El Perro del Mar au Södra Teatern

03/06/2008, par Catherine Guesde | Edito |
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El Perro del Mar en concert dans son pays natal. Voilà un événement que l'on aurait honte de laisser passer, d'autant que la blonde mélancolique vient de sortir un magnifique album, aussi dense que fascinant. On entre donc plein d'espoir dans ce théâtre du sud de Stockholm reconverti en salle de concerts. Ça commence dans un cadre très unplugged. Juste avant, Lykke Li étant absente, un guitariste solitaire est venu présenter sur scène ses variations mélancoliques, qui défilaient comme autant de contemplations. Après s'être laissés porter par ces mélodies qui, à défaut d'être originales, auront au moins été assez envoûtantes, on voit arriver Sarah Assbring, seule, guitare à la main. Encens, bougies, ambiance intimiste : autant d' éléments qui évoquent vaguement le cadre de l'"Unplugged in New York" de Nirvana (ou du moins, ce qu'on en connaît). D'autant que Sarah joue sur sa guitare acoustique, adoptant le ton de la rockeuse introvertie. Seulement, l'ambiance est tellement unplugged que l'on a oublié de brancher la guitare. Ce n'est pas grave, on est en Suède où les gens sont polis et patients. Sarah peut donc continuer à interpréter les quelques grands morceaux de son premier album. "Dog", "Party" se succèdent, sans fioriture aucune ; il y a simplement Sarah et sa guitare, qui donnent à ces morceaux un ton plus artisanal, peut-être plus terne aussi ; la monotonie de la mélodie et des paroles, qui passe inaperçue à l'écoute de l'album, devient ici saillante. On est donc heureux de voir arriver sur scène la troupe de musiciens qui l'accompagnent sur son dernier album, "From the Valley to the Stars". C'est une véritable foule qui débarque sur scène : flûtes, hautbois, claviers, basses et percussions viennent donner un relief appréciable à ces nouveaux morceaux. Avec une trame de fond souvent assez sombre (la phrase répétée tout au long de "How Did We Forget" est assez emblématique de ce point de vue : "It's easy babe to make it bad"...), les morceaux oscillent entre le blues doux-amer que l'on connaissait à El Perro del Mar, et une dimension plus orchestrale, quasi religieuse par moments. Malgré l'incontestable qualité musicale de ce concert, on a peine à faire abstraction de la légère tension qui n'a pas quitté la scène depuis le début. Endossant quantité de rôles dont l'artifice apparaît trop clairement - de la gourou hippie annonçant la bonne nouvelle, sur "Glory to the World" à la rockeuse décidée, en passant par la sensualité d'une Patti Smith - Sarah semble bien moins insouciante que ses musiciens, qui eux flottent à quelques années lumières de là. Quelques moments de grâce cependant, quand Sarah, dans le rôle de la diva solitaire, parvient à incarner ce dont ses chansons sont porteuses ; ou encore quand, prenant son air de midinette, elle se laisse prendre par le caractère enjoué de ses morceaux (sur "You Can't Steal a Gift", notamment). Pour le reste, on aura décidément fait l'expérience d'un réel décalage : les oreilles satisfaites, les yeux déçus, on se dira que la chaîne hi-fi, parfois, ça n'a pas que du mauvais. site de El Perro del Mar

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