Festival Talitres is 15 - Les 11 et 12 novembre 2016, Rocher de Palmer (Cenon)

07/12/2016, par | Concerts |
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Talitres, le label bordelais, portait beau en ce weekend prolongé, idéal pour fêter 15 ans de défrichage, de découvertes et plaisirs musicaux : on a donc soufflé les bougies avec eux, en deux belles soirées réunissant les plus fines plumes du catalogue.

Vendredi 11 novembre 2016

C’est dans la très cosy salle 650, et ses confortables fauteuils rouges - non, ce n’est pas chez Drucker - que la première soirée se tient. Pour l’occasion, je décroche une place idéale, après avoir salué la fatiguée mais vaillante équipe de Talitres, dont le stand fait remonter des souvenirs (un CD de Le Loup !). Quelques minutes plus tard, Will Samson commence son set, fatigué lui aussi (“This is the last show after five weeks tour…”), mais cela n’affectera en rien le concert. A vrai dire, les 45 minutes passées en sa compagnie furent en tous points somptueuses, empreintes de délicatesse, à la fois vocale (quel timbre, entre Patrick Watson et Anohni) et mélodique. Porté par un violon caressant et des nappes de claviers alternées avec quelques lignes de guitare, Will Samson a donné à entendre de nouvelles chansons tout en restant fidèle à son album “Ground Luminosity” : une magnifique entrée en matière.

Stranded Horse

Habitué des lieux, Stranded Horse prend la suite, le temps d’un léger changement de plateau. Yann Tambour est accompagné par Bouba Cissokho, Amaury Ranger et Miguel XXX et lance le set sur “Transmission”, sa reprise vibrante de Joy Division : une belle et audacieuse manière de débuter, qui sera largement entérinée par le reste du concert. La présence d’Eloïse Decazes est la bienvenue, pour amener son élégance vocale sur les merveilleux “Monde” ou “Refondre les hémisphères”, mais c’est seul que Yann Tambour nous évoque “My Name is Carnival” ou nous amène à “Dakar”. D’une fluidité parfaite, parsemée d’intermèdes très drôles assurés par le musicien qui n’a aucune peur de faire un bide en occupant ces temps de flottement entre morceaux, la prestation ne dévie jamais de son élégance, cette générosité mélodique toute en fluidité, des caresses de la kora en passant par le violon ou les percussions assurées par Amaury. C’était beau, très beau même, et confirme si besoin était l’immense classe de Stranded Horse.

Stranded Horse

Frànçois and the Atlas Mountains

On pourrait dire la même chose de Frànçois and the Atlas Mountains, dont le dernier album “Piano ombre” a eu un effet d’accélérateur très fort en termes de public. C’est pourtant pour interpréter en intégralité “Plaine inondable”, sorti en 2009 chez Talitres, que la formation est là, et aussi par la même occasion pour rappeler les liens forts qui unissent le Français et son ancien label. Dans une formation riche, avec les fidèles Amaury et Jean (ce dernier à la batterie), sans Gérard Black et Pierre Loustauneau mais avec renfort de cordes et le chœur de jeunes femmes qui figurait déjà sur le disque il y a de cela huit ans, Frànçois Marry a livré une performance magistrale. Ce fut à la fois une redécouverte, un enchantement de retrouver ces chansons d’une manière neuve, portée par une douceur et une élégance presque solennelles. Et quelles chansons ! Si Frànçois and the Atlas Mountains ne chantaient pas encore “Soyons les plus beaux”, il y a bien de la beauté dans chaque chanson, de la mélodie riche mais légère comme une plume de “Friends” à la fluidité énergisante de “Be Water (Je suis de l’eau)” en passant par “Wonder”, “Moitiée” ou “Do You Do”, autant de morceaux qui tissent une ambiance paisible, qui donne envie de fermer les yeux pour s’immerger pleinement… Le set se referme sur l’interprétation de “La fille aux cheveux de soie”, issu de “Piano Ombre”, rendue possible par la section de cordes et toujours aussi superbe, et un “Royan” littéralement d’anthologie, caresse qui a fait frissonner toute la salle, un moment suspendu de très grande beauté, parfait épilogue d’une soirée magnifique.

