Festival Beauregard 2012

14/07/2012, par et | Festivals |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

V.A. : La journée commence pour moi à 16 h 15, avec Other Lives sur la scène B. Il fait très gris, mais pour l'instant il ne pleut pas. Malgré l'heure peu propice, le quintette de l'Oklahoma va sans doute donner l'un des meilleurs concerts de cette édition – et l’un des plus riches d’un point de vue instrumental. Pourtant, ce n'était pas gagné : on ne peut pas vraiment dire que leur folk-rock sophistiqué et mélancolique soit taillé pour les grandes scènes en extérieur. C’est pas Shaka Ponk, quoi.
M.C. : J’aurais pas dit mieux, mélodiquement ça reste très fort. Ils ont fait une reprise de Leonard Cohen en plus ! “The Partisan”. Ils la jouent souvent ?
V.A. : Dans mon souvenir, ils ne l’avaient pas jouée à Paris et Lyon pour le festival des Inrocks en novembre dernier, mais les concerts étaient encore plus courts. Le chanteur a promis au public d’apprendre le texte en français pour la prochaine fois. On sentait d’ailleurs beaucoup de respect et d’estime dans les deux sens. On pourrait en dire autant de Dominique A, qui enchaînait sur la grande scène. Je ne m’étendrai pas, non que c’était mauvais, bien au contraire, mais on a déjà beaucoup écrit ici sur sa tournée. Il s’agissait en fait d’une version condensée de ses derniers concerts, sans “La Fossette”, et sans les titres les plus doux du dernier album. Priorité à l’efficacité, donc, mais toujours avec grâce, et là aussi, une remarquable musicalité.
M.C. : Je ne dirai pas le contraire : moi qui ne suis pas un aussi grand connaisseur de l’artiste que toi ou d’autres, j’y ai pris beaucoup de plaisir, comme il en a manifestement pris. C’était vraiment très bien.
V.A. : On serait bien allés voir Izia ensuite…
M.C. : Mais on s’est trouvé autre chose à faire. Bizarre, ça !
V.A. : Sébastien Tellier rencontrait les journalistes à l’espace presse, et on ne pouvait décemment pas rater ça. Franchement, on n’a pas été déçus. Du grand Tellier en (gou)roue libre, mais l’air toujours sérieux comme un pape. Il a commencé par se rouler un petit oinj, tranquillos… A un moment, une journaliste étrangère lui a demandé “Can I ask you a question in English ?” et il a répondu un truc du genre “Ah oui, je veux bien un sandwich”. L’éclate, quoi.

Sébastien Tellier

M.C. : Il a aussi dit “vouloir manger l’âme des gens”, qu’il était “une île” et qu’il aimait toutes les musiques “sauf les chants nazis”. J’ai pensé assez fort à un dérivé mystique du Dude de “The Big Lebowski”.
V.A. : Sans doute la conf de presse la plus drôle depuis Houellebecq à la Route du rock (de mémoire : “rater ses vacances est une expérience qui rapproche de Dieu”), à l’époque où il faisait “chanteur”. Il fallait bien un solide concert de rock anglais pour s’en remettre. Kaiser Chiefs, donc. Ils ont encore des fans en France, ou c’était pour attirer du British (la côté sud de l’Angleterre est à portée de ferry)  ?
M.C. : De (relatifs) vieux qui se croyaient jeunes, ou des jeunes avec des goûts de (relatifs) vieux ?
V.A. : Sans être très fan, je n’ai pas boudé mon plaisir. Le chanteur en fait des tonnes, mais sans l’arrogance de certains de ses confrères. Et ils ont joué trois ou quatre morceaux du premier album (le seul que je connais vraiment, en fait), toujours aussi efficaces. Même si ça ne vaut pas Squeeze ou The Jam (c’est le relativement vieux qui parle, là). Après ça, on est passé à l’espace presse pour faire une courte pause avant d’aller voir les Tindersticks... et là, il s’est mis à pleuvoir sérieusement.
M.C. : L’horreur oui, d’un coup, des trombes d’eau, et le sol qui régurgite sous nos pas. Les parapluies commencent à fleurir...

Tindersticks

V.A. : On y est quand même allés. Bizarrement, les Anglais ne devaient jouer que trois quarts d’heure, ce qui est court pour un groupe ayant une dizaine d’albums au compteur (les premiers étant doubles, en plus). Mais, vu les conditions, on était contents que ça ne dure pas trop. A part ça, c’était comme toujours irréprochable, même s’ils n’ont interprété que huit morceaux, la plupart tirés du dernier disque (intitulé, rappelons-le, “The Something Rain” ; ils l’ont donc un peu cherché). Ce qui était injuste, c’est que Jean-Louis Aubert a ensuite joué beaucoup plus longtemps, et qu’il pleuvait moins. Alors qu’il chante quand même beaucoup moins juste que Stuart Staples. Mike, t’as kiffé les citations des Stones dans ses propres morceaux ?
M.C. : Oh que oui, un vrai pot-pourri de rock’n’roll. Je le crois sincère, mais il reste terriblement faux quand il chante, quand il joue de la guitare… L’impression de subir un medley variétés-rock 80’s - fête de village.
V.A. : Ça, c’est vraiment lui, en tout cas. On est ensuite allés voir Sébastien Tellier. Par rapport à la conf de presse, c’était presque sobre. Il était en costard, pas en toge, avec deux musiciens seulement. Batterie, synthés, et une guitare type Flying V pour lui. Après une intro “Bienvenue dans l’Alliance bleue”, ils entament le premier morceau… et là, un blanc. Tellier : “Nous n’avons pas de son sur scène. Sans doute un problème dû à la boue.” Bidonnant. Ils ont passé l’extrait aux infos régionales le lendemain. Heureusement, les retours se sont vite remis à fonctionner. Je ne suis pas très fan du dernier album, mais avec le lightshow à la Jean-Michel Jarre, les morceaux passaient bien. Le meilleur était quand même la fin, quand Tellier s’est mis au piano pour enchaîner “La Ritournelle” et “L’Amour et la Violence”, rappelant que derrière l’habillage fumeux il y a un compositeur de talent. Ce sera tout pour moi : j’ai dû voir un demi-morceau de Gossip de loin, et n’ayant pas le courage de traverser le bourbier pour me rapprocher de la scène, j’ai préféré aller me coucher.
M.C. : Moi, je me suis accroché pour Gossip, mais j’émets toujours les mêmes réserves qu’il y a quelques années : Beth Ditto, visiblement amincie, n’est pas entourée comme il se devrait. Elle a une présence et une voix qui font d’autant plus ressortir la raideur des compositions, souvent répétitives, avec un disco-punk délavé qui vire à la disco-pop pour NRJ. Si les “tubes” ont toujours leur charme, le reste ressemble trop à un ronron sans passion. Mais Beth nous a fait “des bisousss, des bisousss” (prononcez “bisousses”) et elle avait l’air aussi heureuse que le public.

Gossip

Sinon, Orelsan jouait sur l’autre champ de boue, mais l’énergie m’avait quitté, et la chaussure menaçait d’être submergée. Repos, donc !

les derniers articles


»» tous les articles
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals
»» toutes les interviews