Dominique A - Interview

10/03/2004, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Ce recueil de nouvelles, comment l'idée t'en est-elle venue ?
J'avais cette idée depuis plus d'un an et demi, qu'il y ait un bouquin pour accompagner le disque, qui en soit une sorte d'extension. Parce que j'adore les livres, qu'une bonne partie de mon pognon passe là dedans, que j'avais envie d'élargir un peu mon champ d'action. Après ce sont des rencontres, des gens, quelqu'un dans mon entourage a pris cette idée et l'a développée, l'a proposée à des auteurs, soit que je connaissais, soit dont je connaissais les bouquins. Et ça leur a plu, et là dessus un éditeur, Verticales, qui essaie de faire des livres qui sortent de l'ordinaire, s'est montré intéressé. Les envies des uns ont rencontré les envies des autres et ça s'est fait. Mais ce n'était pas une question sine quae non, ce livre aurait très bien pu ne pas exister.

Il aurait pu exister indépendamment du disque ?
Là il existe à part pour moi. Mais sur l'idée, je voulais vraiment que ce soit lié à un disque, du moment que je n'allais pas être l'auteur du livre, pas écrire. Je voulais proposer un jeu littéraire à des gens que la chanson intéresse en France aujourd'hui. Il y a pas mal de jeunes auteurs de nos âges qui sont intéressés par ce qui se fait en chanson indé depuis 10 ans.

Il y a un auteur qui a commencé un bouquin à partir de "Passer l'hiver"...
Ouais, y'a un bouquin qui s'appelle "La mémoire neuve" aussi... il y a des correspondances, c'est sûr. Tu rencontres des gens, par exemple Olivier Adam, qui estime que "La Fossette" l'a beaucoup aidé dans son travail d'écriture.

Il y a aussi le cinéma avec lequel tu flirtes épisodiquement...
Oui, de loin, je ne suis pas cinéphile et je ne vois pas beaucoup de films. Sur "Les mains vides" en l'occurrence, Marc Recha s'est servi, il a fait sa tambouille, je ne l'ai même pas rencontré, je n'ai pas vu le film. Je trouve ça très bien, les chansons sont là pour ça, dans la mesure où elles ne sont pas dénaturées ou utilisées pour un spot du Front National...

En lisant certaines critiques du film, on pouvait même se demander s'il n'avait pas été pas été conçu avec les morceaux en tête...
Non, je pense qu'il avait déjà une musique et qu'un peu sur le tard, il s'est dit qu'il aimait bien ce que je faisais et qu'il utiliserait bien mes morceaux. Il a demandé l'autorisation seulement au mixage, ce qui est assez hallucinant, "tiens si on lui demandait son avis" (rires). Je n'ai pas vu le film mais j'avais vu le précédent, "Pau et son frère", que j'ai beaucoup aimé. Je voulais le voir ici à Paris mais il n'est déjà plus à l'affiche...

J'ai une question sur la pochette... quelle est l'idée qui se cache derrière (sourire) ?
(rires). Ce qui se cache derrière cette pochette, c'est une session photo inaboutie. Je n'aime pas cette pochette. Le graphiste a sauvé les meubles mais la session photo ne s'est pas très bien passée. Compte tenu des délais, il a fait du mieux qu'il pouvait. Ca donne un truc un peu gothique (rires). Ca s'est assez mal passé avec le photographe. C'est un photographe d'art qui a sorti un superbe livre sur la mer d'Aral, c'est pour cela que je l'avais contacté, et qui n'avait pas l'habitude de faire des portraits, qui shootait très peu. Donc évidemment il y avait très peu de photos sur lesquelles j'avais une gueule à peu près honnête. Avec en plus la lumière de janvier... du coup le graphiste s'est permis de faire un montage avec des éléments de décor et une photo où j'avais une tête à peu près correcte. Le photographe s'est estimé trahi et plein de gens me disent qu'on dirait une photo de propagande pour une secte, avec le gourou (rires). Mais le graphiste a fait ce qu'il a pu, je tiens à lui rendre hommage, d'ailleurs ça pourrait être ça la réponse à la question (rires).

Tu t'es bien lancé à l'étranger ces derniers temps, en Espagne, en Allemagne, en Pologne...
Ouais, l'étranger, ça serait bien que ça marche. Le problème d'un chanteur français qui chante en Français, c'est qu'il y a tout à faire, c'est le parcours du combattant. Si tu veux vraiment faire un truc dans un pays, faut y aller, et il faut une volonté locale. En Espagne ça se passe bien parce qu'il y a Rafa de Green UFO's qui est à fond sur la scène française depuis des années, il a développé quelque chose, il y a des réactions des gens, ça existe. En Allemagne, ça commence tout juste. En Pologne, c'était ponctuel, organisé par des Français, plutôt chouette d'ailleurs. De toute façon là bas les gens n'achètent pas de disques... donc je concentre mes efforts sur l'Espagne, l'Allemagne, la France, la Suisse, la Belgique... c'est déjà beaucoup. Si tu veux avoir un peu une vie à toi, c'est dur de faire plus. Qui va piano va sano. Comme je veux à la fois le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière, j'y vais mollo. En Espagne, les chroniques sont très bonnes, c'est une terre d'accueil. Maintenant j'aimerais bien que ça marche au Portugal par exemple, et puis en Allemagne aussi. Le disque doit sortir, je dois tourner là-bas, j'espère que ça aura un peu de conséquences.

