Dominique A - Paris, le Théâtre de l'Athénée, 11 juin 2009

15/06/2009, par Luc Taramini | Concerts |
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DOMINIQUE A - Paris, Le Théâtre De L'Athénée, 11 Juin 2009

Les dorures d'un vieux théâtre parisien pour accueillir des musiciens de rock. Pas n'importe lesquels, deux auteurs chevronnés du rock français : Mister Dominique A, habitué à la lumière, et Docteur Xavier Plumas, plus à l'aise dans le clair obscur. L'affiche était trop belle pour ne pas aller y jeter une oreille curieuse...
La salle est encore un peu clairsemée quand Xavier Plumas grimpe sur scène. Dans son fragile halo de lumière, guitare en bandoulière, il feule "I Call Your Name" tel un fauve aux abois. L'attention s'aiguise immédiatement. Puis enchaînant les titres de son album solo "La gueule du cougouar", le Sarthois prouve une fois de plus toute la maîtrise de son écriture qui même sans arrangements et musiciens additionnels conserve une force poignante. Le dénuement va bien plutôt bien au chanteur, statique, centré sur son micro et son manche. On a pu le taxer d'austère avec son groupe Tue-Loup... ben il faudrait s'y faire, lui fait sonner les mots et ne rigole pas.
Dominique A si. A dessein en plus puisqu'en intitulant son nouvel opus "La musique" et en ressortant ses vieux synthés du placard, il s'offre une cure de jouvence, un plaisir quasi régressif. La crise de la quarantaine artistique ? Voix claire et accords de guitares saturés sur beats minimalistes, il entame un set brut tambour battant, enchaînant les chansons sans temps morts (lui aussi est seul sur scène et doit faire l'homme orchestre). Les titres de "La Musique" défilent avec des pépites comme "Hasta- que el cuerpo aguante", "Immortels", "Le Bruit blanc de l'été"... Et d'autres plus interchangeables qu'il compense par un jeu de scène énergique. Mouvements syncopés de l'épileptique sur la piste de danse, déhanchements rock'n'roll savoureux, gestuelle théâtrale du prestidigitateur derrière ses claviers (Jean-Michel Jarre, Bob Sinclar, Cerrone sortez de ce corps !). Bref, Dominique A s'amuse avec sa grande carcasse alors que, ironie du sort, son public est cloué dans le velours rouge de ses fauteuils exigus.
Je me concentre sur les mots : cette faculté d'écrire sur à peu près sur tout, de passer du tutoiement au pronom impersonnel, de faire sonner des phrases descriptives en apparence banales et d'injecter au milieu du dialogue. Oui, il y a de la maîtrise, une grande liberté formelle dans son style mais aussi quelque chose qui m'agace, comme des tics récurrents et un peu trop visibles. A la fin du set, les classiques du répertoire anesque font leur apparition : "La Peau", "L'Horizon" puis "Antonia" et "Le Courage des oiseaux" demandés en rappel par un public comblé. Dominique s'exécute, généreux de son temps et de son énergie, décochant quelques flèches pince-sans-rire. Dans cette capacité à se réinventer en "ambianceur" improbable, comme dans ses poses de branleur ado totalement assumées, Dominique A réussit un numéro casse-gueule avec une maîtrise hallucinante. Rappelant, dans un rôle à contre emploi, qu'on peut avoir une exigence d'auteur sans être casse-bonbons. Définitivement au-dessus du lot.

Luc Taramini

Merci à Yannick et Lara

A lire également, sur Xavier Plumas :
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