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ELVIS PERKINS

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Dans les critiques du disque, on te compare à Bob Dylan, à Rufus Wainwright, voire à son père Loudon Wainwright III. Tu trouves ces rapprochements pertinents ?
J'ai beaucoup écouté Dylan, et j'apprécie ce que j'ai entendu de Rufus Wainwright. Quant à Loudon, des gens étaient persuadés que c'était l'une des mes principales influences, alors que je connais très peu son œuvre. Comme quoi, chacun met les noms qu'il veut derrière la musique d'un artiste. En tout cas, je ne suis pas sûr qu'ils aient été plus importants pour moi que Michael Jackson, Ravi Shankar, Nina Simone, Paul Simon, les Beatles, Van Morrison, Tom Jobim… ou Guns'n'Roses.

Elvis Perkins

D'où viennent les images religieuses qui émaillent tes textes ?
J'étais exposé à ce genre de choses quand j'étais enfant, mais il ne faut pas vraiment y voir une signification religieuse. C'est plutôt leur côté poétique, magique qui m'intéresse. Pour moi, la religion a tendance à devenir dangereuse quand elle est autre chose que de la bonne poésie… Des expressions comme "Ash Wednesday" (mercredi des Cendres) m'ont hanté longtemps et ont fini par donner naissance à des chansons. Je les ai utilisées à mon avantage, en quelque sorte. On peut voir un lien entre "Ash Wednesday" et "Good Friday" (Vendredi Saint), comme le début et la fin d'un cycle : d'un côté, la perte, l'abandon, et de l'autre un sentiment positif, la résolution de certaines choses.

Dans "Emile's Vietnam in the Sky", il y a des paroles en français où il est notamment question de Cocteau...
En fait, je chante d'abord le texte en anglais, puis je dis la traduction en français. C'est une histoire qui, pour moi, a une signification, mais qui serait assez difficile à expliquer. Elle part de faits réels plutôt banals, prosaïques, et les théâtralise pour en faire quelque chose de magique, avec des chiens, des fantômes… C'est dans cette transfiguration que réside la beauté de la chanson.

Il y a quelques semaines, tu as joué à Paris en première partie de Cold War Kids et Clap Your Hands Say Yeah. Comment le concert s'est-il passé ?
Très bien. C'était la première fois que je jouais ici. Des gens m'ont dit avoir été agréablement surpris par la réaction du public, qui est d'habitude plutôt réservé face à des artistes qu'il ne connaît pas.

Comment s'est faite la signature avec XL, sous-label de Beggars ?
J'ai rencontré l'année dernière des gens de XL au festival South by Southwest, à Austin. Ils ont apprécié ma musique et on s'est bien entendu. J'avais eu des propositions de majors mais j'avais entendu des histoires malheureuses à propos d'artistes qui avaient signé sur des grosses maisons de disques alors qu'à l'évidence, ils n'avaient pas le profil de faiseurs de tubes ou de popstars. Comme ce n'est pas non plus mon profil, j'ai préféré aller chez un indépendant.

Avec la crise de l'industrie du disque, ce n'est pas le meilleur moment pour commencer une carrière.
Je sais que ce n'est pas la meilleure période, mais je n'en ai pas d'autre (rires). Je reste optimiste, je me dis que les gens achètent encore des disques de temps en temps. Dans les mois qui viennent, je vais encore faire des concerts, en espérant pouvoir jouer dans des festivals, puis enregistrer un nouvel album à la fin de l'année ou au début de la prochaine… et essayer d'en vivre.

Propos recueillis par David Larre et Vincent Arquillière
Photos par Vincent Arquillière
Merci à Beggars.