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FESTIVAL
CHORUS 2008 (20 Ans)
Vendredi
11 avril 2008 : Alain Bashung + Keren Ann (+ Mélanie
Pain) à l'Espace Grande Arche, La Défense.
C'est
à Mélanie Pain, révélée
par sa participation au projet Nouvelle Vague, qu'incombe
la lourde tâche d'ouvrir cette soirée, dans
une salle plutôt froide (dans tous les sens du terme),
qui semble davantage destinée à l'assemblée
générale des petits actionnaires d'une multinationale
ou à un congrès de l'UMP. Accompagnée
de trois musiciens (guitare, batterie, clavier - Fender
Rhodes ?), la jeune femme, tout de blanc vêtue, s'en
sort honorablement en une petite demi-heure et huit chansons
(dont une adaptation d'un très beau poème
de Pierre Reverdy). Rien d'inoubliable, mais des mélodies
pop-folk plaisantes, teintées de mélancolie.
A revoir sans doute dans une plus petite salle et dans des
conditions plus favorables, qui permettraient à sa
fantaisie de s'exprimer davantage - tout cela était
un peu trop sage.

Keren
Ann, toute de noir vêtue (tee-shirt et bottes de circonstance),
annonce la couleur : son set sera plus rock que d'ordinaire.
Limitant les incursions dans son répertoire folk,
délaissant quelque peu le français au profit
d'un anglais majoritaire, elle laisse s'exprimer la puissance
rythmique et les riffs de guitare repérés
sur ses disques depuis quelques albums : "Chelsea Burns"
et "Lay Your Head Down" pour la douceur, "Sailor
& Widow" ou "It' ain't no Crime" pour
les gimmicks cabaret-rock. C'est plutôt agréable,
parce qu'elle y prend un plaisir visible et que ses musiciens
assurent plutôt. Sa voix, assez bien mise en valeur,
ne suit pas toujours l'énergie des morceaux sur le
registre de la puissance (on la sent tout de même
plus à l'aise dans le suave que le rauque), mais
c'est joliment balancé et cela constitue une entrée
en matière appréciable pour le show de Bashung,
et, par ailleurs, les quelques reprises parsemées
ici et là (dont le "Sloop John B.", traditionnel
revisité par les Beach Boys, en rappel) sont visiblement
appréciées. On reste cependant davantage saisi
par la beauté de ses mélodies folk, qui consentent
parfois à un heureux dénuement ("The
Harder Ships of the World", "Not Going Anywhere"),
ou tirent avec grâce sur la corde de la nostalgie
(les exceptions en français, "Que n'ai-je ?",
et l'hommage explicite à Salvador, "un ami qui
aurait dû être là", sur l'attendu
et assez bouleversant "Jardin d'hiver"). Mais
qu'importe : bon goût et éclectisme dosé
ne sont peut-être pas des valeurs complètement
rock, mais ils assurent ici l'essentiel.

La
rumeur dit Alain Bashung malade, et il est vrai que son
apparence physique peut laisser planer quelques doutes.
Mais son concert de deux heures les a tous dissipés.
Chapeau, lunettes, costume et guitare noirs (on a d'ailleurs
repéré quelques sosies dans la salle), le
plus classe des rockeurs français impose une présence
fascinante dès les premiers mots de "Comme un
Lego", sublime épopée de neuf minutes
signée Manset, pièce maîtresse du nouvel
album "Bleu pétrole". Ça commence
donc très fort, avec une intensité qui ne
faiblira pas, malgré des musiciens tombant parfois
dans de légers travers variété-rock
ou heavy metal (restant quand même dans la limite
du supportable). L'essentiel de "Bleu pétrole"
est joué, mêlé à une belle sélection
d'anciens morceaux, venant rappeler que Bashung fut l'un
des rares Français à imposer au plus grand
nombre la radicalité post-punk et les jeux de mots
lacaniens ("Volontaire", "What's in a Bird",
"Légère éclaircie" et son
génialement absurde "Là j'ai pied, là
j'ai pas pied"…). Le fan éclairé
de rock et de country refait aussi régulièrement
surface, à travers des morceaux de l'album "Osez
Joséphine" ("Happe", à tomber)
ou une version habitée de "River Deep Mountain
High" (Spector/Ike et Tina), où l'on croit voir
un hybride de Johnny Cash et Roy Orbison.
Le
premier rappel offre le toujours aussi fascinant "Madame
Rêve" et l'incontournable "Vertige de l'amour".
On aurait pu s'arrêter là - il était
pas loin de minuit -, mais l'homme en noir revient, seul
à la guitare, pour "Angora" et une reprise
de "Nights in White Satin" en clôture idoine.
Aux cris d'amour des fans, Bashung, des larmes dans la voix,
répond "Moi aussi, je vous aime", avant
de tirer sa révérence. Grand bonhomme.
David
Larre et Vincent Arquillière
Photos : CG92 – JL Dolmaire
Dans
le cadre du festival Chorus 2008 :
Lundi
31 mars 2008 : Thomas Fersen (+ Presque Oui) au Magic Mirrors,
La Défense.
Vendredi
4 avril 2008 : Arman Méliès (+ La Maison Tellier)
au Théâtre de la Ville, Neuilly.
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