Field Music - Interview

21/07/2010, par | Interviews |
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Avec "Measure", double album à la fois complexe et immédiat, les frères David et Peter Brewis, alias Field Music, prouvent qu'ils font partie des musiciens anglais les plus passionnants à être apparus cette dernière décennie. Considérés comme des orfèvres de la pop arty par l'ensemble de la critique, appréciés par leurs pairs (Richard Thompson les a programmés au Meltdown Festival, et Belle and Sebastian au Bowlie Weekender), très convaincants sur scène, ils peinent encore, pourtant, à élargir leur cercle de fans. Trop discrets ? Peut-être : au milieu de la faune branchée du Point Ephémère à Paris, quelques heures avant leur concert, personne ne semblait les remarquer. Espérons en tout cas que les pépites dont regorge leur nouveau disque apporteront enfin à ces deux garçons bien sous tous rapports la reconnaissance qu'ils méritent.

Field Music

Votre nouvel album, "Measure", compte vingt morceaux, alors que les précédents étaient plutôt concis. Vous aviez beaucoup plus de matière pour celui-ci, beaucoup d'idées ? Et pourquoi alors n'avoir pas sorti deux albums distincts ?
David : En fait, nous avions une seule idée en relançant l'aventure Field Music (après avoir chacun enregistré un album sans l'autre, ndlr) : celle de faire un album vraiment long (sourire). Nous l'avions même décidé avant d'avoir beaucoup de chansons terminées.

Vous aviez envie que l'auditeur se perde un peu dans toute cette masse de musique ?
Peter : Oui, ou en tout cas, nous souhaitions qu'il puisse aborder le disque de la façon qu'il veut : soit écouter d'une traite ces soixante-dix minutes et quelques de musique, soit passer un CD puis l'autre, ou une face du vinyle… Ou même aller sur iTunes pour écouter des extraits et décider de ne télécharger que ses morceaux préférés pour construire sa propre version du disque.

David : Si quelqu'un considère qu'il s'agit de deux albums vu qu'il y a deux CD, ça nous va aussi. C'est comme s'il y avait un CD gratuit en plus ! Nous voulions une grande variété dans les compositions, beaucoup de nuances, et c'est difficile à faire avec un album simple. Le fait que le disque soit long, qu'il faille un peu de temps pour l'explorer et l'appréhender, pour nous c'est une bonne chose. On se dit que si quelqu'un est fan de Field Music, c'est parce qu'il aime être plongé dans une certaine confusion, qu'il ne sait pas trop à quoi s'attendre. Je n'aimerais pas que quelqu'un qui écoute notre musique dise : "Je sais exactement ce que je veux et ce que je vais avoir en achetant leurs disques."

Il y a deux ans, vous avez chacun sorti un disque sans l'autre, sous le nom de School of Language pour David et de The Week That Was pour Peter. Ces expériences ont-elles eu une influence sur ce nouvel album ?
Peter : Ces escapades nous ont vraiment apporté beaucoup. Après l'album "Tones of Town" de Field Music, il y avait chez David et moi l'envie et le besoin d'essayer des choses que nous n'avions pas faites jusqu'ici. Et le meilleur moyen était de travailler chacun de son côté, pour mieux se retrouver ensuite. Pour chacun, c'était la première fois que nous produisions de la musique et que nous jouions sur scène sans l'autre et sans Andy Moore (le clavier du groupe, parti avant "Measure", ndlr). Nous avons beaucoup tourné, ce qui a fait de nous de meilleurs musiciens. Le fait de réaliser deux albums séparément nous a aussi ouvert l'esprit quant à ce que Field Music devait être. Nous nous sentions plus libres de tenter des choses, sans craindre que ça puisse déplaire à l'autre. Pour nos deux premiers albums, nous tenions vraiment à ce qu'ils sonnent comme de "vrais" disques, alors que nous les enregistrons dans notre petite salle de répétitions. Nous voulions qu'à l'arrivée, ils se rapprochent de productions beaucoup plus riches. Et puis nous avons fini par nous rendre compte que nous avions notre son à nous, que nous faisions de "vrais" disques, mais à notre façon. Avec nos projets solo, nous avons pu explorer des influences venant plutôt de la pop expérimentale des années 80. Pour The Week That Was, par exemple, j'avais beaucoup écouté Sonic Youth. Mais à l'arrivée, les deux disques nous ressemblent.

David : Ce n'étaient pas vraiment des "side-projects", dans le sens où ils appartiennent à la même lignée que les disques de Field Music. Il y a une continuité dans tout ce que nous réalisons.

Comment écrivez-vous ? Plutôt ensemble, plutôt séparément ? Chacun a-t-il un rôle bien défini, ou est-ce plus instinctif ?
Peter : Sur le nouvel album, il était rare que nous ayons un rôle fixe. L'un de nous deux était à l'origine d'une chanson, mais ensuite nous mélangions nos contributions respectives.

David : Nous avons plutôt écrit séparément, en confrontant ensuite nos idées pour que les morceaux prennent forme. Parfois, quand nous avions du mal à avancer, Peter se mettait à la batterie et moi à la guitare, et nous essayions de trouver quelque chose qui fonctionne. Mais en dehors de ça, nous ne nous étions pas fixé de règles définissant qui devait jouer quoi. Je pouvais moi-même jouer de la guitare et de la batterie sur le même morceau si nous pensions que c'était ce qui convenait le mieux.

Dans les groupes de frères, des Kinks à Oasis en passant par The Jesus and Mary Chain, il semble y avoir souvent des bagarres, une certaine rivalité... Chez vous, ça se passe plutôt bien, on dirait.
David : Oui, c'est vrai.

Peter : Nous n'avons pas vraiment de problème d'ego. Si David a une idée de chanson et veut la réaliser seul, ça ne me pose pas de problème, et vice versa. Ce n'est pas comme si je devais occuper uniquement la place de chanteur, ou de batteur… Le plus important, c'est que nous sommes amis et que nous faisons de la musique ensemble quand nous en avons vraiment envie. C'est tout.

Le fait que vous soyez frères rend-il la communication plus facile, plus instinctive ?
Peter : Je ne sais pas...

David : C'est vrai que nous avons beaucoup de points de références communs, et aussi des conventions de langage que nous partageons. Je peux dire quelque chose qu'une personne extérieure trouvera plutôt vague, mais que Peter comprendra immédiatement. Ce qui fait que nous travaillons assez vite. Et puis, chacun aime la façon de jouer de l'autre. Le jeu de guitare de Peter, par exemple, me rappelle les disques de Led Zeppelin que nous avons tous deux écoutés (sourire). Nous n'avons jamais connu la tension qu'il pouvait y avoir chez les Kinks, où Ray Davies dirigeait le groupe en pensant ne pas avoir vraiment besoin de Dave. Chez Oasis, c'était parce que Noel dirigeait aussi le groupe et savait que Liam devait chanter les morceaux, tout en n'ayant pas une très haute opinion de lui. Nous nous aimons bien et nous avons une règle, sans laquelle les choses seraient sans doute difficiles : celui qui écrit la chanson choisit les arrangements. Si Peter a la base d'un morceau et qu'il veut ajouter du glockenspiel alors que je pencherais plutôt pour du xylophone, c'est lui qui obtient gain de cause. Sinon, on n'arriverait sans doute jamais à trancher et à terminer un album ! (sourire) C'est une règle simple, mais elle marche.

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