Rock en Seine cette année (peut-être un peu assagi ?), mais ses membres ont tendance à mener des projets parallèles. Comme le guitariste Saul Adamczewski, plus ou moins mis dehors pour comportement, disons, erratique, qui a formé avec son pote Ben Romans-Hopcraft le supergroupe Insecure Men. Son mauvais esprit salutaire s’épanouit désormais dans un rock un peu rétro pour salles de bingo à moitié désertes, à retrouver sur un premier album sorti il y a quelques mois. Ça ne manque pas de charme.

A 19 h 45 et 21 h 45, scène du Bosquet.

 

Et aussi : Charlotte Gainsbourg, Liam Gallagher, Black Star, Malik Djoudi, King Gizzard and the Lizard Wizard.

 

Dimanche 26

Idles

Si les Anglais d’Idles mettent un sacré boxon sur scène, face à un public tout aussi déchaîné, on aurait tort de voir en eux une simple bande de tatoués adeptes du boucan. En interview (à paraître sur POPnews), leur chanteur Joe Talbot s’avère beaucoup plus posé qu’en concert ou dans les clips du groupe : « Réfléchir à mon rôle en tant qu’artiste, membre d’un groupe ou tout simplement individu m’a fait avancer », dit celui dont les textes reflètent une vision sombre mais jamais nihiliste de la société. Leur date à Rock en Seine anticipera de quelques jours un deuxième album très attendu dont le titre, “Joy as an Act of Resistance”, résume parfaitement leur philosophie.

A 18 h 45, scène de la Cascade.

 

Jessica93

Quatre années se sont écoulées depuis le précédent passage de Jessica93 à Rock en Seine, et c’est avec le même plaisir que l’on retrouvera Geoffrey Laporte, un an ou presque après la sortie de son quatrième disque, “Guilty Species”. La formation du 93 aura en face d’elle le hip-hop de Macklemore, mais notre choix est déjà fait : on prend Laporte, d'autant que contrairement à son passage précédent, il sera cette fois-ci accompagné d'un groupe histoire de tabasser encore plus nos tympans.

A 19 h 50, scène de l’Industrie.

 

Et aussi : Ezra Furman, The Black Angels, Otzeki, Wolf Alice, Halo Maud.

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