Evening Hymns - Interview

06/07/2011, par Béatrice Lajous | Interviews |
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Je mène Jonas Bonetta, ravi de porter un chapeau de paille en cette chaude journée de mai, loin des derniers rayons de soleil pour lui poser quelques questions sur la tournée européenne d'Evening Hymns et leur prochain album. Assis sur la scène de la cave encore vide du Chicho, l'homme des bois joue avec vos émotions et semble bel et bien heureux.  

Evening Hymns, Bordeaux en mai 2011

Vous êtes en pleine tournée européenne et la fin approche. Comment est-ce que ces dernières semaines se sont passées en Allemagne et en France ?  

C'est notre avant-dernière date. L'Allemagne, c'était génial. L'année dernière, nous avions passé deux semaines et demie en France. Cette année, nous avons fait l'inverse et nous n'avons donné que quelques dates en France. C'était encore mieux, nous en sommes vraiment contents.  

Je vous ai découvert lors d'un concert en appartement, d'excellentes conditions pour découvrir votre musique. Content d'être de retour sur Bordeaux ?  

C'était très sympa. J'attendais avec impatience une date sur Bordeaux pour revoir les gens que je connaissais et découvrir cette ville que j'apprécie. Nous restons un peu cette fois-ci et nous allons ensuite descendre en Espagne pour profiter de la plage. Nous avons seulement eu un jour off depuis le début de la tournée, que nous avons commencé le 13 mai. A Berlin et à Clermont-Ferrand, nous avons donné deux dates. 

On te surnomme souvent le "bûcheron". Tu puises ton inspiration au cœur de la nature. Être sur la route pour jouer dans différentes villes est une toute autre ambiance. S'agit-il d'un moyen de reprendre de l'énergie, de changer d'air ?  

Ce que je préfère dans le fait de voyager, c'est-à-dire bouger tout le temps, passer des heures dans un van, reste de découvrir des choses que je n'ai jamais vues avant. En Europe, on trouve des paysages, un environnement vraiment différent. La culture également. Et ma façon d'être est constamment confrontée à ce que je peux avoir devant les yeux. Être dans la nature m'enthousiaste, parce que c'est si paisible, plein d'odeurs et en perpétuel changement. Être en ville signifie rencontrer des gens et expérimenter de nouvelles choses. Les deux sont tout aussi intéressants, mais pour des raisons complètement différentes, je pense. Tourner ne me ressource pas forcément, c'est beaucoup de boulot. Je ne dirais pas que c'est difficile, mais des heures de conduite, porter et installer le matériel, donner des interviews et jouer en concert. On se doit de se mettre en avant. Je suis quelqu'un de sociable, donc j'aime ça. Par contre, c'est loin d'être des vacances. En fait, tout cela me donne de l'énergie et me fait avancer. Les personnes, qui viennent nous voir en concert, m'en donnent tout autant.

En dehors du label Kütu Folk Records, tu es aussi sur un label canadien. Est-ce que tu pourrais nous dire plus sur Out of this Spark ?  

J'ai connu Stuart, le fondateur du label, alors qu'il faisait de l'organisation et de la promotion de concerts sur Toronto. Il a monté cette structure avec nos amis, the D'Urbervilles. Ils sont aussi sur le label. Tim, le guitariste qui joue avec nous ce soir, fait partie de ce groupe. On trouve aussi Forest City Lovers. C'est très familial en fait et d'une certaine manière un Kütu Folk canadien. Nous sommes tous amis, jouons ensemble et intégrons les différentes formations pour jouer. 

Pour revenir sur la musique folk canadienne, tu comptes parmi tes références Paul Hayden et Neil Young. Que penses-tu aujourd'hui de l'impact de cette musique en Amérique du Nord, notamment aux Etats-Unis et en Europe ?

Maintenant, la musique folk semble plus importante ici. Le public européen est très différent du public canadien ou américain. Ils viennent aux concerts avec leurs amis pour boire des bières et parlent énormément. Ce n'est pas comme ça à tous les concerts, dans toutes les salles, mais cette mentalité est très répandue. En Europe et au regard de ce nous avons pu vivre, nous n'avons pas jamais vu ça. Les gens sont très calmes, même quand nous assurons la première partie pour des groupes plus rock. Les gens ici viennent pour écouter et vivre une réelle expérience. Je joue des chansons calmes et fonctionnent si le public attentif. Je deviens nerveux quand tout le monde parle et je ne comprends l'intérêt qu'ils se trouvent là.  

Evening Hymns, Bordeaux en mai 2011

Tu as commencé en solo avec "Farewell to Harmony". Comment a évolué ta manière d'écrire et de composer avec "Spirit Guides" ?   

J'ai écrit le premier dans ma chambre. Les deux albums restent très simples. "Spirit Guides" contient beaucoup plus de guitares, d'effets. J'ai écrit les morceaux il y a plus de trois ans. Quand "Spirit Guides" est sorti, j'étais plus âgé et j'ai eu plus de temps pour me pencher sur d'autres choses, de réfléchir sur ce que je faisais. Le nouvel album est une étape supplémentaire. 

