Fool's Gold - Interview

01/02/2012, par | Interviews |
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En attendant de prochains concerts en France, les deux amis d'enfance Luke Top (chant, basse) et Lewis Pesacov (guitare) reviennent sur "Leave No Trace" (sorti chez nous par Cinq7), le deuxième album de Fool's Gold qui a réchauffé l'année 2011, évoquant leurs influences variées et leur ville de Los Angeles.

Fool's Gold 3


Après le succès inattendu de votre premier album, avez-vous ressenti une pression particulière au moment d'enregistrer le deuxième ?
Luke : Non, nous n'avons pas trop ressenti de pression venue de l'extérieur. Nous étions vraiment excités et inspirés à l'idée de faire un nouveau disque, nous avions beaucoup d'idées que nous souhaitions développer. Et ça se passe bien avec nos labels, il y a une relation de confiance, on ne nous a rien imposé. Au final, nous avons vraiment pu faire ce que nous voulions.

Le premier album donnait l'impression d'avoir été enregistré live en studio, avec peu de polissage. Avec "Leave No Trace", on dirait que vous avez voulu faire un disque plus produit, au son moins brut.
Lewis : Cette fois-ci, nous avons écrit des chansons pour un groupe de cinq musiciens, alors qu'avant nous étions une dizaine, et c'était plus difficile alors de faire ressortir les détails. Les nouveaux morceaux sont un peu plus concis, pop, mais nous n'avons pas trop changé pour autant nos méthodes de travail. Comme le précédent, "Leave No Trace" a été enregistré live, tous ensemble dans une pièce. La différence, c'est que nous avons voulu aller vers davantage de subtilité.
Luke : Au départ, le processus n'était pas tout à fait le même, car cette fois-ci Lewis et moi avons vraiment pris le temps d'écrire des morceaux. Nous nous sommes quasiment retirés du monde pendant quelques jours pour poser les bases des chansons. Il y a une sorte d'arc narratif dans le tracklisting du disque, alors que le précédent était un simple instantané de ce qu'était le groupe au moment où on l'a fait. A l'époque, nous ne pensions même pas réaliser un album, et il se trouve que nous avons eu l'opportunité de sortir ces morceaux. Là, nous avions une idée beaucoup plus claire de ce que nous voulions faire. Après deux ans de tournées et des centaines de concerts, on savait où on en était.

Pourquoi être passé, à quelques exceptions près, de l'hébreu à l'anglais pour les textes ?
Luke : C'est une façon pour moi de m'exprimer dans un registre plus intime et personnel, car c'est ma première langue et celle qui m'est la plus familière aujourd'hui. Nous disions que nous nous étions davantage attachés aux détails, et chanter en anglais participait de cette démarche. Je peux dire plus de choses en anglais qu'en hébreu, et ma façon d'envisager la musique n'est pas non plus la même selon la langue que j'utilise. Mais j'aime toujours chanter en hébreu, ça colle bien avec notre style de musique, et j'étais agréablement surpris par les réactions enthousiastes d'auditeurs dont ce n'est pas la langue.

Ce qui est intéressant, c'est que même en anglais, on retrouve des caractères de la musique orientale dans ton chant : les mélismes, une grande expressivité…
Luke : C'est vrai que mon but était de chanter en anglais de la même façon qu'en hébreu : un chant un peu à la manière des "cantors", déclamatoire, ardent. Je voulais retrouver cette intensité avec l'anglais, et même quand je chante dans cette langue on sent l'influence de l'hébreu. Comme Lewis, je suis né en Israël mais j'ai quitté le pays à l'âge de 4 ans, et ce que je connais de la musique de là-bas, c'est surtout la pop des années 60 et 70, les "oldies". Comme dans beaucoup d'autres pays, ça a un peu été l'âge d'or de la chanson israélienne. Mais j'aurais du mal à dégager une influence en particulier sur mon chant. Comme pour le jeu de guitare, ou de n'importe quel instrument, c'est plutôt un mélange de plein de choses auxquelles on a été exposé au fil des années et qui ont sédimenté. C'est un processus inconscient, qui fait partie de la magie de la musique.

