Festival Beauregard, Hérouville-Saint-Clair, 5-6 juillet 2014

15/07/2014, par | Festivals |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Dimanche 6 juillet

fanfareAprès deux groupes français plutôt bons, Bess et les folkeux locaux de Portier Dean, on s’embarque pour l’Amérique, la vraie, avec Seasick Steve. Typiquement le genre d’artiste dont la musique est d’un intérêt limité (à moins d’être un passionné de blues électrique, ce qui n’est pas franchement notre cas), mais qui gagne à être vu sur scène. Il est vrai que le septuagénaire ne lésine pas sur le pittoresque : longue barbe, vieille casquette John Deere, salopette, guitare ou banjo fabriqué à partir d’un enjoliveur offert par Jack White, d’une boîte de bière et d’une spatule pour barbecue (!), bouteille de rouge descendue au goulot, batteur (son unique accompagnateur) qui, question look, ferait passer le Big Lebowski pour François Baroin… Par ailleurs, avec le chanteur de Breton, c’est le seul artiste qu’on croisera dans le public aux concerts de ses pairs. Bon esprit, papy.

Seasick Steve

Un morceau et demi de Yodelice nous convainc qu’on sera beaucoup mieux à boire un verre à l’espace VIP, ce qui nous permet d’ailleurs d’éviter la seule averse de la journée. Et comme il y a une justice, c’est sous un soleil radieux qu’Agnes Obel entre en scène une heure plus tard. A chaque nouveau concert d’elle que l’on voit, il y a une musicienne en plus ; cette fois-ci, elle est accompagnée par deux violoncellistes et une violoniste qui n’est pas Mika Posen (découverte chez Timber Timbre et vue avec elle à l’Olympia pour la Fête de la musique). Le son est donc un peu plus étoffé, avec une dynamique plus contrastée que sur disque, mais reste quand même minimaliste, et Agnes est un peu moins excentrique qu’Elton John derrière un piano. Son charme un peu sévère agit néanmoins, même si une grande scène de festival n’offre sans doute pas les meilleures conditions pour apprécier sa musique. Quoique, avec les arbres à gauche et le château à droite, le cadre est assez magique…

Agnes Obel

Sur la scène B, c’est un autre genre de son qu’offre Breton, nettement plus vif et rythmé. Un peu plus tôt, en conférence de presse, on avait pu constater que le chanteur du groupe, Roman Rapak, était : 1. très sympathique ; 2. quasiment bilingue. Deux qualités qui, ajoutées à la vigueur des cinq musiciens – qui s’échangent régulièrement les instruments – et à l’efficacité des morceaux, permettent de se mettre rapidement un public français – plutôt jeune – dans la poche. Il y a manifestement autant de plaisir sur scène que dans le public.

Breton Bob

BretonOn peut en dire autant du concert de Damon Albarn, qui succède à ses compatriotes sur la scène A. D’humeur mutine, l’Anglais arrose les premiers rangs du contenu de plusieurs bouteilles d’eau, et harangue la foule à l’avant-scène comme aux plus beaux jours de la Britpop. Assez loin, donc, du ton plutôt introspectif de son album solo, dont il jouera néanmoins une bonne partie, mêlée à ses morceaux de ses précédents projets, de Blur (le toujours sublime “Out of Time” seul au piano) à Gorillaz en passant par The Good, The Bad and the Queen (si nos souvenirs sont bons).

albarn 1

albarn 2

Comme sur les dates précédentes de la tournée, quelques invités viennent prêter main-forte au groupe : un chœur gospel sur deux ou trois chansons, et un rappeur inconnu de nos services sur le “Clint Eastwood” de Gorillaz, sommet groovy du concert. Comme Damon lui-même, chaque spectateur aura sans doute regretté que ce très bon moment ne dure qu’une heure.

albarn 3Le concert du John Butler Trio nous donne l’occasion d’aller nous sustenter et de nous placer pour ce qui sera le dernier live – et pas le moindre – de cette édition : les Pixies. Les Américains bénéficient d’une large plage horaire : environ 90 minutes, ce qui leur permet de jouer une petite trentaine de titres. Certains sont un peu rallongés, mais sinon le big Black et sa bande ne traînent pas en route : pas un mot au public entre les morceaux, ils se contenteront de venir saluer ensemble à la fin. La setlist fait une large place à “Surfer Rosa” et “Doolittle”, ne s'autorisant qu’un seul détour par “Bossanova” (le furieux “Rock Music”).

Pixies 1Quelques morceaux du nouvel album s’intègrent harmonieusement à l’ensemble, même s’ils n’ont pas le génie de “Monkey Gone to Heaven” ou “U-Mass”. On mentirait en disant que tout cela est extrêmement émouvant, et on pourrait voir dans ce “never ending tour” de reformation avec bassiste vacataire (plutôt bonne aux chœurs) l’une des nombreuses manifestations de “rétromania” brillamment épinglées par Simon Reynolds dans son livre du même nom. Sauf que, comme toutes les bonnes chansons, celles des Pixies n’ont pas vieilli, et nous procurent la même excitation que quand on les a découvertes. Belle clôture pour une nouvelle édition réussie de Beauregard. A l’année prochaine !

Pixies 2

Photos : Christophe Cario

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals
»» toutes les interviews