En prenant le rôle de conteur, tu relates des épisodes marquants de ta vie, ainsi que les tristes avec une réelle pudeur. Depuis l'enfance, quel rapport entretiens-tu avec les histoires, l'écriture ?  

J'ai grandi à la campagne. Alors que beaucoup passait leur temps  à traîner ou à faire du skate-board, mes frères et moi n'étions pas faits pour ça. Nous allions à la pêche et nous baladions dans notre propriété. J'avais déjà une âme vagabonde. Au lycée, je me suis mis à l'écriture et à la poésie en découvrant des auteurs. J'ai ainsi commencé à créer un espace pour faire vivre la musique, créer une image dans ma tête, la tienne ou celle de l'auditeur.  

Quand est-ce que Sylvie a rejoint le projet. Au début de "Spirit Guides" ?  

J'ai commencé à enregistrer tout seul à Toronto. Sylvie est venue chanter pour une démo de "Dead Deer". On l'a repris pour aller en studio et  donc Sylvie fait partie de l'aventure dès le départ.  

Jouait-elle déjà de la basse ?  

Elle n'avait jamais joué de basse avant. Je voulais vraiment qu'elle chante à mes côtés. Nous avions aussi envie de voyager ensemble. Elle a donc appris au fur et à mesure et joue sur les nouveaux morceaux.  

Quel serait ton meilleur souvenir depuis la sortie de "Spirit Guides" ?   

Nous avons été très chanceux, j'ai joué avec mes groupes favoris, ceux que j'écoutais quand j'ai grandi. C'était génial. Mais je pense que la sortie du disque en France reste le meilleur souvenir. J'ai toujours voulu découvrir l'Europe, à un moment de vie, mais je n'ai jamais pensé venir ici avec un disque ou pour faire une tournée. Si on m'avait posé la question il y a quelques années, je n'y aurai jamais cru. Quand c'est arrivé et la première fois que nous sommes venus, c'était extraordinaire. Nous revenons et tout se passe de mieux en mieux.  

Et qu'en est-il de la configuration de la formation ? As-tu envie de réunir plus de monde sur scène ?   

J'aimerais tourner avec une formation plus importante, mais nous ne pouvons pas nous le permettre pour le moment. Tout se passe bien avec notre configuration actuelle. Nous étions deux, nous sommes aujourd'hui trois, et la prochaine nous serons peut-être quatre. J'aimerais pouvoir rejouer le concert que nous avons donné hier soir, tout était parfait et je ne changerais rien. Nous avons joué devant des centaines de personnes dans un théâtre magnifique, tout le monde était attentif, sans oublier la manière dont nous avons été reçus. J'ai eu le sentiment que je pourrais faire ça chaque jour de ma vie. J'ai pu échanger avec le public, c'était aussi intime que ce concert en appartement. Je ne pense pas reproduire cet instant devant des milliers de personnes. Même si nous pourrions être cinq ou six, avec un batteur, un trompettiste ou un autre guitariste et jouer "Dead Deer" vraiment fort, notre formation nous permet aujourd'hui de créer quelque chose de vraiment spécial, de personnel. Ils peuvent comprendre réellement ce que nous sommes, d'où nous venons. Par contre pour un festival en plein air, j'aimerais jouer au coucher de soleil et non en plein de milieu d'après-midi. C'est important de créer une véritable atmosphère, susciter des émotions. Les gens doivent être connectés avec nous. Notre musique n'est pas pop, percutante et sûrement pas le nouvel album. Mes chansons sont tristes et j'ai envie que les gens ressentent ça d'une manière ou d'une autre. Jouer sur des plus grandes scènes semble être l'étape suivante, mais je suis déjà très heureux de ce que nous faisons aujourd'hui.

Et ce nouvel album, il est bientôt terminé ?  

Je suis retourné à Toronto, au studio. Il devrait être terminé à la fin du mois de juin et prêt à sortir à la rentrée. Tout cela m'obsède. L'album entier est consacré à mon père. Il est décédé il y a  deux ans, en février. Le morceau "Cedars" sur Spirit Guides est aussi dédié à mon père. Je l'ai composé seul peu de temps après sa disparition. Cet album ne se veut pas forcément mélo, mais il reste puissant, lourd. C'était une bonne manière pour moi de vivre avec. En janvier dernier, nous sommes partis avec l'ensemble des musiciens et même le producteur dans un chalet pendant une dizaine de jours. C'était si magnifique en nous levant, nous jouions tard dans la nuit. J'étais avec mes amis les plus proches, ils connaissaient tous mon père. Se retrouver là a été une réelle expérience cathartique pour chacun d'entre nous.  

Photos du concert au Chicho signées Seb SoWhat

Merci à Christoph de Gastspielreisen 

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