Vous êtes passé d'un collectif un peu informel à un quintette plus stable. J'imagine que c'est plus facile à gérer au quotidien.
Luke : On a plus de place dans le van ! (rires)
Lewis : Ca a bien sûr des avantages, mais on est aussi plus exposés. A douze, c'est plus facile de se cacher derrière les autres.
Luke : Maintenant, on ressemble davantage à une famille soudée. A douze, tu peux être assis avec trois autres personnes à l'arrière du van, sans savoir qui est devant ! (sourire) On s'est bien amusés tous ensemble, mais dès le début on avait envie d'avoir un véritable groupe, avec des musiciens qui ne peuvent pas être remplacés. A cinq, les choses sont plus simples, mais chaque individu reçoit également plus d'attention car avec ce genre de formation, personne ne peut-être à l'arrière-plan. Il a fallu définir précisément le rôle de chacun, ce qui était un défi pour nous.

Fool's Gold 2


Vous êtes de Los Angeles. Peut-on parler d'une véritable scène là-bas ?
Luke : Ce qui est unique à Los Angeles, c'est la diversité. C'est une ville très étendue, sans véritable centre. On ne peut donc pas vraiment parler d'une scène qui se considérerait comme telle, avec une sorte de manifeste, des principes esthétiques à respecter…
Lewis : C'est plutôt un ensemble de petites scènes. Il y en a beaucoup, et de ce point de vue je ne pense pas que les choses ont beaucoup changé ces dernières années. Ça a toujours été comme ça, des petits cercles de gens.
Luke : De toute façon, tout est tellement globalisé aujourd'hui que ce concept de scènes locales ayant chacune un son bien particulier n'a plus vraiment de sens. Nous représentons peut-être le "son de Los Angeles", mais je ne pense pas que nous nous conformions à une tendance, à un style qui serait propre à la ville. A L.A., tu peux faire un peu ce que tu veux, et tu as suffisamment d'espace pour ça.

Où vivez-vous exactement ?
Lewis : Pas tout à fait "downtown", mais dans un quartier assez proche, qui est le plus ancien de Los Angeles.

Lewis, tu as produit l'album de Best Coast. Ce sont des amis ?
Lewis : Oui, je les connais bien. Bobb Bruno (l'acolyte mutli-instrumentiste de la chanteuse Bethany Cosentino, ndlr) est un peu plus âgé que nous, j'allais déjà voir les groupes dans lesquels il jouait quand j'étais adolescent. Ca fait donc un moment qu'il évolue dans le milieu musical de Los Angeles. C'est un type cool.

De nombreux groupes américains essentiellement composés de musiciens blancs semblent, comme vous, influencés par les musique africaines : Vampire Weekend, Dirty Projectors, Tune-Yards… Pourtant, a priori, ce n'est pas une culture dans laquelle vous avez grandi.
Lewis : C'est vrai, mais c'est un peu comme le hip hop chez vous, qui s'est acclimaté et est devenu, semble-t-il, très populaire en France. Je pense que c'est une tendance naturelle chez beaucoup de gens que de s'intéresser à d'autres cultures. C'est un dialogue, qui marche donc dans les deux sens : les musiciens africains se sont mis à la guitare et à la batterie sous l'influence des groupes de rock occidentaux.
Luke : Je ne sais pas quelle est l'approche de ces autres groupes, je ne peux pas parler pour eux. J'ignore s'ils ont un lien très fort avec la musique africaine dont ils s'inspirent. En ce qui nous concerne, Lewis et moi en écoutons depuis que nous sommes enfants, c'est quelque chose dont nous sommes fortement imprégnés. Quand nous avons décidé de former un groupe ensemble, c'est une influence qui est ressortie, forcément.

