The Fiery Furnaces - Interview

18/02/2010, par Catherine Guesde | Interviews |
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FIERY FURNACES

2009 aura été une année prolifique pour la fratrie Friedberger, qui a sorti coup sur coup "I'm Going Away" et des reprises de cet album, "Take Me 'Round Again". Le passage des Fiery Furnaces à Paris est l'occasion d'accabler de questions le très affable théoricien du rock déglingué Matthew Friedberger au cours du "bavardage le plus prétentieux [qu'il ait] jamais pratiqué". Et de le laisser exercer un art qu'il maîtrise à merveille : celui de la digression.

The Fiery Furnaces

"I'm Going Away" est plus pop et moins alambiqué que vos précédents essais. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Nous voulions faire un album plus simple, plus nonchalant, et écrire des chansons comme un groupe de rock. Pour moi, le rock a cet ethos qui consiste à être détendu, indolent. Ce qui est amusant, puisque ce type de raffinement accompagné d'une indifférence feinte est une attitude fondamentalement aristocratique, que le rock reprend et parodie...
Nos disques précédents étaient constitués de mélodies simples sorties des années 70, à partir desquelles nous construisions quelque chose d'élaboré. Ici, nous souhaitions laisser aux auditeurs le soin de construire, par leur imagination, la partie plus sophistiquée des morceaux. C'est dans cette logique-là que nous avons proposé aux fans de chroniquer le LP avant même qu'ils l'aient l'écouté. Il s'agissait d'encourager les gens à complexifier par eux-mêmes ce qu'ils écoutent.
Et puis Eleanor voulait faire un album qui résiste à la crise, et que l'on puisse mettre sur un juke-box dans un bar sans que les gens ne le remarquent.

Vous avez donc joué au groupe de rock "normal", cette fois ?
Pour certaines personnes, c'est ce que nous devons être. Il y a des auditeurs qui jugent un groupe à l'aune de l'idée qu'ils s'en sont faite. Pour ces gens-là, l'aspect alambiqué de nos chansons est accidentel, il s'agit pour eux d'une absurdité à éliminer. Et voilà que nous faisons ce que nous aurions toujours dû faire à leurs yeux : cet album ennuyeux. Enfin pas exactement ennuyeux, mais bon... J'emmerde ces gens de toute façon.

Avez-vous attiré un public plus large avec cet album ?
Nous n'avons pas encore pu observer les éventuels changements. Depuis "Blueberry Boat", notre public américain a la même ampleur. Les têtes changent, parce que certains aiment un disque et pas l'autre. Notre façon de jouer en concert est également un facteur de fluctuation du public. Par exemple, "Waiting to Know You", qui est une jolie chanson, est jouée très rapidement sur "Remember" : beaucoup de gens ont trouvé que nous avions ruiné notre morceau en faisant cela. Mais il y a également des fans qui acceptent que le groupe évolue à sa manière, et sont plus tolérants.

Sur "Take Me 'Round Again", vous reprenez vos chansons de "I'm Going Away". Comment avez-vous eu l'idée d'enregistrer des cover de vos propres titres ?
C'est Eleanor qui a eu cette idée. Comme je compose la plupart des arrangements, elle ne les connaît pas tous. Donc il lui arrive, lorsqu'elle est seule, d'interpréter ses propres versions de nos titres, où seuls les textes restent les mêmes. Mais aussi, l'idée ici est de montrer qu'il existe une infinité de versions d'une même chanson. Dans la pop, les choses fonctionnent ainsi : le public garde quelques éléments d'un titre, et s'approprie le reste, le modifie sans s'en apercevoir. "Take Me 'Round Again" participe de cette logique et la met en évidence.

Vous avez dit que les groupes de la scène indépendante sont ennuyeux à mourir ; y a-t-il des exceptions à cette condamnation ?
Oui, il y a Deerhoof : leurs chansons sont excellentes, et en concert ils très forts. Et j'aime également beaucoup le label Sublime Frequencies, qui a fait des compilations de très bonne qualité.
Mais je découvre également par hasard d'excellents musiciens qui sont généralement peu connus. Nous avons notamment un ami à New York, Michael Goodman, qui est très bon mais incapable de se faire connaître.
On pourrait croire qu'avec internet ce genre d'artistes gagnerait une meilleure visibilité. Mais c'est tout l'inverse : tout le monde fréquente les mêmes sites, et les choses sont encore plus centralisées.

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