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DOMINIQUE
A
[page précédente]
Je
ne prends pas "légèreté" en
un sens négatif. Ça va, au contraire, assez
bien avec l'invitation au voyage qui est un des
thèmes
du disques. "Dans un camion" est assez représentatif
de cela.
C'est
une des plus légères. Dessus, y a cette idée
d'une ligne guitare-voix très directrice mais y a
un ensemble de choses qui se passent derrière aussi
: pas des points d'exclamation, mais plutôt des points
de suspension. Les arrangements ne sont pas assénés,
à part peut-être le finale de guitare de l'
"Horizon".
On
sent aussi, dans l'écriture des textes, quelque
chose qui participe peut-être de cette aération
que tu décris : une multiplication des angles
narratifs, du "je", du "il",
du "nous",
avec des registres assez différents, depuis la narration
extérieure ("Music-hall") jusqu'à
un registre plus autobiographique que ce que l'on a connu
de toi jusque-là ("Rue des marais")...
Ça
s'est fait comme ça. En termes musicaux, j'avais
envie que ce soit presque aussi éclaté qu'"Auguri",
et ça l'est un peu. C'est presque quelque chose
que je revendique, parce que sinon, on s'emmerde. C'est
d'ailleurs
la limite et la force de "Remué", ce quelque
chose de monolithique, un propos noir de chez noir, qui
va
droit devant et droit dans le mur. Ça, c'était
aussi l'état d'esprit du moment, et c'est ce qui
fait aussi qu'on m'en parle autant.
Celui-ci tient plus compte de mes joies d'auditeur de musique,
de mes attentes, avec des choses qui empruntent à
la cold-wave, au pop-rock, éventuellement à
la chanson. Je revendique ce côté éclectique.
Après, pour ce qui concerne les changements de la
narration, le passage du "je" au "il"
et au "nous" (mais y a aussi beaucoup de "tu"
d'ailleurs), cela reflète mon envie de fictionnaliser,
de prendre un personnage et de le regarder faire. En revanche,
pour "Rue des marais", cela ne pouvait évidemment
passer que par le "je".
Comment
tu te sors de la gageure de cette double ambition, à
la fois littéraire dans les textes, et expérimentale
dans la musique ?
Je
vois ce que tu veux dire, mais j'évite de réfléchir
comme ça, sinon je ne ferais plus rien. C'est
vrai que j'ai cette ambition, et le souci de la tentative,
et que je dis volontiers que je préfère
une belle tentative ratée à une réussite
molle, avec des facilités et des trucs systématiques.
Et il y a aussi des disques où j'ai plus travaillé
sur le son ou une idée musicale, et d'autres plus
sur les chansons comme telles. Maintenant, j'ai l'impression
de faire le lien entre ces tendances-là. J'ai fait
récemment une interview fleuve avec un journaliste
qui dit m'avoir redécouvert avec ce nouveau disque,
et avoir réécouté d'une autre oreille
les précédents, notamment "Remué".
Et il me disait aussi pour s'expliquer : "tes
disques demandent une concentration inouïe".
Moi, je ne perçois pas les choses comme ça.
Je ne pense pas qu'il faille s'accrocher, je crois
plutôt au fait
de se laisser porter par la chanson, par la pop. C'est
sans doute plus difficile pour moi que pour l'auditeur
de faire
la part des choses entre ce qui est du domaine de la chanson
et ce qui est du domaine de l'expérimentation.
Je n'arrive pas trop à me déterminer
par rapport
à cela. Je pense d'ailleurs, d'après mon
expérience
d'auditeur, que ce n'est pas grave de rater la compréhension
du texte, c'est ce qui m'arrive tout le temps. Le dernier
en date que j'ai vraiment aimé, avant le dernier
Armand Méliès, à savoir le JP. Nataf
("Plus de sucre"), j'ai dû mettre six,
sept fois avant d'écouter vraiment ce qui se
racontait dessus. Je n'essayais pas vraiment de comprendre
et me laissais
plutôt porter par le flot musical. Peut-être
est-ce parce que les gens ont l'impression qu'il se raconte
quelque chose dans mes chansons qu'ils prêtent tant
l'oreille. Mais je pense que si c'était mieux fait,
ils se poseraient moins la question de savoir ce qui
se
raconte. J'essaye d'être dans un rapport fluide avec
les mots. Mais ça accroche l'auditeur qui parle
français.
Parce que, par ailleurs, en Espagne ou en Allemagne, ils
ne me parlent que de musique. Et ça me rassure.
Parce que cela veut dire qu'en terme de musicalité,
ça passe. Les gens se sentent une obligation
d'écouter
ce qui se dit, ça me dépasse. (Avec humour)
C'est sans doute que je dois être particulièrement
convaincant dans ce que je raconte.
Tu
pars en tournée prochainement. Comment as-tu conçu
la transposition sur scène ?
Bah,
on prend les mêmes et on recommence. On devrait être
cinq. J'ai sacrifié la section rythmique. Vincent
Guérin et Sacha Toorop ne feront pas partie de
la tournée. Pour une bonne raison, c'est que
je vais continuer de travailler avec les instruments à vent.
J'avais aussi envie d'un duo de guitares pour refaire
de
la scène avec Olivier Mellano. Et puis des claviers
pour enrichir les harmonies. Je voulais un truc essentiellement
harmonique où les rythmiques soient induites par
un accord de guitares, par un riff, et pas par un appui
de batterie. Je voulais que la rythmique soit implicite
au morceau et non surlignée. C'est toujours un
peu expérimental, mais j'aimerais qu'on le soit
tout de même un peu moins que sur la tournée
précédente,
que ce soit plus ramassé, plus sec et plus simple.
Tu
joues ce soir en Black Session avec Yann Tiersen.
La précédente
date de 1998. De l'eau a coulé sous les ponts, non
?
Ben,
à deux chansons près, on va pourtant jouer
les mêmes choses : "Les bras de mer", "Monochrome",
"Bagatelle" et "Le jour de l'ouverture".
C'est plus une question de plaisir par rapport à
Yann, au studio qui est bien, à Lenoir. C'est pas
du tout stressant.
Quel
regard as-tu sur le parcours des gens qui ont commencé
en même temps que toi, Tiersen ou Philippe Katerine
? Au sujet de ce dernier, c'est assez ironique de le voir
nominé pour l'album révélation aux
Victoires de la Musique...
C'était
le même topo avec Daniel Darc l'an dernier. Mieux
vaut tard que jamais. Le contexte importe peu. Ce qui
est
plus important pour quelqu'un comme Philippe, c'est d'être
identifié, reconnu. C'est à la fois complètement
dérisoire et en même temps significatif,
car si tu n'es jamais nominé non plus, les gens
peuvent se sentir légitimés à penser
que ton truc est voué à stagner. C'est
vicieux. Du coup, je crois aujourd'hui qu'il vaut mieux être
reconnu par ce biais-là. C'est moins l'idée
de la médaille en chocolat qui me plaît
que le fait que quelqu'un qui a sorti déjà sept
disques soit reconnu pour son travail. J'ai d'ailleurs
adoré
"Robots après tout". Comme tout le monde,
j'ai été assez surpris à la première
écoute, mais je l'ai beaucoup écouté.
J'adore la transposition qu'il en a fait sur scène.
C'est vraiment un show-man et les types derrière
lui font un sacré bon boulot. Je préfère
d'ailleurs les versions pour la scène, à part
"Le Louxor" qui est vraiment un morceau électro
et perd un peu dans la transposition.
[suite]
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