Avez-vous déjà joué en Afrique ?
Lewis : Non, mais nous aimerions beaucoup. Nous avons essayé d'y aller ces deux ou trois dernières années, mais c'est très compliqué à organiser, avec les visas, les formalités… Maintenant que nous ne sommes plus que cinq, cela devrait être plus facile.
Luke : Nous avons eu le plaisir de voir de grands musiciens africains en concert, et même parfois de jouer avec eux, à Los Angeles ou ailleurs. A chaque fois, c'est une expérience très forte, il y a quelque chose de très physique qui se passe. Donc, même si nous n'avons pas encore pu aller en Afrique, l'Afrique est venue à nous ! (sourire)

Fool's Gold 1


Sur le nouvel album plus que sur le précédent, on entend des réminiscences de la pop des années 80, des groupes anglais comme les Smiths, ou américains avec un son plus synthétique. Sur le morceau-titre, la guitare rappelle beaucoup Johnny Marr, qui était lui-même influencé par certains musiciens africains.
Luke : C'est le dialogue culturel dont nous parlions. (sourire)
Lewis : En fait, au départ, la guitare lead sur la chanson "Leave No Trace" est influencée par la musique malienne. Mais je ne voulais pas que ce soit trop évident, comme le nez au milieu de la figure, c'est donc un peu caché sous des atours de pop anglaise. C'est un point de rencontre entre deux types de musique, du coup, et je trouve ça intéressant.
Luke : Pour ce disque, nous voulions ajouter des ingrédients divers, des choses qui venaient de notre adolescence… Nous sommes revenus à nos propres racines, en quelque sorte.

Le morceau "Bark and Bite" me rappelle beaucoup la musique produite à Soweto dans les années 60, mais avec l'ajout de discrètes touches électroniques plus contemporaines.
Lewis : C'est drôle, parce que là, l'inspiration vient plutôt de la musique zaïroise, le soukous, mais produite dans les années 80 à Paris ! Ou à Bruxelles, qui était une autre place forte des musiques africaines à l'époque. Plutôt que de faire référence aux enregistrements des années 60 et 70, nous nous sommes penchés sur les années 80, où ont été réalisées des choses vraiment excellentes. Au final, il y a donc un peu de Paris dans le morceau "Bark and Bite" ! (sourire) Dans ces années-là, de nombreux musiciens africains commençaient à utiliser les synthétiseurs, et j'aime bien ça. En fait, touts les époques, tous les styles de la musique africaine nous passionnent.

Je vous ai vus deux fois en concert à Paris, à la Bellevilloise et à la Machine du Moulin Rouge, et le public était très enthousiaste, tout le monde dansait. Est-ce toujours comme ça, ou est-ce propre à la France ?
Lewis : C'est vrai que nous avons toujours eu d'excellentes réactions ici, mais un bon concert reste un bon concert, quel que soit le pays. Je pense qu'il y a quelque chose dans notre musique qui rend les gens fous, dans le bon sens du terme ! Ce concert à la Bellevilloise que tu évoquais, c'était vraiment dingue, encore plus que celui de la Machine. Mais on ne sait jamais à l'avance comment ça va se passer.
Luke : Selon leur culture, les gens expriment différemment leur enthousiasme. Je me souviens d'un concert où personne ne dansait, et où des spectateurs sont venus nous parler après et nous ont dit que c'était le meilleur concert qu'ils aient jamais vu !
Lewis : Les Parisiens dansent, eux.
Luke : Oui, carrément ! A San Francisco aussi, c'était dément. C'est sûr qu'on préfère quand les gens bougent, qu'il n'y a pas seulement un groupe sur scène qui joue, mais une véritable interaction avec le public. Récemment, lors d'un concert à New York, la scène a été envahie par les fans, on pouvait à peine bouger ! Ça nous était déjà arrivé à nos débuts, et on est content que ça se produise encore de temps à autre.

Photos Vincent Arquillière

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