Elysian Fields - Interview (partie 1)

11/05/2011, par et Matthieu Chauveau | Interviews |
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Elysian Fields – soit la chanteuse Jennifer Charles et le guitariste Oren Bloedow, depuis toujours le noyau central de la formation new-yorkaise – n'est pas le groupe le plus facile du monde à interviewer. Il y a deux ans, sans doute aussi fatigués que leur interlocuteur, ils avaient quelque peu renâclé à nous ouvrir les portes du magnifique "The Afterlife". On venait donc à leur rencontre avec une certaine appréhension, cette fois-ci pour évoquer "Last Night on Earth", un album plus léger et enjoué, mais tout aussi capiteux et envoûtant que les précédents. Le hall d'hôtel était nettement moins impressionnant que celui de la fois d'avant (d'autant qu'en raison de travaux, les murs étaient recouverts de film plastique), et, une fois la glace brisée, Jennifer et Oren allaient finalement se montrer particulièrement diserts. A tel point que cette interview sera publiée en deux parties… Dans la première, que voici, le duo raconte l'enregistrement à la fois glacial et chaleureux de l'album et évoque sa façon très empirique de composer ses chansons.

Elysian Fields 1


Chaque fois que nous vous avons interviewés pour un nouvel album, vous nous avez parlé de tous les projets auxquels vous aviez participé en parallèle de sa réalisation. Qu'avez-vous fait depuis la sortie de votre précédent album, "The Afterlife" ?
Oren Bloedow : Après la sortie du disque, on a d'abord beaucoup tourné. C'était en quelle année, déjà ?

Je pense que c'était il y a deux ans, parce que nous vous avions rencontrés à ce moment-là.
Oren : Donc vous vous souvenez mieux que moi ! (rires) Et nous avons fait d'autres choses, en effet. Vous connaissez ce groupe d'afrobeat, Antibalas ? Ce sont des amis et ils m'ont demandé si je voulais me joindre à eux pour jouer dans une comédie musicale de Broadway basée sur la vie de Fela. J'ai accepté et ça a été un travail régulier pour moi pendant quelque temps. On a donné plusieurs représentations à New York et on doit bientôt aller jouer à Lagos, ce sera comme un pèlerinage sur les terres de l'afrobeat. L'un des personnes que je connais le mieux dans Antibalas, c'est leur batteur principal, Chris Vatalaro. Chris joue sur notre nouvel album et nous a accompagnés hier soir sur scène à Amiens. Il vit à Londres maintenant, il tourne avec Mark Ronson & The Business Intl. C'est comme ça qu'il gagne sa vie dorénavant, donc il ne joue plus tellement d'afrobeat… D'ailleurs, vous n'allez pas tellement en entendre sur notre album, et pourtant j'ai baigné là-dedans dernièrement. Ces dernières semaines, je me suis aussi préparé pour un projet en compagnie d'Antony (d'Antony and the Johnsons) et de Matmos, entre autres. On doit jouer au Manchester Art Festival. Encore un travail pour lequel j'ai été invité et qui s'inscrit dans un cadre théâtral. Jennifer, elle, s'est produite dans une magnifique comédie musicale sur Emily Dickinson. Elle et quelques autres artistes ont créé des chansons incroyables basées sur ses écrits. Jennifer est devenue une grande experte de sa poésie ces dernières années. Mais c'était peut-être avant 2009, j'ai un peu de mal à me souvenir des années…
Jennifer Charles : Moi aussi !

Le nouvel album me semble plus léger et plus lumineux que le précédent, voire joueur par moments. Même si je n'ai jamais trouvé votre musique vraiment sombre, ce qui est un peu un cliché.
Oren : Merci !

En tout cas, en écoutant l'album, on sent que vous avez dû prendre du plaisir à l'enregistrer.
Oren : Je pense que le sentiment de tristesse est moins présent dans ces nouvelles chansons que dans d'autres qu'on a écrites. Il y a davantage de moments joyeux, de légèreté, en effet. Ça "rocke", en fait ! Je pense que c'était déjà le cas dans nos disques précédent, mais celui-ci "rocke" plus et plus fort, notamment dans le chant de Jennifer. Peut-être aussi que j'ai poussé un peu plus le volume de la guitare. Je ne pense pas que ça ait fait très plaisir aux voisins, mais j'ai essayé de ne pas trop les torturer !

Tout a été enregistré dans votre home-studio à Brooklyn ?

L'essentiel, oui : les guitares, la basse… J'enregistrais souvent les parties de basse la nuit, en rentrant de concert. Et Jennifer a fait toutes les voix dans une pièce où il faisait un froid glacial. Pas de chauffage, pas d'eau chaude. Je lui préparais des tasses de thé. C'était un hiver si froid ! Elle sirotait son thé avec le radiateur électrique à ses pieds, et on se disait : "OK, on enregistre les voix maintenant." On était alors obligés d'éteindre le chauffage parce qu'il ronflait : "grrrrrrrrr". On essayait donc de se dépêcher. Jennifer est assez frileuse, et j'admire le fait qu'elle ait réussi à enregistrer tout un album dans une pièce aussi froide. Comment as-tu fait ? Comment as-tu survécu ?
Jennifer : J'avais beaucoup d'écharpes. Et un chapeau sur mes écouteurs. (sourire)
Oren : Tu ne t'es jamais plainte du froid. Tu devais vraiment être totalement immergée dans la musique.
Jennifer : J'adore enregistrer !

Pourquoi enregistrer chez vous ? Pour avoir une liberté absolue ? Pour une question de coûts, parce que c'est moins cher qu'un studio professionnel ?
Oren : En réalité, ce n'est pas toujours moins cher. J'ai un micro voix Neumann qui date du début des années 70 et tout l'équipement qui va avec, l'ensemble est assez onéreux. Mais il est parfait pour enregistrer la voix de Jennifer. On aurait pu aller dans un studio professionnel mais on aurait difficilement eu du meilleur matériel. Le seul souci, en fait, c'était l'acoustique. J'habite à côté d'une caserne de pompiers et on a souvent dû s'arrêter au milieu d'une superbe prise de voix parce qu'il y avait beaucoup trop de sirènes. Sur trois ou quatre prises, on a même été obligé de les garder. Si vous écoutez très attentivement l'album, vous en entendrez quelques-unes.
Jennifer : La pièce n'était pas conçue pour enregistrer. Dès qu'une chaise bougeait un peu ou qu'on faisait un pas, le sol craquait. Mais c'était amusant d'enregistrer dans ces conditions parce que c'était très immédiat. C'est un mode de fonctionnement qu'on aime bien, ce do-it-yourself où personne ne nous dit ce que nous devons faire ou ne pas faire.
Oren : Et on a dû tirer du câble pour mettre l'ordinateur et les machines dans une autre pièce, parce qu'autrement on entendait le bruit…

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