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ELYSIAN FIELDS - Queen of the Meadow
(Jetset Records / Wagram)

ELYSIAN FIELDS - Queen of the MeadowLe premier mot qui vient sous la plume quand on évoque la musique d’Elysian Fields est celui de “séduction”. Pas cette drague vulgaire qui est le lot commun de bien des groupes, mais plutôt un envoûtement façon sirènes d’Ulysse. La voix de la tourneboulante Jennifer Charles, toute en susurrements, râles, feulements, appelle inévitablement ce type de rapprochements.
S’ils n’ont jamais été loin du cœur de leurs fans enamourés, les Elysian Fields sont restés longtemps loin de leurs yeux - et de leurs oreilles. Après le ep “Star” et l’album “Bleed your ceddar” (96-97), qui les intronisaient dans le cercle très fermé des Américains qui comptent (tout près de Spain ou de Mazzy Star, voire de Madder Rose), il fallut se contenter de miettes: une reprise évanescente des “Amours perdues” sur l’hommage collectif “Great Jewish Music : Serge Gainsbourg” (un projet du “godfather” John Zorn sur son label Tzadik) et des apparitions sur les disques des autres, notamment le “Mustango” de Murat. Après un deuxième album enterré par son ancienne maison de disques (il se murmurait à l’époque que, par l’entremise de l’Auvergnat de Tucson, il pourrait sortir sur Virgin, mais on n’espère plus trop), les New-Yorkais reviennent enfin par l’entrée des artistes, avec ce “Queen of the meadow” royal. “Queen of the meadow”, littéralement “reine des prés”, curieux titre puisque la fleur du même nom s’appelle en anglais “meadow-sweet”. Doux, ce disque l’est en tout cas, qui caresse l’oreille comme du velours. Doux mais pas mou : après deux morceaux lents qui reprennent les choses là où “Bleed your ceddar” les avait laissées, le groupe étonne avec l’aguichant “Bend your mind”, à la rythmique et à l’orgue presque B 52’s. Le disque oscille ainsi entre ballades bluesy d’une élégance rare et chansons plus directes et à l’atmosphère moins sombre, quoique exemptes de tout racolage. Pas très éloignées de celles de Shivaree, d’ailleurs. Les mélodies, simples, partent souvent dans des directions inattendues et les arrangements, par leur subtilité, évoquent plus la sphère du jazz que celle de la pop. Quant à Jennifer Charles, elle est au sommet de son art. La superbe chanson-titre, qui clôt l’album, confirme également les talents vocaux du guitariste Oren Bloedow, déjà entrevus sur ses recommandables albums solo jazz-funk. Ne reste plus qu’à attendre que la reconnaissance, sinon la gloire, vienne enfin frapper à leur porte, et que ce groupe divin, capable de concerts aussi renversants que ses disques, foule enfin les Champs Elysées.

Vincent

Black Acres
Bayonne
Bend Your Mind
Tides Of The Moon
Hearts Are Open Graves
Rope Of Weeds
Dream Within A Dream
Barely Recognize You
Fright Night
Queen of The Meadow
Cities Will Fall