Erevan Tusk - Interview

19/12/2012, par | Interviews |
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C'était en avril, et Erevan Tusk était de passage à Bordeaux. Charmant et bavard, le groupe est revenu sur son premier album, "Fortify Your Innocence". Ces jeunes gens ont longuement arpenté la France pour distiller cette belle pop qui est la leur. Rencontre !

On a attendu longtemps ce premier album : le premier EP était arrivé dans mes mains en fin 2010...
C'était le blanc qui avait pas de nom ?

Oui. C'était un galop d'essai ?
C'était exactement ça : c'était pour faire de la promo et pouvoir démarcher les salles. Il n'était pas destiné à être vendu, mais on a fait un deal avec les Boutiques Sonores (avant que ça soit donc les Balades Sonores, ndr) et ils l'ont vendu. Et ils le vendent encore !

C'est peut-être super collector !
Oui, on l'a même trouvé sur eBay, "super collector, cd du groupe Erevan Tusk", en vente à 8 euros.

J'aurais dû acheter un gros stock en fait !
Voilà (rires).

Du coup, il a fallu attendre un an et quelques pour un premier vrai EP ("Sheen"). J'imagine que vous avez été bien occupés pendant ce laps de temps, non ?
Oui, en effet, on a déjà chacun d'autres projets. Mais il y a surtout le démarchage, pour trouver les personnes avec lesquelles on avait envie de travailler et qui avaient une envie réciproque. On est passés d'autoproduit à produit, puis tout s'est enchaîné. C'est quand même quelque chose qui prend du temps mine de rien.

Erevan Tusk 10

Finalement, ça semble moins long vu comme ça...
Oui, carrément, si l'on compare avec nos autres projets, ça a bien avancé. Evidemment, du côté des auditeurs, ils ont toujours l'impression que ça traîne un peu, mais crois-moi, on a bien carburé.

Vous êtes restés dans la même "famille" avec qui vous aviez déjà travaillé ? Comme les Balades Sonores, tout ça... ?
De commun à nos débuts et notre album, il y a Antoine Gaillet, qui avait déjà mixé le  premier disque de promo, mais sinon, ce ne sont que des nouvelles personnes avec lesquelles on a travaillé.

Et les chansons, elles ont été écrites dans un court laps de temps ?
Je dirais que ça a été en parallèle de la recherche de label et cie, ça s'est fait en deux sessions de huit morceaux, à intervalle de trois mois, première session en avril, l'autre en juillet (2011), après on a eu le luxe de pouvoir peaufiner ça en septembre.

Est-ce que la deuxième session a eu une influence sur ce que vous aviez fait avant ?
C'est le travail de "re-re" : c'est reprendre des voix, réenregistrer des instrus, on a pas mal retravaillé ce qu'on avait enregistré la première fois. Mais c'est vraiment les parties vocales dont on n'était pas pleinement satisfaits et que l'on a donc reprises.

Vous êtes des perfectionnistes ?
Oui un peu, j'ai l'impression. Mais c'est aussi parce qu'on a eu cette opportunité, ce luxe même de pouvoir peaufiner les morceaux, on en a profité. Ce serait bête de s'en priver.

Vous êtes plus à l'aise dans des schémas courts de création, des schémas longs ?
Il y a des titres qui vont très vite à écrire et à enregistrer, et d'autres qui ont été très travaillés en studio. Souvent, on avait une trame avant de venir en studio, une idée mais il restait du travail derrière. Typiquement, un morceau comme "Truth or Dare" était incertain avant qu'on l'enregistre en studio et que l'on se rende compte que ça marche.

Donc deux sessions de 8 titres, il y en a 12 à la fin... Le choix s'est fait comment ?
Il y en a deux qui nous ont semblé moins bons, donc ils ont rapidement disparu. On voulait partir sur un 14 titres, mais ça faisait long. On a dû en sortir encore deux, qui ne sont pas condamnés, peut-être qu'ils finiront sur un EP. Il y avait un problème de tracklist aussi.

Et les quatre premiers, envoyés en "éclaireurs" sur Sheen (l'EP fin 2011) : le but, c'était de marquer les esprits avec des titres forts ?
Complètement. C'était de faire des morceaux dynamiques, un peu comme en live quand tu joues les morceaux les plus dynamiques.

Erevan Tusk 17

Le titre, "Fortify Your Innocence", colle bien au disque je trouve. Il sonne mûr et solide, tout en restant très pop...
Merci, c'est plaisant d'entendre ça. Le titre vient d'une des chansons, et on voulait quelque chose de symbolique, qui raconte quelque chose. On avait plein de propositions, mais c'est le seul titre qui nous a tous plu.

Il y a pas mal de trucs très bien en pop maintenant en France : je pense à Botibol, Arch Woodmann, tout ça.
Oui, on est d'accord. On a mis du temps à tout intégrer, c'est aussi générationnel. On a tous écouté des trucs en anglais, et on a réussi à limiter le tabou sur l'anglais, et l'accent qui va en s'améliorant. Garciaphone, c'est du haut niveau ! On pense qu'il va y avoir une belle scène très bientôt.

C'est aussi beaucoup plus assumé. On ne fait plus uniquement de la pop-folk un peu mielleuse.
Oui, il y a du risque, du culot. Je pense que d'un point de vue artistique, esthétique, pas mal de groupes français n'ont rien à envier à des groupes anglais, américains ou canadiens. Sans parler de Phoenix, dont la trajectoire est énorme. Quand tu vois qu'ils ont bossé une semaine sur leur set à Letterman : ils avaient 8 millions de personnes pour les voir.

C'est aussi autre chose que passer sur une micro-scène en France pendant que les mecs bouffent.
Oui, carrément. En plus, il y a toujours un super son, c'est super pro, et ça m'arrive de passer des après-midis entiers à enchaîner les live sur Youtube.

Erevan Tusk 19

Peut-être que ce qu'il manque aux groupes français, c'est une meilleure exposition médiatique, non ?
On est tous énormément tournés vers les Etats-Unis, l'Angleterre. Et notre génération ne voit pas forcément la France comme un eldorado. On regarde Berlin, Londres, etc... L'ailleurs, c'est mieux.

Du coup, l'étranger, vous avez eu des touches ?
Oui, un peu en Allemagne, Belgique, la Suisse, mais ça reste léger. On aimerait bien toucher la Scandinavie, qui est un marché qui sort des groupes mortels, mais surtout c'est la densité qui est impressionnante. Ils font de l'indé, mais aussi des tubes, par exemple la Suède est très forte pour ça.

Ils sont partout les Suédois !
Oui, même nous on en a un ! (Jim est né en Suède)

Bon, petit quizz... voici les réponses collectives :
Premier disque assumé : on a donc "Nevermind", un Michael Jackson, une compile d'Hendrix, un disque de Miles Davis
Honteux : "Top hits" quelque chose, Ace of Base ("Happy Nation"), Warren G, MC Solaar...
Hors catégorie : la fête au village.
Meilleur souvenir de concert : Radiohead en tournée pour "In Rainbows" à Bercy, Wayne Shorter Quartet, The Hives à la Garden Nef Party, Grizzly Bear à la fondation Cartier, Pearl Jam en 2009 (pire souvenir à Oskilde en 2000, avec 12 morts); Mars Volta à l'Elysée Montmartre (c'était "colère").

Merci à Kolia / Photos : Chloro Phil au concert de Arles

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