Fiodor Dream Dog - interview

01/02/2012, par Luc Taramini | Interviews |
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Elle est batteuse, chanteuse, auteur, compositeur, interprète. Quand elle ne tourne pas avec Bertrand Belin ou Théo Hakola, Tatiana Mladenovitch se consacre à son projet personnel, Fiodor Dream Dog avec lequel elle sort un second album "Second of Joy". Une formation à géométrie variable qui peut se transformer en volcan métronomique sur scène comme j'ai pu le constater en décembre à L'international. Ce soir-là, Superbravo fêtait la sortie de son disque, mais à mes yeux, c'est Fiodor Dream Dog qui lui a volé la vedette. Rencontre avec cette drôle de fille aux lunettes carrées, à la coupe iroquoise et à l'énergie contagieuse. 

 Fiodor Dream Dog

Quel est ton parcours musical ? Que faisais-tu avant FDD ?
Il n'y a pas d'avant et de maintenant parce que ce que je faisais avant je continue à le faire parallèlement au projet dans lequel je m'appelle Fiodor Dream Dog. J'ai joué beaucoup de jazz à une époque et puis, à l'inverse d'autres musiciens, j'ai bifurqué vers la pop plus tardivement. J'ai aussi tourné pendant quatre ans avec des compagnies de danse, j'ai écrit des musiques pour des pièces de théâtre ou des courts métrages, toujours en parallèle de mes groupes. Depuis quelques années, j'accompagne Bertrand Belin qui est un ami et un compère. J'accompagne aussi Théo Hakola et le groupe électro Discodeine.

J'ai lu que tu étais autodidacte. C'est plutôt surprenant de la part de quelqu'un qui s'est mis tout de suite au jazz ?
Oui, j'ai vraiment commencé la musique à 20 ans. Je n'en avais pratiquement jamais fait avant, excepté un peu de piano quand j'étais enfant avec une prof qui m'a traumatisé au point de créer chez moi un rejet de la chose musicale pendant des années. C'est revenu plus tard, grâce à un ami de lycée qui, pris de pitié par mes maigres références (3 cantates de Bach et 2 chansons de Brassens) m'a fait venir chez lui et m'a fait découvrir le jazz des années 50 et 60, le rock des années 70. C'est lui qui a développé mon goût et ma curiosité pour la musique. C'est aussi grâce à lui que je suis devenue batteuse.

A partir de là, as-tu entamé un apprentissage spécifique ?
Non, j'ai joué comme ça me venait. J'avais une petite facilité d'oreille. J'entendais bien les choses et j'étais capable de les reproduire tout de suite. J'allais prendre des cours avec un prof quand je sentais que j'avais des lacunes de vocabulaire et qu'il fallait que je progresse pour exprimer de nouvelles choses. J'allais aussi voir les batteurs à la fin des concerts. On prenait rendez-vous, ils me montraient des trucs et puis c'était aussi beaucoup de discussion sur la technique. Ce fut une méthode ludique qui me convenait bien.

Arrêt malencontreux de l'enregistreur : s'en suit une conversation dans laquelle Tatiana évoque son expérience dans différentes formation de jazz dont "Taranta-Batu" qu'elle a quittée en 2005 pour bifurquer vers la pop.

Comment es-tu passée de musicienne pour des groupes à auteur, compositeur et interprète ?
Je voulais composer pour moi, je voulais écrire des chansons, mais je ne jouais que de la batterie. Même si le rythme m'attire, je suis surtout émue par la mélodie et l’harmonie. Lors d’un travail avec un chorégraphe, J’ai rencontré le guitariste Christophe Rodomisto qui a eu le bon sens de m’offrir une guitare nylon. A partir de là, toute la possibilité musicale est apparue. C'était il y a quatre ans. J’ai d’abord monté un projet avec lui qui s’appelait "The Well Tuned Piano" et puis j’ai décidé d’arrêter. Et voilà où nous en sommes…

Passer de la batterie à l’écriture de chanson, est-ce si évident ?
J’avais déjà un peu écrit des chansons pour d’autres. J’écrivais aussi des textes pour moi que je jetais car ça m’était insupportable de me relire. Aujourd'hui ça me gêne moins, j’ai même du plaisir à le faire.

Avais-tu une idée précise en créant Fiodor Dream Dog ?
Dès le départ je voulais des chœurs et j’y tiens toujours. C’est quelque chose qui m’émeut beaucoup. Des voix mélangées, pas forcément que professionnelles. En revanche, je n'ai pas envie d’une formation figée. D’ailleurs FDD, ce n’est pas un groupe, c’est mon nom de scène. Le groupe que tu as vu à l’International, c’est la formation complète. Il en existe une autre plus restreinte où je joue en duo avec Mocke (Holden, ndlr)

Jouer du jazz et de la pop… Ça ne t'a jamais posé de problème de passer de l'un à l'autre ?
Aujourd’hui ce n’est pas un problème. Ça l’a été à l’époque de la scission avec ce fameux groupe Taranta-Batu parce qu’une des choses qu’on me reprochait était justement de jouer avec des musiciens pop comme Bertrand Belin. Quelqu’un m’a dit qu’il fallait que je choisisse entre la variété et le jazz. Ce à quoi j’ai répondu que je ne voyais pas l’intérêt de faire un tel choix. Je sentais du mépris pour le mot "variété". Je ne fréquente plus du tout le milieu du jazz et s’il y a bien une chose qui m’a gênée c’était justement de devoir compartimenter alors que, pour moi, le jazz c'est la musique de la liberté absolue. Hiérarchiser les styles de musique, c’est un débat qui ne m’intéresse absolument pas.