Frànçois and the Atlas Mountains

Samedi 12 novembre

Changement radical de programme, avec un trio d’artistes, Emily jane White ouvrant pour Flotation Toy Warning avant la conclusion confiée à Motorama.

Emily Jane White

La Californienne revenait en terres bordelaises deux ans après avoir défendu, dans la même salle, son mitigé “Blood/Lines”. Son dernier disque, “They Moved in Shadow All Together” étant de fort belle tenue, tous les espoirs étaient de mise. Moins apprêtée que la dernière fois, et accompagnée d’un batteur, d’une bassiste et un violoniste (et claviers aussi), Emily Jane White a convaincu, avec toujours de très belles chansons et dont le dernier album regorge (“Frozen Garden”, “Pallid Eyes”, “Rupturing”) comme ses précédents disques (“Ode to Sentience” en tête). Toutefois, le son de son clavier n’est pas toujours des plus flatteurs, et son violoniste est aussi affecté par un son perfectible, ce qui diminue un brin la portée des chansons. Celles-ci méritaient sans doute un écrin sonore plus soigné pour complètement convaincre, enfin surtout les moins connaisseurs (je resterai un fidèle de la Californienne).

La venue de Flotation Toy Warning fait vraiment figure d’événement, et cela se mesure notamment à la présence dans le public de Parisiens venus profiter de l’occasion de voir une seconde fois le groupe après son concert à la Maroquinerie (ce fut l’occasion, agréable, de saluer l’ami Oliver Peel). L’enjeu était de taille, plus grand qu’il y a 5 ans où le groupe était déjà venu distiller sa pop à la fois baroque et vacillante, parce qu’il y a en ligne de mire la sortie du prochain disque. D’excellente humeur, Paul Carter se permet des blagues, sur l’attente du disque en question notamment, pendant que ses acolytes récitent avec ferveur mais aussi cette petite touche de raideur la pop du groupe. Il y a ce qu’il faut d’élégance, de beaux moments (avec notamment une partie de l’équipe de Talitres et du groupe sur scène en choristes), des nouveaux morceaux aussi, mais je me suis senti un peu moins connecté. Juste un peu en-dessous de la ligne de flottaison, et les avis très tranchés sur la performance du groupe m’ont finalement rappelé le caractère unique de la formation. J’avoue quand même une impatience réelle quant à ce second album qui arrive, dans un temps proche il semblerait...

Flotation Toy Warning

Motorama clôture la soirée, avec dans leur sac un quatrième album, “Dialogues”, pour le moins réussi. Sans soucis aucuns de productivité, la formation russe s’avance encore sans Irene Parshina à la basse, mais avec déjà beaucoup de concerts dans le rétroviseur (y compris un showcase quelques heures avant). Et le petit hic va venir de là : c’est un quatuor assez fatigué que l’on a sous les yeux, dans une formule très dépouillée, électrisée en effet mais à qui il manquera quasiment tout le long du concert la petite étincelle, le petit brin de folie qui est nécessaire pour enflammer le public. Les quatre Russes, y compris Vlad au chant, semblent fermés, concentrés sur leurs instruments et enchaînent sans relâche les titres. La setlist n’est pas du tout en cause, car elle revisite une bonne partie du répertoire (y compris les premiers classiques “Wind in her Hair” et la très belle “Alps”), pioche avec bonheur dans “Dialogues” (“Tell Me”, “I See You”) et dans les EP, mais les musiciens s’échangeant basse et guitare régulièrement, le concert tombe dans un faux rythme et Motorama n’arrivera guère à casser cette dynamique. Il faut attendre en effet la fin du set ou pas loin pour voir Vlad tomber la casquette, les lunettes et s’incarner comme il sait le faire. Avec une aussi chouette collection de chansons, et pour ma part après les avoir vus quatre fois en live, l’envie de les revoir en pleine forme est toujours là, et en attendant leur repos nécessaire (à mon sens), il reste les chansons, les disques, et dans un sens plus large l’émotion de voir autant de gens au stand de Talitres après le concert. Le label bordelais a bien fêté ses quinze ans, et on ne peut que souhaiter à Sean et Edouard de continuer à nous proposer des plaisirs musicaux durant les quinze prochaines années !

Merci à Edouard et Sean. Photos : Bastien melia

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