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DOMINIQUE A

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En 2002, il y avait une forte mobilisation des artistes après le premier tour de la présidentielle. En 2007, on ne vous a pas trop entendus...
C'est sûr qu'il y a une démobilisation et qu'on accepte des choses qui nous semblaient inacceptables il y a encore quelques années. Mais bon, tu ferais peut-être mieux d'interroger Les Têtes Raides sur ce sujet... Même si c'est une mauvaise façon de réagir, on a tendance à baisser les bras. J'étais déjà grandement sceptique sur les facultés de mobilisation des artistes pour des idées humanistes et nobles, et là c'est un échec sur toute la ligne. S'engager pour des causes, ça demande une dose de naïveté que l'époque ne t'autorise pas. Surtout, en ce moment, en tant que citoyen, j'ai une vraie rancœur contre toute la France, ou du moins contre une majorité de Français. Je préfère penser que la musique - et l'art en général - sert à se réchauffer en milieu hostile, que je réchauffe des gens et que je me réchauffe. C'est sa fonction première.

Dominique A

En tant que Français qui passe beaucoup de temps à Bruxelles, que penses-tu de la situation de la Belgique ?
Vue de France, elle peut sembler absurde, mais la scission est en germe depuis un moment. Il y a aussi eu ce canular totalement dadaïste de la RTBF (annonçant la partition du pays, ndlr) qui a activé la manœuvre. Après, ça ne sera ni simple, ni indolore, et ça ne pourra pas se faire du jour au lendemain. Surtout, je crois que tous les Belges ne le veulent pas, et les francophones moins que quiconque. Evidemment, il y a une frange dure, extrémiste, nationaliste du côté flamand… Et c'est vrai que c'est deux états d'esprit très différents. Mais je pense que je serai parti avant de voir la scission de la Belgique, c'est pas pour la semaine prochaine.

Tu évoquais le concert hommage à Barbara auquel tu as participé récemment avec Jeanne Cherhal et le pianiste Alexandre Taraud. Que retires-tu de cette expérience ?
C'était assez particulier parce que c'était un cadre inhabituel pour moi. Mais j'ai appris plein de choses, notamment à fonctionner avec l'acoustique plutôt qu'avec l'électrique et l'amplification. Ça m'a carrément décoincé. Depuis, j'ai fait une session à Oüi FM et je n'ai même pas mis le casque. J'ai la chance de pouvoir naviguer sur des terrains très différents, d'être appelé aussi bien par des gens comme Alexandre Taraud, un pianiste classique amateur de chanson, que par Damon & Naomi. Je travaille dans des domaines musicaux a priori éloignés, et en même temps complémentaires car à la base il y a toujours des chansons. D'un côté, j'ai une voix assez typée chanson française, et en même temps je reste fan d'artistes anglo-saxons. J'espère pouvoir garder cette liberté-là le plus longtemps possible, parce que je n'arrive pas à choisir mon camp… et qu'au fond, je ne le choisirai jamais.

A tes débuts, on a pu dire de ta musique que c'était un mélange de Barbara et des Young Marble Giants. Justement, ces derniers viennent de se reformer...
Il ne faudrait pas exagérer l'impact qu'ils ont eu sur moi. Je crois que c'est Modiano qui disait récemment que les choses qui l'avaient influencé n'étaient pas celles qu'il admirait le plus. C'est un constat que je partage complètement. J'ai pris beaucoup d'idées dans le morceau "The Taxi" des Young Marble Giants (un instrumental construit sur une piste de boîte à rythmes et une mélodie jouée à l'orgue, ndlr) pour "La Fossette", mais je crois n'avoir jamais écouté l'album en entier, en tout cas pas de façon assidue. C'est juste leur son qui m'avait frappé et qui m'avait donné envie de faire la même chose. Barbara, pareil : je ne l'ai pas énormément écoutée, mais en l'entendant je me suis senti proche de ce qu'elle exprimait et ça m'a donné des pistes. A l'opposé, j'ai été un grand fan de Joy Division, et pourtant ça ne transparaît pas trop dans ce que je fais.

Après avoir écrit dans "Epok", le magazine de la Fnac, tu tiens maintenant une chronique musicale dans "TGV Magazine". Tu aimes bien faire découvrir des gens, musiciens ou écrivains, jouer les passeurs ?
J'aime bien ça, oui. C'est à la fois une jubilation et une frustration à l'égard de choses qui me semblent injustement passées à l'as. Je me dis que si je peux aider… Même si c'est une contribution assez mince : un article n'aura jamais autant de poids qu'un passage en radio. C'est aussi le plaisir de l'écriture. J'adore faire passer des choses à travers un discours sur un disque, faire partager mes goûts. C'est un bon médium pour se raconter. C'est une chance d'avoir cette tribune-là.

Propos recueillis par Vincent Arquillière
Crédits photo : Frank Loriou

A lire aussi
Les précédentes interviews : en mars 2004 et mai 2006.

Les chroniques de "Sur nos forces motrices" et de "L'Horizon"