Qu’est ce qui t’as poussée vers la pop ?
Ce qui m’a manqué au bout d’un moment dans le jazz, c’est la voix et le fait d’entendre une chanson. J'aime la simplicité narrative d’une chanson et l’émotion que me procure ce format court. Pour moi le format pop, au sens "populaire", me convient car on peut y mettre autant de simplicité que de sophistication. J’ai besoin de cette simplicité-là. Le jazz m’a rarement offert ça, sauf quelques exemples comme les disques africains du trio Texier- Romano-Sclavis ("Carnet de routes" et "Suite africaine"). Ils m'ont pris aux tripes parce qu’il y avait des thèmes à la fois simples et sophistiqués. 

Comment s’est faite cette rencontre avec Bertrand Belin, Holden etc. ?
J’ai rencontré Bertrand il y a 8 ou 9 ans lors d’un concert où j’ai eu une sorte de révélation. La chanson française m’ennuyait et, là, j’avais quelqu’un qui disait tout ce que j’avais envie d’entendre avec élégance et poésie. Ses chansons me donnaient de la place en tant qu’auditrice, je sentais que je pouvais en faire quelque chose qui m’appartienne pour la vie. Je suis allée le voir en concert plusieurs fois, on s’est tourné autour, puis Néry et moi avons fini par l’inviter sur scène lors d’un concert. A l’issue de ce concert, il m’a proposé timidement de travailler avec lui. J'ai répondu : "Enfin !". Les autres que tu citais sont arrivés assez naturellement. J’ai adoré l’album "Plus de sucre" de JP Nataf. C'est même une des premières chansons que j'ai apprise à la guitare. J’aime aussi beaucoup les chansons de Wladimir Anselme quand il est en solo. Certaines chansons de Holden sont des merveilles…

Revenons à "Second of Joy", ton deuxième album que tu viens de sortir. Je le trouve très calme par rapport à la scène, pourquoi ?
Pour moi faire un disque et faire de la scène, ce sont deux choses différentes. Je ne les conçois pas du tout de la même façon. Je travaille mes chansons guitare-voix de façon assez dépouillée. Et quand je travaille avec le groupe, j’ai envie de me servir de tous les éléments à ma disposition : les chœurs, le côté rythmique de la guitare etc. Sur scène, j'essaie de nous emmener tous vers cette chose que j’appelle la joie et qu’on ne retrouve pas sur les disques.

Pour toi le disque n'est pas qu'un support témoin, c'est un travail en soi.
Oui bien sûr ! J'ai déjà de quoi enregistrer un troisième disque. Et pour l'instant je me fous de savoir comment les chansons sonneront sur scène. J'ai envie de leur inventer une instrumentation sans me priver de quoi que ce soit. J'en suis pas du tout à penser à la façon dont elles sonneront en concert.

C'est amusant parce que sur scène, avec ce groupe, tu sonnes très riot girls, post-punk etc.
Je n'ai pas du tout cette culture-là, mais tu n'es pas le premier à me le dire. Je l'acquiers petit à petit parce qu'on m'en parle souvent.

Lors de votre concert à l'International, j'ai vraiment été frappé par votre énergie et le plaisir communicatif que vous affichiez.
Disons qu'on ne se prend pas au sérieux, même si on fait les choses avec beaucoup de sérieux. J'ai conscience du ridicule de la situation. C'est absurde de monter sur une scène et d'annoncer qu'on va chanter des chansons. Mais c'est une situation absurde dont j'ai besoin.

Tu penses que monter que scène implique une transformation de soi ?
Oui, je pense qu'on ne se comporte pas pareil quand on sait qu'on est regardé. On n'est pas pareil quand on parle pendant une heure dans un micro et quand on parle avec un pote dans un café. On est en représentation, mais ça n'a rien à voir avec du mensonge ou du travestissement. Quand je monte sur scène, j'espère simplement que je vais réussir à me laisser aller. C'est l'enjeu.

Quels sont tes projets avec cet album ?
Le tour du monde ! C'est très difficile de trouver des dates quand on est 6 sur scène. C'est paradoxal, parce que les professionnels -les rares qui viennent nous voir- apprécient le côté galvanisant de cette formation. Je suis convaincue que c'est la bonne formule pour tourner. Mais ça ne dépend pas de moi. Il faudrait une bonne cinquantaine de déclics de professionnels pour qu'on tourne plus. Malheureusement, tu sais comme moi comment ça se passe… On parle souvent de l'égo des artistes mais pas assez souvent de celui des médias.

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