Dominique A - Interview

26/04/2006, par David Larre | Interviews |
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Je ne prends pas "légèreté" en un sens négatif. Ça va, au contraire, assez bien avec l'invitation au voyage qui est un des thèmes du disques. "Dans un camion" est assez représentatif de cela.

C'est une des plus légères. Dessus, y a cette idée d'une ligne guitare-voix très directrice mais y a un ensemble de choses qui se passent derrière aussi : pas des points d'exclamation, mais plutôt des points de suspension. Les arrangements ne sont pas assénés, à part peut-être le finale de guitare de l' "Horizon".

On sent aussi, dans l'écriture des textes, quelque chose qui participe peut-être de cette aération que tu décris : une multiplication des angles narratifs, du "je", du "il", du "nous", avec des registres assez différents, depuis la narration extérieure ("Music-hall") jusqu'à un registre plus autobiographique que ce que l'on a connu de toi jusque-là ("Rue des marais")...
Ça s'est fait comme ça. En termes musicaux, j'avais envie que ce soit presque aussi éclaté qu'"Auguri", et ça l'est un peu. C'est presque quelque chose que je revendique, parce que sinon, on s'emmerde. C'est d'ailleurs la limite et la force de "Remué", ce quelque chose de monolithique, un propos noir de chez noir, qui va droit devant et droit dans le mur. Ça, c'était aussi l'état d'esprit du moment, et c'est ce qui fait aussi qu'on m'en parle autant. Celui-ci tient plus compte de mes joies d'auditeur de musique, de mes attentes, avec des choses qui empruntent à la cold-wave, au pop-rock, éventuellement à la chanson. Je revendique ce côté éclectique.
Après, pour ce qui concerne les changements de la narration, le passage du "je" au "il" et au "nous" (mais y a aussi beaucoup de "tu" d'ailleurs), cela reflète mon envie de fictionnaliser, de prendre un personnage et de le regarder faire. En revanche, pour "Rue des marais", cela ne pouvait évidemment passer que par le "je".

Comment tu te sors de la gageure de cette double ambition, à la fois littéraire dans les textes, et expérimentale dans la musique ?
Je vois ce que tu veux dire, mais j'évite de réfléchir comme ça, sinon je ne ferais plus rien. C'est vrai que j'ai cette ambition, et le souci de la tentative, et que je dis volontiers que je préfère une belle tentative ratée à une réussite molle, avec des facilités et des trucs systématiques. Et il y a aussi des disques où j'ai plus travaillé sur le son ou une idée musicale, et d'autres plus sur les chansons comme telles. Maintenant, j'ai l'impression de faire le lien entre ces tendances-là. J'ai fait récemment une interview fleuve avec un journaliste qui dit m'avoir redécouvert avec ce nouveau disque, et avoir réécouté d'une autre oreille les précédents, notamment "Remué". Et il me disait aussi pour s'expliquer : "tes disques demandent une concentration inouïe". Moi, je ne perçois pas les choses comme ça. Je ne pense pas qu'il faille s'accrocher, je crois plutôt au fait de se laisser porter par la chanson, par la pop. C'est sans doute plus difficile pour moi que pour l'auditeur de faire la part des choses entre ce qui est du domaine de la chanson et ce qui est du domaine de l'expérimentation. Je n'arrive pas trop à me déterminer par rapport à cela. Je pense d'ailleurs, d'après mon expérience d'auditeur, que ce n'est pas grave de rater la compréhension du texte, c'est ce qui m'arrive tout le temps. Le dernier en date que j'ai vraiment aimé, avant le dernier Armand Méliès, à savoir le JP. Nataf ("Plus de sucre"), j'ai dû mettre six, sept fois avant d'écouter vraiment ce qui se racontait dessus. Je n'essayais pas vraiment de comprendre et me laissais plutôt porter par le flot musical. Peut-être est-ce parce que les gens ont l'impression qu'il se raconte quelque chose dans mes chansons qu'ils prêtent tant l'oreille. Mais je pense que si c'était mieux fait, ils se poseraient moins la question de savoir ce qui se raconte. J'essaye d'être dans un rapport fluide avec les mots. Mais ça accroche l'auditeur qui parle français. Parce que, par ailleurs, en Espagne ou en Allemagne, ils ne me parlent que de musique. Et ça me rassure. Parce que cela veut dire qu'en terme de musicalité, ça passe. Les gens se sentent une obligation d'écouter ce qui se dit, ça me dépasse. (Avec humour) C'est sans doute que je dois être particulièrement convaincant dans ce que je raconte.

Tu pars en tournée prochainement. Comment as-tu conçu la transposition sur scène ?
Bah, on prend les mêmes et on recommence. On devrait être cinq. J'ai sacrifié la section rythmique. Vincent Guérin et Sacha Toorop ne feront pas partie de la tournée. Pour une bonne raison, c'est que je vais continuer de travailler avec les instruments à vent. J'avais aussi envie d'un duo de guitares pour refaire de la scène avec Olivier Mellano. Et puis des claviers pour enrichir les harmonies. Je voulais un truc essentiellement harmonique où les rythmiques soient induites par un accord de guitares, par un riff, et pas par un appui de batterie. Je voulais que la rythmique soit implicite au morceau et non surlignée. C'est toujours un peu expérimental, mais j'aimerais qu'on le soit tout de même un peu moins que sur la tournée précédente, que ce soit plus ramassé, plus sec et plus simple.

Tu joues ce soir en Black Session avec Yann Tiersen. La précédente date de 1998. De l'eau a coulé sous les ponts, non ?
Ben, à deux chansons près, on va pourtant jouer les mêmes choses : "Les bras de mer", "Monochrome", "Bagatelle" et "Le jour de l'ouverture". C'est plus une question de plaisir par rapport à Yann, au studio qui est bien, à Lenoir. C'est pas du tout stressant.

Quel regard as-tu sur le parcours des gens qui ont commencé en même temps que toi, Tiersen ou Philippe Katerine ? Au sujet de ce dernier, c'est assez ironique de le voir nominé pour l'album révélation aux Victoires de la Musique...
C'était le même topo avec Daniel Darc l'an dernier. Mieux vaut tard que jamais. Le contexte importe peu. Ce qui est plus important pour quelqu'un comme Philippe, c'est d'être identifié, reconnu. C'est à la fois complètement dérisoire et en même temps significatif, car si tu n'es jamais nominé non plus, les gens peuvent se sentir légitimés à penser que ton truc est voué à stagner. C'est vicieux. Du coup, je crois aujourd'hui qu'il vaut mieux être reconnu par ce biais-là. C'est moins l'idée de la médaille en chocolat qui me plaît que le fait que quelqu'un qui a sorti déjà sept disques soit reconnu pour son travail. J'ai d'ailleurs adoré "Robots après tout". Comme tout le monde, j'ai été assez surpris à la première écoute, mais je l'ai beaucoup écouté. J'adore la transposition qu'il en a fait sur scène. C'est vraiment un show-man et les types derrière lui font un sacré bon boulot. Je préfère d'ailleurs les versions pour la scène, à part "Le Louxor" qui est vraiment un morceau électro et perd un peu dans la transposition.

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