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DOMINIQUE
A
[page précente]

Toi
et lui, vous êtes un peu considérés
comme les grands frères de ce qu'on appelle à
tort ou à raison la nouvelle scène française.
Qu'est-ce que ça te fait d'être placé
dans ce rôle ?
C'est
que de la chronologie, je crois. Lorsque nous sommes arrivés,
notre musique sonnait comme quelque chose d'extraterrestre.
Même si elle s'apparentait en fait à beaucoup
d'autres choses, nous sommes arrivés comme dans
un no man's land et notre boulot a consisté à
tailler les ronces. On s'est un peu piqué pour les
autres. C'est un rôle qu'on m'a attribué après
coup, mais que je revendique volontiers, tailleur de
ronces.
Mais ce rôle est à double tranchant. On m'a attribué
un supposé retour au texte, alors que mon approche
était surtout musicale. Parce qu'en plus, la voix
était sous-mixée, donc je pensais qu'on n'allait
pas faire attention à ce que je disais. Mais on
a finalement été attentif aux chansons.
On m'a renvoyé une étiquette "chanson française",
alors que ce que j'aime, c'est la musique chantée.
C'était très... décevant. Cette étiquette
ne m'a pas posé problème très
longtemps, mais je trouvais absurde d'être classé
dans la catégorie "chanson à texte",
d'abord
parce que c'est redondant, et ensuite parce que cela
veut dire
surtout "chanson sans musique". C'est ce qui
me gêne parfois dans les choses qui apparaissent
aujourd'hui, la recherche musicale s'est un peu essoufflée.
Sauf avec des gens comme Belin ou Marcel Kanche, qui ont
ce goût
de la recherche musicale dans la chanson française.
Mais ce ne sont pas les gens les plus mis en avant en
France.
Un
mot sur tes collaborations récentes, avec Jane Birkin,
Jeanne Balibar, Jean Guidoni ?
Ce ne sont pas vraiment des collaborations, à
part avec Jeanne puisque je suis allé jouer en studio
pour elle. J'ai écrit des chansons pour des gens
pour lesquels j'ai au minimum du respect. C'était
plutôt une demande de leur part, sauf dans le
cas Jeanne pour qui j'ai eu envie d'écrire une
chanson après l'avoir écouté en
concert. Pour Jane Birkin, c'est une histoire qui traîne
depuis trois ans et qui a fini par se concrétiser
après
une rencontre. Pour Jean Guidoni, ça s'est fait
via la personne qui s'occupe de la production de son disque,
et j'aimais bien son dernier album. Je pense être
dans une certaine continuité par rapport à
ce genre de personnage, donc ça m'était facile
d'imaginer quelque chose avant même de le rencontrer.
Cela me plaît bien d'écrire pour d'autres.
Mais cela me demande du temps pour bien connaître
la personne avant de projeter sur elle de quoi écrire
une chanson. Surtout, je ne sais faire que des chansons,
et pas seulement des textes. Les textes ne se suffisent
pas à eux-mêmes. Après, ceux pour
qui j'ai proposé des chansons en font ce qu'ils
veulent. C'est leur propriété. La version
de la chanson que j'ai écrite pour Jane ("Où est
la ville" sur "Fictions", ndlr), que
je trouve vraiment pas mal, n'a rien à avoir
avec la proposition originale.
Propos recueillis par David Larre.
Photos par Gabriel.
Merci à Laurent.
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