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ENCRE
- Flux
(Clapping
Music / Chronowax)
[site]
Après
un premier
disque qui m'avait plu, tout en m'ayant laissé sur ma
faim, je suis désormais parfaitement rassuré sur l'indéniable
talent de Yann Encre qui, sur ce second album, fait preuve
d'une grande maturité musicale. Aucun des morceaux n'est
mélodiquement facile, et pourtant il découle de chacun d'eux
une évidence aussi paradoxale qu'impressionnante, ce que
le titre introductif "Flux" démontre sans ambiguïté.
D'une certaine manière, Encre a gagné en noblesse d'écriture.
La brutalité du premier album est toujours intacte mais
a pris des formes plus rondes pour mieux se faire accepter
par les oreilles récalcitrantes. Au milieu de la soirée
d'ambassadeur à laquelle nous a invités Yann Encre, ce dernier
sert des petits fours dans un costume trois pièces sans
que les invités ne se rendent compte que c'est un mort-vivant
qui leur propose ces douceurs empoisonnées.
Lorsqu'il y a de la lumière chez Encre, elle est d'un blanc
clinique aveuglant ; lorsqu'il n'y en a pas, l'obscurité
est totale et visqueuse comme du mazout. De temps à autre,
du gris apparaît, mais c'est alors pour mieux mettre en
avant la tristesse, comme sur le funèbre "Us". Quand Yann
chante, comme c'est le cas sur "Galant(es?)", c'est d'un
murmure monocorde et glaçant, semblable à une conversation
nocturne au creux de draps souillés de sperme. Âmes sensibles
s'abstenir : les paroles sont crues. A cette dureté succède
le magnifique et minimaliste "Sèves" où seul un piano digne
de Sylvain Chauveau se meurt et se transforme doucement
en une longue et angoissante promenade en barque sur un
lac recouvert d'une brume hivernale à l'humidité pénétrante.
Sur ce second opus les rythmiques obsédantes sont
toujours bien présentes, mais sont cette fois-ci plus souvent
accompagnées d'instruments classiques qu'auparavant, ce
qui lui vaudra probablement une comparaison avec Rachel's,
notamment sur l'ultime "Plexus" où les cordes frottées sont
omniprésentes. Mais il parvient surtout à mélanger de façon
singulière et réussie des sonorités classiques (violoncelle,
piano, flûte, etc.) à d'autres plus "modernes" (guitare,
batterie, électronique) pour produire une musique engagée,
aux frontières d'un jazz clair, et générer une atmosphère
sombre et tourmentée.
Fred
Flux
Marbres
Hassan
Us
Galant(es?)
Sèves
Missive Bis
Plexus
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