Et bon courage pour la reprise !

31/12/2016, par | Bilans annuels |
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Cette année, pas mal d’artistes se sont prêtés au jeu de la cover, chacun à sa manière, classique ou plus iconoclaste. Petit passage en revue, qui ne prétend évidemment pas à l’exhaustivité.

L’un des meilleurs disques de reprises qu’on a entendus en 2016 ne sortira que le 13 janvier 2017 – et on y reviendra vite. Signé par la jeune Britannique Flo Morrissey (auteur l’an dernier d’un premier album folk très réussi) et de l’Américain Matthew E. White (aussi réputé pour ses propres disques que pour ses talents de producteur dans une veine soul moderne), il mélange sans complexes des morceaux récents de Frank Ocean ou James Blake, des classiques qu’on aurait pu croire intouchables (Velvet, Leonard Cohen…), le “Grease” des sous-estimés Bee Gees, et même un titre en anglais de Nino Ferrer. Enregistrer sa propre version de la chanson d'un autre, c’est, au-delà de l’hommage rendu à ses pairs ou à des artistes qui ont compté, avant tout se faire plaisir, sans la pression qu’il peut y avoir à présenter ses propres créations. Bien sûr, l’exercice n’a d’intérêt que si l’on apporte quelque chose de plus à l’original.

C’est assurément le cas de Karl Blau (photo), un Américain qui a publié depuis vingt ans un nombre impressionnant d’albums, singles ou morceaux éparpillés sur le Net. Pour se présenter au public français, pour lequel il était jusqu'ici un quasi-inconnu, il aurait pu sortir une compilation de ses propres compositions, mais a préféré enregistrer des classiques (“That’s How I Got to Memphis”, “To Love Somedbody”, “No Regrets”…) avec un joli casting (Tucker Martine, Laura Veirs, Jim Jones…). Arborant volontiers Steson et costume façon “Nudie” à la Gram Parsons, le “rhinestone cowboy” Blau semble avoir la même lecture transversale et sans œillères de l'histoire de la musique populaire que Flo Morrissey et Matthew E. White. Qu’un musicien venu du milieu indépendant, signé chez K Records, fasse revivre la country-soul la plus lustrée des seventies à grand renfort de pedal steel, de cordes panoramiques et de chœurs féminins dit bien qu’il n’existe plus aujourd’hui de bons et de mauvais genres. Juste des bons et des mauvais disques, “Introducing Karl Blau” étant évidemment à ranger dans la première catégorie.

Peut-on encore parler de reprises dans le cas de Murcof et de Vanessa Wagner ? Plutôt de re-créations de compositions invitant à la réappropriation. Le duo, elle au piano, lui à l’électro, réécrivent l’histoire du minimalisme, d’Erik Satie à Aphex Twin (seul compositeur du lot à ne pas être légitimé par le monde de la musique “sérieuse”) en passant par John Cage, Morton Feldman, Philip Glass, John Adams, György Ligeti… Ils en respectent l’esprit plutôt que la lettre, et signent l’un des plus beaux “crossovers” de l’année, faisant se rapprocher deux mondes qui se parlent encore peu et abolissant le prétendu fossé entre musiques “faciles” et “difficiles”.

S’ils n’en ont pas enregistré un album entier, d’autres musiciens ont livré cette année quelques belles réussites au rayon cover. Comme “Pour la peau “Pour la peau” de Dominique A chanté dans une troublante inversion des genres par Agnès Gayraud alias La Féline (à écouter ici). On est pas près d'oublier cette version live au cabaret Madame Arthur, avec des travestis aux chœurs… De son côté, Genesis P-Orridge a rendu un hommage étonnamment respectueux à Harry Nilsson (“Jum into the Fire”) et The Creation (“How Does It Feel ?”) sur le dernier disque de Psychic TV, “Alienist”. Après tout, c'était la musique de son adolescence…

La Française Pauline Drand, elle, s’est penchée sur l’œuvre de Karen Dalton. Non pas sur ses chansons proprement dites, car l’Américaine n’a elle-même enregistré que les compositions des autres. Mais elle a laissé des poèmes inédits rendus récemment disponibles à qui voulait les adapter et les chanter. En 2015 était ainsi paru sur le précieux label Tompkins Square le recueil “Remebering Mountains – Unheard Songs by Karen Dalton”, avec Sharon Van Etten, Julia Holter, Lucinda Williams, Marissa Nadler, Isobel Campbell ou Josephine Foster. Il fallait du cran pour passer après des chanteuses aussi confirmées, mais la fine Pauline s’en sort plus que bien sur son bref EP de quatre titres “I See Beauty”, ce qui laisse augurer le meilleur pour son premier vrai album, à venir.

Enfin, le très productif Howe Gelb a livré une sorte de faux album de reprises sous le titre très approprié de “Future Standards”. Un brillant exercice de style où le leader de Giant Sand s’est amusé à écrire des morceaux à la manière des standards de jazz de Cole Porter ou Hoagy Carmichael, avec un petit twist moderne et un sens de l’espace propre à l’Arizona, et à les interpréter en trio jazz (plus la chanteuse Lonna Kelley, une complice de longue date, en duo sur certains titres). Pas très étonnant de la part d'un type capable de transformer ses concerts solo en soirées piano bar… Il en résulte un disque parfaitement atemporel et suprêmement cool, à l’image de son interprète. Après tout, reprises ou originaux, qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse !

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