La compilation a bien marché en Allemagne ?
Ils en ont vendu deux et demi et il y a eu un bon accueil critique. Les choses se font progressivement. Y'a eu pas mal de papiers en Allemagne, il y a des gens qui m'appellent. Il y a quelque chose qui se crée, un peu comme en Espagne il y a huit ans. Après il faut y aller, tourner. Moi je ne demande que ça. S'il peut y avoir deux-trois pays non francophones comme ça, ça suffit à mon bonheur. C'est important car les gens y ont une approche des chansons très musicale et ça, ça fait du bien. On ne vient pas te seriner à propos du côté référencé des textes. En France, si tu ne viens pas de la culture indé, et c'est triste à dire, car c'est quelque chose qui m'étouffe, les gens se foutent de la musique. Les arrangements, tout ça, personne ne sait ce que ça veut dire. On a perdu ce côté là, c'est fou. Quand un étranger, qui ne comprend rien à ce que je raconte, écoute mes chansons et les apprécie, c'est vraiment pour l'aspect musical des choses, et ça, ça fait du bien. Ca montre que le résultat est en adéquation avec ce que j'essaie de faire.

Est-ce qu'il n'y a pas aussi l'intérêt d'avoir un public à conquérir, comme à tes débuts en France, quand tu pouvais apparaître comme "exotique" ?
Oh tu sais, les Espagnols ils ne sont pas difficiles à conquérir, dès que ça fait du bruit (rires). Mais si, il y a ce côté "rien n'est fait, tout est à faire", l'idée de provoquer la surprise aussi... C'est très motivant, ça te pousse à donner le meilleur de toi-même. De toute façon, je n'ai jamais fait un concert au rabais, jamais. J'ai fait beaucoup de choses mais pas ça. Mais il est vrai que quand c'est à l'étranger, c'est spécial, c'est comme si tu jouais à Paris tous les soirs.

Samedi prochain [le 28 février], c'est les victoires de la Musique... un pronostic ?
Faudrait déjà que je connaisse les nommés... déjà, il semble qu'il y ait pas mal de jeunes, Cali, Raphaël, et puis les Wampas c'est marrant de les voir là. On a toujours eu besoin de médailles en chocolat, dans tous les domaines. Si ça peut permettre à des gens de vendre des disques qui ne sont pas honteux... aujourd'hui, si on m'appelait pour les Victoires de la Musique, j'irais, je ferais ma petite chanson, je ne ferais pas de coup d'éclat. Parce que je suis mou... non, c'est pas ça, mais je trouve que ça a un peu changé, ça reste des médailles en chocolat, mais si ça peut permettre à des gens respectables, qui font une musique digne de vendre quelques disques alors tant mieux. De toute façon, c'est la télé, c'est le Grand Satan. Quand tu vas à la télé, tu sais que dans le meilleur des cas tu es au purgatoire, dans le pire dans la bouche de l'enfer... Mais on peut en sortir (rires).

Lundi prochain [le premier mars] tu seras au Zénith avec quelques collègues sous la bannière "avis de KO social", qui regroupe une foultitude d'associations. Tu as dit plusieurs fois que tu étais plutôt sceptique sur ce type d'engagement...
Je suis toujours sceptique, mais périodiquement, je flanche (rires). J'y vais quand il y a du pognon à récupérer pour les assos. Là, c'est clair, et la plupart des associations font des trucs bien. Après quand c'est pour se manifester pour donner une opinion... je l'ai fait, mais c'est pas mon truc, je ne me sens pas à l'aise. Par exemple, ce qui me gène par rapport à la pétition qui circule là [NdlR : "contre la guerre à l'intelligence"], c'est ce côté binaire, il y a les bons et les méchants, les bons qui signent, les méchants qui ne signent pas. Et puis en plus, les pétitions... J'ai des moments de scepticisme et d'autres où je me dis "vas-y". En même temps, je ne suis pas dans une position où je suis assez connu pour que ma parole soit importante pour une majorité de gens. A part prêcher pour des convertis, que veux-tu faire ? Là au moins, il y a du pognon à se faire pour les assos, c'est différent... L'engagement, je ne trouve pas ma place là dedans. Je ne suis pas quelqu'un d'en colère de toute façon, c'est désolant, mais je ne vais pas m'inventer une colère...

Est-ce que tu as conscience d'avoir des fans très exigeants et un peu excessifs...
... voire intolérants (rires).

Tu as suivi un peu l'affaire du forum sur ton site officiel ?
Oui, Yvan (NdlrR : un des webmasters du site Comment Certains Vivent) me disait qu'il y avait peut-être des gens politisés, du mouvement anti-pub derrière ça.
A mon sens, il n'y a pas de quoi crier. Je travaille avec une multinationale, il y a des trucs que j'accepte et la plupart des gens qui m'écoutent ne m'aurait pas connu s'il n'y avait pas la machine de guerre major derrière donc après, qu'il y ait des opérations commerciales qui soient très distinctes du site du fan, je ne vois pas le problème, c'est une pub, personne n'est obligé de s'inscrire.

Comment tu te sens par rapport à ces gens qui te révèrent, qui parlent de "compromission" à propos de la promo de ton disque ?
C'est une idéalisation trop forte d'une personne. Ca ne me concerne pas, puisque ce n'est pas moi. Je ne suis pas la personne qu'ils imaginent que je suis. Je ne suis pas un chevalier blanc. Si j'en étais un, vous ne me connaîtriez pas, je serais un artiste maudit, voire pas du tout artiste ! Tu es responsable jusqu'à un certain point des fantasmes que tu génères. Il n'y a pas d'idéologie derrière mes chansons.

Propos recueillis par Guillaume et Gildas
Merci à Sophie et Emmanuel.

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