Don Nino - Interview

16/11/2007, par Luc Taramini | Interviews |
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DON NINO

Quand on vient du rock ou de la pop comme toi, comment aborde-t-on la musique brésilienne qui possède une écriture harmonique et rythmique complexe ?
Comme je suis autodidacte, je reproduis les morceaux à l'oreille. C'est comme ça que j'ai retranscrit le morceau de Caetano Veloso. Et puis sinon, mes parents passant beaucoup de bons disques de musique du monde ou brésilienne à la maison, c'est une musique assez évidente pour moi. Par contre, la difficulté était au niveau de la langue. Il fallait arriver à faire sonner le portugais que je ne parle pas, essayer de bien comprendre le texte, le prononcer... C'était un exercice nouveau pour moi.

Don Nino

J'imagine que le choix des invités n'est pas dû au hasard sur ce disque, qu'est-ce que tu attendais d'eux ?
J'avais envie que Shane (Aspegren de The Berg Sans Nipple, ndlr) soit sur le disque pour deux raisons. La première c'est qu'il a enregistré avec Songs Ohia un album qui s'appelle "Ghost Tropic" sur lequel il est arrivé sans connaître les chansons et dont le résultat est fabuleux. Et la deuxième raison, c'est qu'il a été mon batteur sur la tournée "Real Seasons Make Reasons" sans qu'on n'ait jamais rien enregistré ensemble. Il a fait ses parties de batterie en quatre jours sans préparation. Helena Noguerra chante avec moi sur le titre de Caetano "Nenhuma Dor". J'avais envie d'une voix de femme qui maîtrise la langue et puis à l'origine, comme c'est une femme qui chante le texte, je trouvais ça beau d'inverser la vapeur et que la voix d'Helena vienne en écho à la mienne.

Le choix du titre "Mentors Menteurs" ?
C'est un gimmick et puis c'était amusant de jouer sur le côté linguistique. Ça sonne un peu Gainsbourg.

Ça aurait pu s'appeler "Don Nino Covers"...
Ouais, d'ailleurs j'ai vu que Chan Marshall sortait un nouvel album de reprises. Elle est très forte pour cet exercice parce qu'à chaque fois, c'est quasiment des nouvelles chansons...

Justement est-ce qu'on peut dire que ce disque c'est du Don Nino pur jus même si le matériau de base ne lui appartient pas ?
Oui, au moment d'enregistrer, il y avait quelques titres que j'avais l'impression d'avoir écrit moi-même. Mais ce projet, c'est avant tout quelque chose de très sincère. La difficulté était là. Arriver à le sortir sans être taxé d'opportuniste, parce que c'est très en vogue les reprises, le name-dropping, finalement cette envie d'intéresser les gens par d'autres voies que la tienne. Heureusement, les réactions ont été beaucoup plus simples que ce que j'attendais. Les gens ont compris que ce n'était pas de l'esbroufe. Du coup, ça m'a permis de l'assumer comme un vrai troisième album et pas seulement comme un objet collector.

Qu'est-ce qui t'intéresse particulièrement dans la composition : est-ce plutôt le travail sur le son, sur l'écriture ou sur le chant ?
C'est plutôt le côté musicologue des choses. Comme je ne me considère pas comme un chanteur, je rentre dans les morceaux par leur construction harmonique, les timbres, etc, tout en essayant de véhiculer une émotion par ce biais-là. L'intérêt de mon travail n'est pas basé sur ma voix, contrairementà des gens dont, curieusement, je ne me sens pas si éloigné, comme Devandra Banhart sur son premier album, José Gonzalez ou encore Dominique A. D'ailleurs, Dominique a un peu cette approche musicologique aussi.

Cette approche très réfléchie n'entrave-t-elle pas le plaisir de la scène ?
Non, parce que je viens vraiment de la scène et que je m'y régale. C'est encore plus vrai avec cet album parce que généralement la reprise, c'est un peu la cerise sur le gâteau alors que là le set est bâti autour. Après avoir pas mal cogité sur ce disque, je peux enfin renouer avec les guitares.


Propos recueillis par Luc Taramini
Photos de Julien Bourgeois [site]
Merci à Lena

 

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